‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 244 sur 370 · Ibid,, I · texte numérisé non relu

Ibid,, I

sioIo^uB, avec son double caractère allégorique et historique, sa double série d'images, les unes réalistes dans la représentation des animaux, les autre» symboliques par leurs scènes édifiantes, leurs allégories théo logiques , leurs multiples allusions aux polémiques religieuses du temps '. De tels sujets portent leur date avec eux. Toutefois on remarquera que, tandis que le Psautier Chloudof n'emprunte aucun motif à l'art antique, dans le Physiologus au contraire se rencontrent des ligures allégoriques, personnifications du Jour, de la Nuit, du Bon Matin, njmplies des sources, centaures, sirènes, statues dressées sur des colonnes, et aussi de véritables tableaux de genre d'inspiration alexandrinc (fig. 269). On a donc pu se demander avec vraisemblance si ce cycle de représentations, à tendances pittoresques et réalistes, n'était pas de date antérieure au Vis. ïea -MinUlureldumanuscrii cycle religieux auquel il s'esl du Physiolopus (Smy me), d'après combiné. Le fait vaut d être noté. Striygowski. car il laisse pressentir, jusque

dans le plein triomphe de l'orthodoxie, quelques-unes des tendancesqui vontmarquer la Benaia-

Du même mouvement monastique est issu un autre manuscrit encore. C'est le Job de Venise (n" 538), qui est daté de 905. C'est un livre d'édjiicalion pure, où nulle place n'est faite à la tradition pittoresque antique ; c'est une évidente création du monachisme byzantin, étroitement apparentée au Psautier Chtoudor et au Physiologus, qui semblent l'avoir précédée de peu. Assurément, d'autres exemplaires du même texte offrent un caractère asseï diiïérent ; les manuscrits du Sinaï et de Palmos rappelleol l'art alexandrin par leurs architectures, leurs scènes pastorales,

1 , Stnyb'owski, lier Bilderkreis det gricchiichtn Phyiiologm, Leipzig.

leurs tableaux de genre. C'est précisément Tabsence de tous ces . motifs qui rend intéressante et significative la rédaction de Venise. On y sent, toute-puissante sur toute une partie de l'art, Tinfluence de rÉglise, violemment hostile aux tendances antiques, pittoresques et profanes qu'avait remises en honneur Tépoque des iconoclastes.

La tendance profane. — Le triomphe de Torthodoxie pourtant fut impuissant à arrêter l'impulsion nouvelle. En face de Tart reli< gieux, niis au service du dogme, strictement asservi aux règles de riconographie pieuse, le souvenir de Tantiquité classique, le goût d'un art littéraire et profane, qui, de tout temp?, avaient à Byzance fait échec à Tinfluence théologique, persistèrent, et avec la Renaissance macédonienne cette tendance sembla même un moment l'emporter. Dans les écoles d'art qui se formèrent alors en dehors des cercles ecclésiastiques, parmi les artistes qui travaillaient pour les empereurs et pour la cour, on revint volontiers vers ces chefsd'œuvre de l'art antique, qui de toute part s'offraient aux yeux, on les copia, on s'en inspira, on les introduisit jusque dans l'art religieux même. C'est le goût des figures antiques, des allégories classiques, des sujets mythologiques qui domine dans les beaux manuscrits du ix*^ et du x^ siècle enluminés pour les empereurs : et si parfois ces' scènes mythologiques s'y transforment étrangement selon le goût byzantin, on n'y constate pas moins la conservation de la tradition pittoresque alexandrine, l'amour des sujets profanes, réalistes et familiers, ou bien historiques. Les Iconoclastes, d'autre part, avaient légué à l'âge suivant le goût de l'ornementation somptueuse. Elle s'épanouit avec une merveilleuse richesse dans les manuscrits de l'époque macédonienne, avec leurs frontispices fleuronnés où se joue un peuple d'animaux et d'oiseaux, avec leurs initiales élégantes, où la fantaisie la plus charmante s'est donné carrière.

Ainsi se reflètent et s'opposent dans la miniature aussi les deux tendances qui, de tout temps, ont partagé les esprits à Byzance. Les manuscrits illustrés de notre période permettront de suivre la fortune de ces deux courants contraires, de voir comment ils se manifestèrent en face l'un de l'autre, comment parfois ils se combinèrent, et lequel enfin triompha.

Un fait est d'abord à remarquer. C'est la place relativement con- Manuel (TArt byzantin. 36

562 LES HONUUBNTS DB LA PEIKTUBE. LES

sidérable que le second âge d'or paraît avoir faite à l'illustration des textes profanes, des ouvrages scientifiques en particulier. Plu- .sieurs manuscrits de cetle sorte nous sont parvenus, datant du x'' et du xi" siècle, dont l'illustration semble reproduire assez exactement des originaux antiques.

Oppien. — La Marcienne de Venise possède un beau manuscrit des Cynégétiques d'Oppien, écril eu x" siècle, et infiniment supérieur à la médiocre copie du même ouvrage, enluminée au xv' siècle, que conserve la Bibliothèque Nationale (Gr. 2736) '. Quoiqu'on y aisse sans peine la reproduction d'un original antique, qui

1. Bordicr, Deteriplion des peinluro des mxnascrits greci de ta Bibtio^ thèque Nalionate, Paris. IK83.

OPPtEN 563

datait probablemenl du m" ou iv* Biècle [Rg. 270), il est visible cependant que cette reproduction s'éloifrie assez sensiblement du t^-pe primitif. On n'y rencontre plus qu'exceptionaellement les fonds bleus ou roses qui rappellent les paysages pompéiens; et le modelé des nus, d'autre part, souvent traités au moyen de pénombres vertes, s'écarte également des procédés de la technique

ancienne. En revanche, les scènes historiques et mythologiques tiennent naturellement une grande place dans cette illustration. On y voit fieliérophon et la Chimère, Persée et la Gorgone, les exploits de l'Amour (fig. 271 ), l'histoire des Argonautes, Achille sur son char, Alexandre poursuivant Darius : autant de thèmes qui attestent clairement l'imitation d'un modèle antique. Mais il est intéressant de constater que ces thèmes anciens étaient, dans l'art du x' siècle, autre chose que des curiosités d'antiquaire. Les épisodes mythologiques qui illustrent le manuscrit d'Oppien sont, par une coïncidence curieuse, ceux-là même que, d'après un passage déjà cilé,Digénis Akritis avait fait représenter en mosaïque dans les salles de son palais. Il y a là un fait caractéristique, qui montre à la fois la fnveur que gardaient aux° siècle. Jusque dans la décoration monumentale, les épisodes empruntés h l'art classique, et combien aussi les miniatures des Cynégétiques, tout en s'inspirant d'un original

564 LES HOMMENTS DE LA PBINTl'HE. LES MINIATUBES

ancien, avaient perdu certains caractères du type primilif, pour se rapprocher des représenta lions de l'art monumental du temps.

Nicandre'. — D'autres manuscrits reproduisent plus fïdèlcnienl les prototypes antiques. C'est le cas, par exemple, du manuscrit des Tkeriaca de Nicandre, que conserve la Bibliothèque Nationale (Suppl. gr.'2i^), et qui date du x\' siècle. L'n passage de Terlullicn

atteste que, dès le second siècle, il existait une édition illustrée de ce petit traité des remèdes à employer contre les morsures venimeuses; et s'il serait évidemment téméraire de vouloir, d'après In copie du xi« siècle, se faire une idée cxacle de cet original, du moins esl-i| certain que de celle copie se dégage, selon l'expression de Lenormant, " un parfum d'antiquité classique ». Dans les scènes champêtres et mylholo(;Jqucs, qui se mêlent à l'illuslration proprement didactique, on retrouve nettement l'influence de l'esprit alexandrin. Quoique, du fail des^ teintes un peu plaies, le relief soit affaibli, le modelé des formes, le rendu exact de la musculature, les costumes

I. Omoiit, Fac->imilé) det miaialarea des plus xncitna manascriti girrl de la Bibliothèque \àlionale, Paria, 1003; cf. l'article de Fr. Lenormaiit ,<itz. Hrchéotogique. I«T5 et 1878', et Aïiialof, (Irigiaet, 7 suiv.

APOLLONIUS DE CITIUM 565

sont d'un art tout antique ; les constructions, les paysages, bes figures allégoriques rappellent, d'autre part, le goût hellénistique ; et certaines compositions pittoresques, comme celle des serpents naissant du sang des géants ou Timage des jardins purifiés (fîg. 272), sont de véritables tableaux de genre. Selon l'expression très juste d'Aïnalof, les miniatures du Nicandre « sont à la fois des manifestations de l'art grec et de la science alexandrine ».

Apollonius de Citium . — Les mêmes remarques peuvent s'appliquer au traité d'Apollonius de Citium sur la guérison des luxations, dont la Laurentienne de Florence possède un manuscrit du xi^* siècle. Sous des arcades, entre des colonnes corinthiennes, on y voit représentés les divers moments de l'opération : les personnages, médecin, aides, patient, sont nus pour la plupart. Malgré quelques traits byzantins, on retrouve nettement dans ces scènes le souvenir d'un original du iv® siècle : les plis élégants des rideaux, l'arrangement des draperies, le modelé des nus surtout ont un caractère tout antique. Comme Je dit encore Aïnalof, « le manuscrit d'Apollonius met en lumière les traits essentiels de la peinture alexandrine, sinon dans tout l'éclat de l'original, du moins dans le maintien de ses traditions. Comme dans le manuscrit de Nicandre, l'art est mis ici au service d'une science. On comprend dès lors pourquoi la copie byzantine reproduit les nudités de l'original, pourquoi on a mis tant de soin à rendre exactement Tanatomie des corps, pourquoi enfin les muscles ont été figurés avec une telle saillie que parfois le personnage en devient difforme. Ce sont là autant de traits de facture qui appartiennent à l'original * ».

D'autres manuscrits, de date d'ailleurs postérieure, montrent la persistance àByzancedes mêmes traditions. Le manuscrit grec 2832 de la Bibliothèque Nationale, qui peut remonter à la deuxième moitié du XIV® siècle, contient, à la suite des idylles de Théocrite, deux peintures directement inspirées de modèles antiques : elles représentent Dosiadès présentant à Apollon le poème de l'Autel, et Théocrite offrant celui de la Flûte à Pan^. Des thèmes semblables, traités de la même façon, se retrouvent jusque dans des manuscrits du

1. Apollonius de Citium, éd. H. Sclir»ne, Leipzig, 1896. Cf. Aïnalof, Orig.^ p. 13-14.

2. Omonl, Dosiadès et Théocrite offrant leurs poèmes h Apollon et h Pan (Mon. Piol, XII, 1905).

xv^ siècle'. Ainsi, jusqu'aux derniers temps byzantins, on se plut à copier attentivement, souvent avec de véritables scrupules d'antiquaire, les prototypes créés par Tart alexandrin. Mais ces manuscrits ne sont pas seulement intéressants en ce qu'ils prouvent le goût persistant que le monde byzantin gardait pour les œuvres antiques, pour celles de la littérature scientifique surtout. Il y a plus. A Tépoque des empereurs macédoniens, cette influence de l'art classique se fit sentir jusque dans l'art religieux, et dans l'illustration du Psautier comme dans celle des homélies de Grégoire de Nazianze, en face de la rédaction théologique, elle donna naissance à une rédaction purement littéraire.

LES LIVRES DE l' ANCIEN TESTAMENT

Le Psautier *^. — Parmi les livres de la Bible, les- Psaunie> furent, on le sait, un de ceux qui attirèrent de bonne heure et le plus fortement l'attention des fidèles. Aussi n'est-îl point surprenant que le Psautier, qui, outre les psaumes, comprenait les Odes ou prières extraites des deux Testaments, soit devenu extrêmement populaire et que les manuscrits illustrés de cet ouvrage tiennent une place tout à fait importante dans l'histoire de la miniature byzantine.

Ces manuscrits se groupent en deux séries bien distinctes, qui ditfèrent par le style et la conception autant que parla disposition. C'est, d'une part, le groupe « aristocratique », qui se caractérise par des miniatures à pleine page, généralement peu nombreuses, et dont les sujets sont pour la plupart empruntés à l'histoire de David. D'autre part, c'est le groupe « monastique et théologique », à illustration marginale, très abondante et infiniment plus variée que dans Tautre série de manuscrits.

Du premier groupe, le représentant le plus illustre est le Psautier de Paris (Bibl. Nat., Gr. 139), qui date du x® siècle^. Les quatorze grandes miniatures qu'il contient ont depuis longtemps retenu Tattention par leur caractère nettement antique. Dans la charmante

1. Wendel, Die Technoplignien-Ausgabe des Rhetors Holobolos (BZ., XVI, 1907, p. 460).

2. Tikkanen, Die Psalter-Illuslration im Miltelalter, Helsingfors, 1895.

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