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CHAPITRE III

LES MONUMENTS DE LA PEINTURE mosaïques ET FRESQUES

Les mosaïques. ICahrié-djami. Fetijé-djami. Baptistère de Saint-Marc de Venise. — II. Les fresques. Mistra. Métropole. Peribleptos. Pantanassa. Peintures de Macédoine et de Serbie. Caractères généraux des fresques serbes. Le Mont-Athos. Le peintre Manuel Pansélinos. Chronologie des peintures de TAthos. L'ordonnance delà décoration et Ticonographie. Le Guide de la peinture. Caractères de Tartathonite. — III. Caractères généraux de la peinture byzantine du xiv* au xvi* siècle.

Pour étudier Thistoire de la peinture byzantine dans la période qui va du commencement du xiv^ siècle au milieu du xvi*", nous disposons, grâce aux découvertes faites en ces dernières années, clé monuments assez nombreux, mosaïques ou fresques, dont beaucoup sont datés avec précision. On les trouve dispersés dans tout l'Orient chrétien, à Constantinople et à Mistra, en Macédoine et en Serbie, à Trébizonde et en Crète, en Russie et dans les monastères de l'Athos, Mais partout, malgré d'incontestables différences régionales, on constate une inspiration identique, une commune tendance vers un même idéal, des conceptions semblables, qui donnent à ce grand mouvement son unité. Au début du xiv*' siècle, à Técole traditionnelle et conservatrice, qui subsiste d'ailleurs en des œuvres qui ne sont point sans beauté, succède une école nouvelle, à la fois décorative et réaliste, qui se caractérise par un style pittoresque et un coloris presque impressioniste. Elle apparaît simultanément à Constantinople, dans les mosaïques de Kahriédjami, à Mistra, dans certaines fresques de In Métropole et dans les peintures de la Peribleptos, en Macédoine et en Serbie, dans les (Euvres dont les peintres du xiv® siècle décorèrent les églises des tsars Miloutine et Douchan, enfin dans les plus anciennes fresques de TAthos; puis, à travers tout le xiv'' et le xv** siècle, cette grande école d'art se développe avec un éclat merveilleux, jusqu'au jour où, vers la fin du xv* et au commencement du xvi® siècle, elle produit ses œuvres maîtresses dans les couvents de la Sainte-Montagne, et se résume en un grand nom, illustre et légendaire, celui

de maître Pansélinos^leThessalonique. Pour faire comprendre cette dernière évolution de la peinture byzantine, on analysera brièvement les grands cycles décoratifs qu'elle a produits : on marqueri ensuite les caractères généraux de cet art, en s'efforçanl de déterminer par où il se rattache au passé, par où il est vraiment créateur.

LES MOS.MQUES

Kahrié-djami * . — A Constantinople, la mosquée de Kahriédjamif qui était, à Tépoque byzantine, Téglise du monastère de Chora, a conservé, dans les deux narthex qui la précèdent, uue importante décoration en mosaïque. I/ordonnance générale en esi assez aisément reconnaissable. Deux séries de représentations v tiennent une place essentielle, empruntées, les unes à la vie de la V^ierge, les autres à la vie du Christ. Mais, à ces deux cycles, par une ingénieuse disposition, le peintre a donné comme une sorte d'introduction dans les deux coupoles qui couronnent le second narthex. Dans Tune, le Christ, planant au centre, a au-dessous de lui les figures des patriarches, depuis Adam jusqu'à Mathusalem, et des représentants des douze tribus d'Israël ; dans Tautre, autour de la Madone, se rangent les images de seize rois d'Israël et de onze prophètes. Ainsi la généalogie du Christ s'unit au rappel des prophéties qui ont annoncé sa venue, pour former comme une préfact au récit des épisodes de sa vie terrestre. Et pareillement les deux cycles évangéliques trouvent leur conclusion, d'une part dans les grandes ligures, véritables icônes, qui, au-dessus des portes d'entrée, représentent, ici la Vierge entre deux archanges (fîg. 371), là le Christ, soit en buste, soit accueillant du haut de son trône le foudateur agenouillé à ses pieds (fîg. 376) ; d'autre part, dans la composition colossale qui, au mur du second narthex, retrace la scène de

1. Richter, Abendlândische Malerei und Plastik im Orient (Zeilschr. f. hihï Kiinst, 1878) ; Kondakof, Les mosaïques de la mosqaée de Kahriè-djamt. Odessa, 1881 (russe) ; Mûhlmann, Die Mosaiken der byz. Klosterkirche Chora (Archiv f. kirchlichc Baukunst, 1886 et 1887); Kondakof, Églises bysantine^ et mon uments de Constantinopley Odessa, 1887 (russe) ; Schinitt, Mosaïques ef fresques de Kahrié-djami (IIR., VIII, 1902); Dichl, Études byzantines, Paris, lOOô; Munoz, / musaici di Kahrié-djami in Constantinopoli (Rassegna iU liana, 1906) ; Schmitt, Kahrié-djami (IIR., XI), Sofia, 1906, avec un bel album de planches ; Strzygowski, Die Miniaturen des serbischen Psalters^ 102 suiv. ; Rijdell, Die Kahrié-Dschamisi in Konstantinopel, Berlin, 1908.

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la Dêisis, et met en présence le Christ et la Madone, héros des deux séries de représentations. Si l'on fait abstraction des figures isolées de saints qui, soit debout, soit en médaillons, garnissent la courbe lies arcades, on aperçoit aisément l'unilé de conception qui a présîJé à ce grand ensemble. L'Kglise, con>me à toutes les époques de

l'histoire de Tari byzantin, emploie ici encore la peinture pour l'ins- Iruction et l'édification des fidèles ; et, l'image faisant partie intégrante du culte, elle dirige la main de l'artiste et dans son activité artistique voit toujours une œuvre pie.

Le grand développement du culte de la Vierge dans le monde byzantin avait d'asser. bonne heure introduit dans l'art In représentation des épisodes de sa vie. De Syrie, ou cette iconographie semble s'être d'abord constituée, en empruntant aux évangiles apocryphes la matière de ses diverses compositions, elle se répandit assczpromptement dans tout l'Orient chrétien. Le cycle de la Madone, on l'a vu, •ipparait dès le xt° siècle dans les peintures des églises et dans les

miniatures des manuscrits ; désormais la faveur de ces thèmes nnc- l veaux ne s'arrêta plus. Les artistes du xiv^ siècle les ont déuillr- ' avec une particulière complaisance, à la Métropole ou à la Penbleplos de Mistra. aussi bien que dans l'église athonile de Vatopéè |

Vig. 371. — La pricrc d'Anne. Mosaïque de Kabrié-4j«mi iPhot. SelMbi.

et dans l'église serbe de Stoudénilsa. Entre ces divers cycles, qui sont tous à peu près de même date, celui de Kahrîé-djami offre un intérêt tout pai'ticulicr par l'ampleur du développement et la nouveiiulé pittoresque du style.

Deux choses frappent surtout dans les dix-huit compositions qui. aux murs du narlbcx intérieur, racontent les épisodefî de la vie de Marie, depuis le i-cfus des offrandes de Joachim jusqu'aux reproches de Josejih l'i la \'icrf;e. G'csl d'une part le soin minutieux avec let^uel le peintre a tra<luil les moindres détails du récit des apocrvpljes.

KAHHIK-DJAMt

faisant de ses peintures comme une illuslration perpétuelle et [irosque littérale du texte. C'est d'autre part ta façon dont il a

traité les diverses scènes comme de vérilabtes sujols de ;,'cnre mullipliant les traits piltores(|UL>s, familicfs ou louchanis. Dan; Hriore d'Anne i lis. 372), au milieu du jardin vord..v;iiil qu'yrn.s.

73fi LES MIINUHENTS HK T.A PKINTUBE. ►'BBSQIBS ET MOSAÏQIES

des eaux jaillissantes el qu'ègnienl des chants d'oiseaux, une pfl servanle enl assise, sous des architectures, derrière la jeune feniTT' et la scène en prend un caractère de naïve intimité. Dans l'épi' des ■ sept premiers pas de Marie d.ou dans celui des •• caresses di- Vierge «, c'est la même recherche des sentiments familiers tendres. Bl c'est partout une remarquable entente de la comp<<-

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