‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 285 sur 370 · ToGSC&y Cimeli bizantini{L'Ai'iej 1906, p. 36 suiv · texte numérisé non relu

ToGSC&y Cimeli bizantini{L'Ai'iej 1906, p. 36 suiv

642 l'orfèvrerie — les émaux — la verrerie

L^élCAILLERIE *

Grande place de Vémail dans l'art byzantin. — Mais le procédé du repoussé parut en général trop simple aux orfèvres byzantins : et aussi bien cédaient-ils à la tendance générale de remplacer le relief par la polychromie. Ils réalisèrent ce parti, soit en continuant à employer, comme au vi* et au vu® siècle, la verroterie cloisonnée, dont on trouve des exemples jusqu^au x® siècle, soit surtout au moyen de Témail cloisonné, probablement emprunté à la Perse, et dont Tusage commença à se répandre à Tépoque iconoclaste, si ouverte aux influences orientales. En tout cas, à partir delà période macédonienne, les émaux prirent une place essentielle dans le luxe et dans Tart byzantins. Dès le règne de Basile I, les textes mentionnent des images émaillées du Sauveur, soit dans Téglise du prophète Elie, soit sur Tarchitrave en or massif de la Nouvelle- Eglise. Désormais les Ipya /eifJieuTà, comme dit Constantin Porphyrogénète, c'est-à-dire les médaillons et les plaques d'émail aux harmonieuses couleurs, que produisaient par milliers les ateliers de Constantinople, se rencontrent partout. Non seulement ils servirent à décorer, sertis d'or et mêlés aux pierres précieuses, les pièces les plus somptueuses de Torfévrerie ecclésiastique, calices, patènes, autels, croix et reiiquaires, et à mettre à Tentour des icônes saintes un riche et chatoyant encadrement. Ils ne furent pas moins employés dans les usages de la vie civile. Dans la décoration du Palais Sacré, parmi les merveilles d'art qu'on exposait aux jours des cérémonies solennelles, les émaux étincelaient sur les amples manteaux brodés d'or, sur les couronnes votives aux formes compliquées, sur les plats et les coupes d'argent et d'or, sur les va.^es et les lampadaires de métal précieux, sur les coiTrets délicatement ouvragés, sur les reliures de prix des manuscrits. Ils servaient également à rehausser la splendeur des costumes d'apparat ; sur les vêlements et les chaussures, sur les armes et les selles de parade, on fixait volontiers des plaques d'émail. Avec les étoffes de pourpre historiée fabriquées dans les manufactures impériales, ils formaient

1. Linas. Émaillerie^ métallurgie, toreuiiqne : Us exposUions rétroêpectives de 1889, Paris, 1889, Schulz, Der byzant. Zellenschmelz, Francfort, 1890; Kondakoff Histoire et monuments des ^mauxôt/zanttns, Francfort, 1893; Bock, Der byzant. Zellenschmelz der Sammlung Swenigorodskoï, Aix, 1896.

LA TECHNIQUE DE l'ÉMAIL 643

la matière principale des cadeaux offerts par les basileis aux sou> verains étrangers : et c'est, pour le dire en passant, en grande partie par eux que TOccident a connu Byzance, c'est à eux plus d'une fois qu'il a demandé des inspirations et des modèles d'art. On conçoit donc que, dans ces conditions, le x® et le xi® siècle aient été l'âge d'or de l'émaillerie byzantine.

La technique de lémaiL — Aussi bien est-ce à cette époque que, grâce aux progrès de la chimie, l'art de Témailleur s'enrichit de toutes les variétés de nuances et de couleurs, en même temps qu'il s'appropriait presque tous les procédés de fabrication connus. Plusieurs émaux de la collection Zwénigorodskoï nous montrent très exactement le détail de cette technique. Sur la mince plaque d'or ou d'électron (alliage d'or et d'argent) qui portera l'émail, l'artiste a tracé au pointillé une esquisse de sa figure, qui se voit, très apparente encore, à l'envers de ces petits médaillons. Ce dessin lui sert de guide pour la pose des petites cloisons d'or, collées d'abord et ensuite délicatement soudées au fond de la plaquette, et qui étaient destinées à retenir la future couche d'émail. La hauteur de ces lamelles d'or variait selon le degré d'épaisseur de la couche d'émail ; c'est précisément la finesse des cloisons et la minime hauteur de l'émail (un demi-millimètre dans les ouvrages les plus lins) qui distinguent les œuvres du x^ et du xi® siècle de celles de la décadence. Dans ces alvéoles, on posait ensuite les pâtes vitreuses faites de plomb et de borax mélangés d'oxydes métalliques qui donnaient les diverses couleurs: blanc de perle ^étain), bleu (cobalt), verl (oxyde de cuivre], lilas (peroxyde de manganèse), rouge (protoxyde de cuivre et oxyde de fer mélangés). Selon la différence de fui«ibilité de ces alliages et le temps de la cuisson, on obtenait des qualités de ton différentes, dans la réussite desquelles le hasard, pour les nuances des chairs surtout, tenait souvent autant de place que la science. Pourtant, si Ton compare les émaux les plus anciens à ceux du x^ et du xi® siècle, on constate un progrès marqué de la chimie en même temps que de l'habileté technique. La gamme chromatique s'enrichit: le maniement et la combinaison des pâtes, selon leur degré de fusibilité, deviennent plus savants ; les sur> faces monochromes se couvrent d'un fin réseau métallique qui, en l'absence de modelé, produit des chatoiements d'or. Enfm l'émailleur termine son travail en polissant la surface, pour faire ressortir Je dessin cloisonné et donner du brillant à TémaiP.

l. Cf. sur celte question technique Kondakof, Émaux byzantins^ 86-98.

644 L^ORFéVRERIB LES EMAUX LA VERRERIE

11 ne saurait être question ici, pas plus que pour les ivoires, de dresser le cataloguç des nombreux monuments qui nous font connaître cet art admirable. 11 suffira de signaler les principales catégories entre lesquelles ils se répartissent, et, dans chacune, les pièces les plus remarquables et dont la date est à peu près assurée.

Vorfévrerie religieuse. — Parmi les pièces d'orfèvrerie* religieuse, on distinguera les croix, les reliquaires, les couvertures d'évangéliaires, les icônes, les objets du mobilier ecclésiastique.

Croix. — La croix est lobjet le plus familier à Torfévrerie byzantine, et elle y prend différentes formes. C'est d'abord la croix pectorale, assez petite, dont un bel exemplaire se trouve au couvent deMartvili en Mingréfie. Enrichie d'émaux admirables de finesse et de beauté, elle est, dit Kondakof, u un monument unique en son genre de Tart byzantin ^ » ; elle fut évidemment envoyée de By/.ance à Tun des premiers métropolites de Martvili, à la fin du ix® ou au commencement du x'' siècle. On en peut rapprocher, pour sa valeur d'art, la petite croix de- la reine Dagmar, au musée de Copenhague, un des meilleurs émaux du xi® siècle. Ailleurs, c^estla croix isolée, beaucoup plus grande, dont les plus intéressants exemplaires conservés sont la croix à double traverse de Namur(xi' siècle), celle de Cosenza (xi® ou xn® siècle) (fig 326), d'une grande finesse d'exécution et d'un bon style, celle de Velletri (milieu xii* siècle). Sur tous ces monuments, le décor ne varie guère. C'est tantôt l'agneau, avec les symboles des évangélisles (Velletri), tantôt le Christ trônant avec les images des évangélistes (Cosenza), qui occupent le centre et les extrémités de la croix. Mais la Crucifixion surtout tient une grande place, les éléments symétriques du drame du Calvaire se distribuant assez bien autour du motif central, dans les quatre branches de la croix (Vierge et saint Jean aux bras horizontaux, ange et Hétimasie aux bras verticaux). Sou vent aussi, au revers, on trouve la scène de la Déisis, ou encore l'image de la Vierge. Et, comme dans la plupart des ouvrages de ce temps, cette décoration rappelle celle des églises et s inspire des créations de l'art monumental.

S/uurothèques, — Augroupe descroix, mais bien plus intéressantes qu'elles, se rallnchenl les staurothèques ou reliquaires contenant une parcelle de la vraie croix. Elles ont généralement la forme d'une croix à double traverse enchâssée dans un riche coffret. La plus remarquable

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