LE PSAUTIER
Certains traits toutefois trahissent le remaniement byzantin, par exemple les ombres vertes des carnations et la distribution des nimbes, dorés pour David et les prophètes, bleuâtres pour les figures symboliques représentant des vertus chrétiennes, et qui ont été refusés à d'autres personnifications. De même, David debout entre la Sagesse et la Prophétie, se détachant sur un fond d*or, semble un fragment de quelque mosaïque et a toute la solennité des œuvres de Part monumental.
On peut rapprocher du Psautier de Paris plusieurs manuscrits de la Bibliothèque Vaticane^ qui procèdent du même esprit, s'inspirent des mêmes modèles, et répètent parfois même exactement certaines compositions du Parisinus ^ C'est d'abord un recueil d'extraits delà Bible (Reg. 1), écrit au x*' siècle, et qui fut offert à un monastère de la capitale par un haut fonctionnaire, le patrice et sacellaire Léon. L'image du donateur, portrait médiocre, mais d'une réalité saisissante, apparaît, dans la première miniature, aux pieds d'une Madone de noble allure (fig. 276). Plus loin, une intéressante composition, représentant les exploits de Judith, semble inspirée de l'Iliade de l'Ambrosienne, tandis que le sacre de David par Samuel répète la scène du Psautier de Paris. Assurément, par l'exécution, le manuscrit du Vatican est fort inférieur à celui de la Nationale, et le caractère monumental, la solennité pompeuse des compositions y sont bien plus fortement accusés. Néanmoins les deux œuvres puisent aux mêmes sources d'inspiration, tableaux antiques d'une part, mosaïques des palais et des é^^lises de l'autre ;et c'est,dans les deux manuscrits, le mêmedéveloppement des architectures, la même abondance des allégories, la même magnificence des compositions, dramatiques ou solennelles, que l'on retrouve pareillement dans le Psautier du Vatican (Pal., Gr. 381), et dans le manuscrit des prophéties d'Isaïe (Vat., Gr. 755). Dans le premier, qui est du xi^ siècle, les tableaux de David jouant de la harpe, et de David entre la Sagesse et la Prophétie (fig. 277) répètent exactement les compositions du Psautier de Paris et s'inspirent, avec au moins autant de talent, des mêmes modèles ; dans le second, qui date du XI® siècle, figure l'épisode de la Prière d'Isaïe, de même inspiration, mais d'exécution plus médiocre que la miniature du Parisinus.
Tous les manuscrits qui viennent d'être étudiés sont des éditions
1 . Le miniature delta Bibhia {Codice Reginense greco / ) e del Salterio {Codice palatino greco SSI) dans la Collezione palcografica Vaticana, fasc. 1, Milan, 1906.
7'2 LBS SIONUXBNTS DE LA PBINTUBE. LRS HIMATIRES
s grand luxe, d'une richesse extrême, illustrées à l'inlention c
. :T7. — David cnlre la SaK<-'ssc cL la Prophëlie. Miniature du E^sautier
du Vatican [d'apris Le Miniature delta Bibbia... e det Satterio].
lux frais de hauts personnages de la cour. 0» rattachera donc nalu- -ellement à ce groupe le grand Psautier de la Marcienne, exécutée
la fin du X* ou au commencement du xi' siècle pour l'empereur Basile II. On y voit, après uii portrait d'apparat du basileus(rig. 182), un frontispice à six compartiments, repréneiitant des épisodes de la vie de David; ils sont traités plus simplement loutefois et avec moins d'ailég'ories que dans le Psautier de Paris '.
Kn face de celte illustration du Psautier aristocratique, tout imprégnée d'esprit antique, le Psautier à illustration marginale offre
1. Il ejiistede nombreux manuscrits encore du Psautier aristocratique. Je citerai Beulemenlceluiile Vatopédi (finxr siècle), dont l'illustration esL complète, mats fort inférieureauParisinus; celuiduPantocralor{n°-19, fin m* siècle); celui de l'Ambrosienne (n° 5i, i- aiicle), avec des miniatiirea peu nombreuses, mais fort belles, elauquelesl apparenté le Psautier Barberini 202, qui date de 1177,
d6 la PBtNTimB. LES MINIATURES
un caractère oetUment populaire. J'«i sif^nalé déjà les Iraits esseo-
tieis de ce gi-oupe de manui
Fig. Î7B. — Le Christ et la Sanu laine. Minïalure du psautier 1 beriiii {Bibl. Vaticanc).
rédaction à l'aulre, on peut sa'w
' éludianl le représentant le plus ancien, le Psautier Cbloudof, et j'ai marqué tout l'intérêt que présente cette création originale de l'art byzantin. Elle a, aux siècles suivants, trouvé une longue fortune. A la même série, en effet, appartiennent -^ pour citer les plus remarquables seulement — le Psautier du Pantocrator (n" 61). plus jeune de quelques années à peine que le Psautier Chloudor, et, parmi les manuscrits de date plus récente, celui du British Muséum (add.
19352) écrit en 1066 au couvent du Stoudion, et celui du Vatican (Gr. 372}, jadis dans la Bibliothèque Barberini, et qui fut probablementenluminépour un empereur du xu' siècle. On saildéjà la variété infinie qu'offre l'illustration de ce groupe, et les éléments divers dont elle est composée. Aux scènes empruntées à l'histoire de David, de Joseph, de Moïse, s'ajoutent en grand nombre les épisodes évangéliques, les allégories morales, les allusions symboliques ou politiques. Ce n'est point d'ailleurs qu'il y ait identité absolue de l'un à l'autre de ces manuscrits. On a montré par des exemples frappants que, d'une r une véritable évolution ', comme
il est naturel, au reste, dans une œuvre qui demeura longtemps