‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 242 sur 370 · ORIGINALITÉ DB LBUR ILLUSTRATION · texte numérisé non relu

ORIGINALITÉ DB LBUR ILLUSTRATION

Paris, Florence, le Vatican, Moscou e( le Sinal, on constate sans peine que ces illustrations diverses procèdent d'un type commun. Ailleurs nous rencontrons plusieurs exemplaires pareils d'un même ouvrage, deux manuscrits de^ homélies du moine Jacques (Paris et Vatican), deuK manuscrits de lii Panoplie dogmatique d'P^uthymios Zi^abenos (Vatican et Moscou), six manuscrits de l'Octaleuque (Vali-

Fig. 36M. — Joseph t

can 746 et 747, Vatopédi, Smyrne, Florence, Constantinople), qui sont évidemment des copies d'un même original. Mais si la théorie du CI prototype » contient donc une part incontestable de vérité, on a vu aussi comment cette théorie, admise trop aveuglément, simplifie à l'excès et fausse l'aspect des choses. J'ai dit comment le copiste, par le seul fait qu'il choisit entre les tendances diverses dont s'inspiraient les modèles anciens, culture classique et profane ou inspiration théologique, fait déjà preuve d'une sorte d'originalité. On a vu par surcroît qu'à ce travail de choix s'ajoute un travail de transformation inévitable accompli sur le modèle. Si l'on compare, par exemple, les deux Octaleuques du Vatican, copies évidentes d'un même prototype, on constate de l'un à l'autre de bien curieuses différences. L'artiste qui a exécuté le n" 746, a eu bien plus que l'autre le souci de renouveler son modèle. Il a habillé les personnages, non plus à l'antique, mais à la mode de son temps ; il a trouvé dans la connaissance de l'Orienlarabe des types caractéristiques, des traits ethnographiques dont il a fait son prniit ; bref, il a

observé la réalité pour en tirer des détails vrais, souvent même réalistes, et ainsi, tout en conservant la composition générale des divers épisodes, il a donné à Tillustration un aspect tout nouveau (fig*. 267, 268). L'auteur du n® 747, artiste d'ailleurs infiniment plus médiocre, s'est tenu au contraire beaucoup plus près du modèle commun, sans aucune recherche d'originalité. Les mêmes diversités, preuve d'un travail considérable sur le prototype, se rencontrent dans bien d'autres livres illustrés de cette époque. C'est le cas du Psautier populaire, où l'on constate, dans les manuscrits du ix^ siècle, une interprétation plus originale, plus indépendante, moins solennelle; c'est le cas de l'Évangile, où les manuscrits montrent une grande variété dans l'interprétation du type. Et cela se conçoit sans peine. Ce sont là, en effet, des livres populaires, qui vivent et se transforment sous l'action du temps. Mais cette évolution, qui apparaît d'une rédaction à l'autre, n'en est pas moins une preuve d'originalité.

Ce n'est pas tout. Notre époque apparaît même capable de création. Le x*^ siècle est le siècle des grandes compilations hagiographiques, où un Syméon Métaphraste rassemblait les biographies de tous les saints de l'Orient. De ce grand effort sortirent les recueils abrégés du Ménologe, pour lesquels il fallut créer une illustration. Et, sans doute, il se peut que cette illustration ait partiellement reproduit des thèmes anciens, copié de vieilles icônes locales : mais elle accommoda ces modèles au goût du temps. Pareillement, au xi^siècle, le développement du culte de la Vierge et la vogue des apocryphes donnèrent naissance à l'illustration des homélies et des hymnes en l'honneur de la Madone : ici encore, il fallut donc f^ire œuvre d'invention. Et à ces remarques, qui me semblent ébranler un peu la foi en des prototypes servilement copiés, on peut ajouter ceci : c'est qu'alors même que les conceptions sont anciennes, le style les renouvelle et les rajeunit. Les miniaturistes du ix® et du x® siècle possèdent de rares qualités : ils ont des connaissances anatomiques, un modelé juste et fin, un dessin précis et souple, un coloris chaud et lumineux, le sens et le goût de l'observation et de la réalité ; les portraits abondent dans leurs œuvres, traités avec une vigueur et une vérité remarquables. Or tout cela, ce sont précisément les qualités que l'on constate chez les mosaïstes, et cela prouve qu'il existe, dans l'ensemble de l'art de cette époque, des caractères communs, qui sont sa marque propre et qui en font à la fois l'unité et l'originalité.

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