LES MOSAÏQUES PORTATIVES
une suite de figures en buste, formant une longue frise, représentaient les ancêtres du Christ (une partie assez considérable en subsiste) ; au-dessus, entre des architectures, étaient représentés par leur nom et le résumé de leurs actes inscrit sous une arcade, à droite, les sept conciles œcuméniques, à gauche, six synodes provinciaux (fig. 256) ; entre les fenêtres enfin, encadrés par deux frises décoratives aux ornements fort complexes, des anges, dont deux ou trois ont échappé à la ruine, se di^rigeaient vers Tautel. Dans le transept et le chœur étaient figurés les épisodes évangéliques : on en voit trois assez bien conservés, l'Entrée à Jérusalem, Tlncrédulité de Thomas et l'Ascension. Ainsi, aux prophètes annonçant la naissance du Christ faisait suite la généalogie du Seigneur, et les assemblées religieuses, fixant la doctrine de TÉglise, conduisaient au cycle des grandes fêles liturgiques. La composition des scènes évangéliques est conforme, d'autre part, au nouveau canon byzantin, et la représentation des conciles était, on le sait, un sujet cher depuis longtemps à l'art grec du moyen âge. On le trouvait au palais impérial dès le viu® siècle, et il apparaît dans les miniatures des manuscrits de l'époque macédonienne, Grégoire de Nazianze de la Bibliothèque Nationale ou Ménologe de Basile II. La décoration se complétait, au témoignage de Jean Phocas, par un portrait en mosaïque de l'empereur Manuel placé dans l'église. Dans la crypte était représentée la Nativité.
Ainsi, en Orient comme en Occident, l'influence de l'art grec demeurait au xii® siècle toute-puissante, et là même où il semblait qu'on dût le moins l'attendre, chez les Normands de Sicile et chez les Latins de Syrie, Byzance restait la grande initiatrice, la maîtresse de toutes les élégances .
LES MOSAIQUES PORTATIVES
La mosaïque ne fut pas seulement employée à Byzance à exécuter les grandes décorations des édifices sacrés : elle servit aussi, à partir du X® siècle environ, à fabriquer de petits tableaux portatifs, sorte d'icônes plus recherchées et plus précieuses, que l'on exposait dans les églises ou dans les oratoires des palais particuliers, et que l'on emportait fréquemment en voyage. Le palais impérial en possédait de fort belles, que l'on déposait, avec les pièces les plus rares du
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trésor, dans le coffret nommé le penlapyrgion. Assurémeot c'éUil aller à l'encontre des principes de la mosaïque que de la plier à ces menus ouvrages, où elle perdail son vrai caraclère el se rapprochait, avec moins de bonheur dans l'exécution, delà miniature. Pourlanl les ouvrages de ce genre semblent avoir été nombreux et appréciés. Miilheureusement beaucoup d'entre eux ont disparu, et nous n'en po^iiédons plus que d'assez rares exemplaires. Us représentent, tan-
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tôt des personnages isolés. Christ, Vierge, saints, tantôt une des grundes fêles de l'Église, tantôt même, comme dans la plus célèbre des œuvres de ce genre, les deux tableaux de lOpera del Duomo à h'Iorence, la série complète, en deux panneaux, des douze grandes fêles (fig, ^57). Ces deux monuments, d'une élégance un peu sèche, semblent dater du xu" siècle. Le plus grand nombre des autres est du xu" ou xin'' siècle, quelques-uns du xiv". Certains sonl de dimensidns assez considérables, comme lu Madone à l'enfant du monastère de Chilandari à l'ALbos, qui mesure U,64 sur 0.15, et que Koiidakof date du xui" ou xu* siècle. Kn général pourtant, ils sont de proportions plus petites, et l'exécution, faite au moyen de cubes microscopiques assembli?s sur un lil__de cire, est d'une incomparable
Ë. Mûnfz adressé, en 1886, un premier catalogue de ces mosaïques portatives, où, à côté de nombreux monuments indiqués par les textes et perdus, on notera, comme particulièrement remarquables, au Lopvre, une Transfiguration et un médaillon circulaire représentant saint Georges combattant le dragon (xni® s.) (fig. 258) ; au Vatican, un saint Théodore le Stratilate, assez endommagé (xii^ s.); au South-Kensington, une Annonciation (xii''-xiii'* s.) ; à TErmitage de Saint-Pétersbourg, un prophète Samuel e un saint Théodore. Le musée de Vich en Espagne possédait autrefois un fort beau saint Nicolas, attribué au xui® siècle. Mais TAthos surtout est relativement riche en monuments de ce genre : à côté de la Madone de Chilandari (xni®-xiv* s.) et du saint Jean Chrysostome (xii* s.;, d'un style si réaliste, qui de Vatopédi a passé dans la collection Nélidof, on citera le sauveur d'Esphigmenou (xn® siècle), noblement drapé dans un manteau de pourpre couvrant une tunique bleue ; la sainte Anne de Vatopédi, qui peut-être faisait partie du même triptyque, et dont le travail très fin emploie beaucoup de cubes d'argent ; le saint George et le saint Démétrius de Xénophon (xn*^xui*' siècle], qui, par la finesse du travail et le caractère populaire des visages, rappellent le panneau de la collection Nélidof ; le saitil Nicolas de Stavronikita (xi®-xn^ siècle), que Kondakof considère comme la meilleure de toutes ces mosaïques portatives, et qui ressemble fort à celui de V^ich ; enfin et surtout la Crucifixion de Vatopédi (xi®-xii® s.), d'un style un peu tourmenté, mais qui est également remarquable par la finesse et Thabileté du travail, la justesse des attitudes, l'expression des visages et l'éclat du coloris. On notera la façon dont le ciel a été traité au moyen de cubes d'argent ^ .
Tous ces petits monuments, qu'il faut rapprocher des icônes peintes sur bois, ont un intérêt réel pour Thistoire de l'iconographie byzantine. La plupart d'entre eux, par le style, se rapprochent des miniatures et offrent les mêmes qualités d'exécution serrée, attentive, d'élégance un peu sèche et tourmentée, de coloris harmonieux et puissant.
1. E. Mtinlz, Le» mosaïques byzantines portatives (Bulletin monumental, t. 52, 1886). Pour Vich : Roulin, Tableau byzantin iFiédi7(Mon.Piot,t. VII, 1900). PourTAthos : Kondakof, Monuments de Vart chrétien à VAthos, Pétcrabourg, 1902, p. 104-120 et pi. XI-XVI ; Aïnalof, Monuments byzantins de VAthos (Viz. Vrcm., VI, 1899).