LA PEINTURE BÉNÉDICTINE. SAN ANGELO IN FORMI
Tépoque de Desiderius. Mais c^s qualités* nouvelles apparaissent d^observation et de mouvement. Le contraste est plus frappant encore dans la grande composition du Jugement dernier qui couvre toute la paroi occidentale de Téglise. Si on la compare aux représentations de la même scène qui décorent la basilique de Torcello et Téglise de la Reichenau, on voit que, par Ticonographie, la fresque bénédictine rappelle bien davantage le modèle germanique que le modèle byzantin. L'artiste qui, au commencement du xii* siècle, a peint cette fresque colossale, a traduit en style byzantin un pro- «rramme tout latin.
Ainsi, du chef-d'œuvre exécuté par le maître grec qui décora le narthex, on passe vite à d'autres ouvrages, où seules subsistent les formules apprises à Técole des Grecs. Pour le dessin, le modelé, le coloris, pour tout ce qui est la technique, la décoration tout entière de San Angelo in Formis s'inspire de Fart savant révélé à Tatelier du Mont-Cassin par les mosaïques de Constantinople, Mais l'ordonnance de cette décoration est toute latine ; Ticonographie, en partie byzantine, est en partie occidentale aussi. On sent la rapide transformation de Técole qui, formée par les maîtres byzantins, appliqua vite à d'autres traditions les enseignements précieux qu'elle avait recueillis.
Les mêmes remarques s'appliquent aux autres peintures murales qui subsistent de l'école bénédictine. Les plus anciennes, celles par exemple qui décorent un petit oratoire au pied du Mont-Cassin, sont, comme les fresques du narthex de San Angelo, purement grecques. Celles qui décorent l'abside de la basilique de Foro Claudio (fin XI* siècle) sont une copie évidente, exécutée par des arli^tes bénédictins, de quelque mosaïque byzantine, ouvrage des maîtres grecs : celles de la crypte d'Ausonia mêlent à une technique qui rappelle les miniatures bénédictines du xi* siècle les traditions d'une iconographie occidentale *. Ainsi se confirme ce qui a été dit précédemment des ouvrages et du rôle de l'école bénédictine. Elle a dû infiniment, pour son éducation technique, aux maîtres étrangers appelés par Desiderius : et, de ce point de vue, on ne fera jamais trop large la part de l'influence byzantine dans le développement de l'art italien. Un abîme sépare les rudes fresques campaniennes du X® siècle, antérieures à la venue des Grecs, des (Xîuvres savantes
1. Les mêmes remarques s'appliquent aux peintures murales de la cathédrale d^Anagni. Cf. Toesca, Gli uffreschi délia caltedrale di Anagni, Home*
qui inaix|uent Tépoque de Desiderius : et c'est une chose essentielle que cette complète transformation. Par les leçons et les modèle^ qu'ils fournirent, les cartons qu'ils donnèrent, les carnets d'esquisses et les livres à miniatures que sans doute ils apportèrent avec eux. les maîtres grecs formèrent en peu d'années des élèves, dont plusieurs semblent avoir été remarquablement doués. Mais, pour cette raison même, ces disciples aspirèrent à se libérer. Ils gardèrent ou retrouvèrent, « dans Tamas séculaire des traditions artistiques de rOccident », bien des motifs que Part byzantin n'avait jamais connus * ; et si, pendant plus d'un siècle, l'influence byzantine se conserva dans l'école, pourtant les artistes d'Italie, par bien des côtés, s'affranchirent. « Ils mêlèrent en particulier aux imitations des figures byzantines de véritables études d'après nature ; ils surent donner aux visages la douceur féminine ou l'énergie virile, aux attitudes et aux gestes Taccent de la vie '. »
Les portes de bronze itaHennes *. — La même imitation des modèles grecs, aboutissant à des ouvrages d'un art plus original et plus libre, se manifeste dans une autre série d'oeuvres. On sait la faveur qu'eurent en Italie, au xi" siècle, les portes de bronze damasquinées d'argent qu'on fabriquait à Constantinople. Dès le début du xn'' siècle, à Venise et dans l'Italie méridionale, des artistes locaux imitèrent ces modèles et tentèrent de rivaliser avec les Grecs. ACanosa, à la porte du mausolée de Bohémond, prince d'Antioche. Roger d'Amalf] reproduisit les images gravées et damasquinées des portes byzantines (fig. 343\en y mêlant un prestigieux décorde rosaces et d'ornements sarrasins (1111) ;Oderisiusde Bénévent fît de même aux deux portes de la cathédrale de Troja (1 1 19 et II 27). L'un et l'autre maître travaillaient selon la technique byzantine, où les contours, dessinés en creux, sont avivés par des fils d'argent ou soulignés au moyen d'émaux, technique de graveur et d'émailleur plutôt que de fondeur et de sculpteur. Les artistes de la seconde moitié du XII*' siècle tentèrent au contraire d'innover en substituant aux silhouettes gravées de véritables bas-reliefs en métal. C'est ce que fit BarisanusdeTrani aux portes qu'il fondit pour Trani( vers 1175 , pour Ravello (1179) et pour Monreale (vers 1186). C'est ce que fil Bonannus de Pise pour les portes qu'il exécuta pour le dôme de