Kondakof, Hist , II
TRIOMPHE DE l'eSPRIT MONASTIQUE 599
second âge d'or, toute pénétrée au début de la tradition antique, tout inspirée des modèles profanes, tout éprise de style pittoresque et d'observation réaliste, s'est peu à peu acheminée vers un art plus sévèrement religieux, vers une piété plus étroite, vers un but plus strictement fixé, vers des règles plus immuables. C'est que, de bonne heure^ pour agir sur les esprits, rÉglise avait adopté la miniature ; elle devait nécessairement, après lui avoir laissé longtemps une assez large liberté, lui imposer ensuite, dans son désir de l'employer à l'enseignement sacré, des préoccupations de plus en plus dogmatiques et liturgiques. L'histoire de la miniature, malgré cette évolution dernière, ne garde pas moins un intérêt puissant. Elle nous apprend, d'une part, comment la tradition pittoresque antique se conserva à Byzance, et comment elle sut, en face des grandes œuvres du style monumental, adapter ses procédés aux ouvrages chrétiens eux-mêmes. Mais ce n'est pas tout. La miniature a fait quelque chose de plus : elle a fini par réagir jusque sur le grand art. Si la peinture du xiv® siècle a si largement développé les architectures, le paysage, les éléments pittoresques, cela tient en grande partie au large développement que prit au xii® siècle la miniature narrative. Ce n'est pas le moindre service qu'ait rendu à l'art byzantin le talent souple et libre des miniaturistes du second âge d'or, d'avoir ainsi préparé sa suprême évolution et sa dernière renaissance.