Bayet, Recherches
capables des tâches mUaisées ; il existait ainsi en Occident de véritables colonies d'artistes byzantins * ; et l'on conçoit aisément, en de telles conditions, combien dut être grande la part de Byzance dans Tépanouissement des arts en Occident. ' Mais ces conditions historiques mêmes impliquent des différences d'influence : elles n'ont point été identiques ni dans tous les temps, ni dans tous les pays ; et ce n'est en conséquence que par des solutions particulières qu'on peut — une fois admis les principes généraux qui viennent d'être posés — tenter de serrer de plus près le problème qui divise encore les historiens.
U Italie ^. — Dans l'Italie méridionale, profondément hellénisée par ses maîtres byzantins, à Venise, largement ouverte à toutes les influences orientales, on a déjà précédemment signalé le rôle prépondérant que joua Byzance^. Ce ne sont là, à proprement parler, que des provinces de Tart chrétien d'Orient. 11 en va de même, ou à peu près, pour la Sicile de la première moitié du xii® siècle^. Une autre région au contraire, celle qui eut pour centre la grande abbaye du Mont-Cassin, pose un problème plus délicat à résoudre. La «question byzantine )>* prend ici, comme on Ta remarqué, une forme particulière, qu'on peut appeler la « question bénédictine^ ».
Le Mont-Cassin — Dans un texte fameux, souvent cité, souvent discuté, le chroniqueur Léon d'Ostie rapporte que, vers le milieu du xi^ siècle, Desiderius, abbé du Mont-Cassin, fît venir des artistes de Byzance, pour décorer la grande basilique qu'il édifiait dans son monastère. Ils apportaient avec eux, dit le chroniqueur, « les arts dont les Latins avaient perdu le secret depuis cinq cents ans ». De ce passage célèbre, on a longtemps conclu que toute culture artistique était morte dans le sud de Tltalie, et qu'elle ne se réveilla que par l'intervention des maîtres grecs appelés par Desiderius ; et comme, d'autre part, des recherches nouvelles ont prouvé assez
1. Mtintz, Les artistes byzantins dans VEurope latine du V* aa XV* siècle (Revue de l'art chrétien, t. 36 (1893).
2. Salazaro, Studi sui monumentC delta Italia méridionale dal IV al XIll secolo, Napics, 1871-1H81, [très de parti-pris] ; Bertaux, L'art dans Vltalie méridionale^ Paris, 1904, qui a renouvelé entièrement cette étude. J*ai suivi de très près dans les pages suivantes Texposé de Bertaux. Cf. aussi Venturi, Storia delV arte italiana, t. II, et Frothin^i^ham, Noies on byzantine art and culture in Italy (American Journal of archaeology, 1895).