I. MiisBÏqucs de Kafirii
lion, savante el harmonieuse tout ensemble (par exemple dan? i scène de la Distribution de la pourpre) (fig. 3731 ; et c'est, d.tnl'allitudc des personnages el le détail des figures, un art singulier^' nient expressif et vivant.
I.es mêmes qualités se rencontrent dans les scènes qui, sur ifmurs du narthex extérieur, représentent, en commençant pur 1' voyage à Bethléem, l'enfance et les mii-acles du Christ. Il en f-i quelques-unes d'un mêrile tout à fait supérieur : telle la com[)"M tion qui figure un sujet très rarement traité dans l'iconographi' byzantine, le Itecensement devant le légal Quirinus (lig. 374 '. \'.'"la manière dont la Vierge se détache, bien en vue entre le ■,'mi['
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c{ue forment Joseph et sea serviteurs et celui des scribes qui enre- {j^istrent la déclaration, il y a un sens de l'arrangement tout à fait remarquable, et c'est une ligure admirable de vérité et de vie que celle du proconsul dans sa tunique bleue brodée d'or, que couvre uiï ample manteau rouge, avec sa tète fine qu'encadre une courte barbe blonde, et que coiffe le bonnet blanc pointu des hauts dîgni-
Pig. i'i. — La ituërii
laires byzantins du xi\-' siècle. C'est, dans les compositions qui suivent, la même grâce aisée desattitudes, le même sentiment de la vie, la même recherche de l'émotion (Massacre des Innocents) que dans les épisodes du cycle de la Vierge. Et c'est enfin, dans les miracles, développés avec une particulière complaisance dans cette église consacrée au Christ u qui donne la vie », le même art sincère et simple, qui se plaU aux détails familiers et gracieux (enfants jouant dans la Multiplication des pains], aux compositions harmonieuses et vivantes (Guérison du paralytique) (fig. 375), et qui recherche volontiers les thèmes nouveaux ou rares : tel cet épisode, d'un slyle si réaliste, où se résume en quelque manière l'idée maîtresse de celte partie de la décoration, etoù le Christ apparaît, au milieu d'une vraie cour des miracles, boiteux, bossus, aveugles, u guérissant, Manaeld'AH bysmlin. il
Itm LES MO;<L-MENTS DE LA l'BINTL'RE. FBESQfES ET MOSAÏQUES
comme dit l'inscription, les diverses sortes de maladies ' ». Il f>i probable que, selon l'usage, le cvcle de la vie du Chrisl'se compl.tait par les épisodes de la Passion, sans doute placés, soit dan^ l'église même, soit sur le mur actuellement vide d'une partie du nar- Ihex extérieur : ces mosaïques ont aujourd'hui disparu.
On a fort discuté sur la date et sur l'origine des mosaïques <!'' Kahrié-djami. Kondakof en attribuait la plus grande partie .lu xW siècle, et quelques morceaux seulement au xiv'. Il semble ^lu contraire absolument démontré que l'essentiel de la décoratimi date de l'époque des Faléologues et qu'elle fut exécutée, entre 1-il"
I. 1^ iiii-nie llièiiie se retrouve i Mislra, dans l'église de la Métropole Millul. Monumtnli hgsunlini tie Mùtra, pi. 76, l.j
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et 1320, sur l'ordre d'un ministre de l'empereur Andronic II, le grand logothète Théodore Métochite, qui s'est fait représenter, offrant son église au Christ, au-dessus de la porte du second narthex (fîg. 376). Tout au plus peut-on admettre que quelques morceaux appartiennent à l'époque des Coinnènes, par exemple le Christ bénissant, qui domine la porte du premier narthex, et la Déisis colossale, auprès de laquelle un fragment d'inscription renferme le nom d'Isaac Comnène ; par le modelé moins souple, par le coloris nnoins savant, ces deux compositions rappellent en effet le style des mosaïques de Sicile . Mais le reste est sûrement contemporain du personnage qui s'est résolument présenté comme le « fondateur » de l'église, et qui en tout cas la restaura de fond, en comble.
On a cru, d'autre part, au moment où on découvrit ces mosaïques, que ces ouvrages, datant du temps même où Giotto était à l'apogée de sa gloire, étaient l'œuvre de maîtres d'Occident, tant il semblait impossible d'attribuer à l'art byzantin cette élégance dans la composition, cet éclat dans le coloris, cette grâce fine et sentimentale dans les visages. Depuis que d'autres découvertes, en faisant connaître d'autres peintures de la Renaissance byzantine du XIV® siècle, ont montré que ce sont là les qualités habituelles de l'art de ce temps, cette hypothèse a paru insoutenable, et elle est aujourd'hui abandonnée. Mais en revanche on a voulu tout récemment reconnaître dans les mosaïques de Kahrié des copies plus ou moins exactes de modèles inQniment plus anciens, et reporter à de prétendus originaux syriens le mérite des hautes qualités d'art qui apparaissent dans cette décoration. Cette h}*pothèse non plus ne semble guère acceptable, et pour de nombreuses raisons elle doit être écartée *. Les mosaïques de Kahrié, loin d'être un monument unique et exceptionnel, sont simplement l'un des chefs-d'œuvre du nouveau style pittoresque qui naissait à Constantinople au début du XIV* siècle, et qui, delà capitale, a rayonné sur tout l'Orient chrétien.
On a signalé déjà, chemin faisant, quelques-uns des traits carac-
1. J'indique brièvement quelques-uns de ces arguments. S'il est probable cjuc riconoçraphie du cycle de la Vierge a des origines syriennes, elle s'est en tout cas développée hors de Syrie, en terre byzantine. Certains épisodes n'apparaissent qu'au XIV" siècle dans Tart byzantin el semblent les créations propres d'une époque désireuse de renouveler les thèmes sacrés : d'autres ne prennent qu'au xii* ou au xin" siècle Taspect sous lequel ils se montrent à Kahrié. Knfin, entre le cycle de la Vierge et celui du Christ il y a une étroite ressemblance de style et de tendances : or ce dernier style est bien du XIV* siècle et ne doit rien aux anciens modèles syriens.
740 LES MOICfHEXTS DE LA PEINTURE. FBBSQt'ES ET MOSAlQt/'BS
térislic{iie8 de cet art Traiment créateur, par où il se distingue fortement des œuvres de l'âge aolérieur. C'est l'entente de la composition, plus vadée. plus souple, plus libre, où les groupes s'ordonnent selon des dispositifs aussi divers qu'ingénieux . C'est le goAl du pittoresque, manifeste dans le riche décor des paysages et des architectures, qui se substitue, avec uue science asseï avancée
Fi^. 377. — Le Christ. Mosa!que« delà coupole delà ParigoriUssalArla.
de la perspective, au fond presque monochrome des mosaïques anciennes. C'est, dans les attitudes et les types, la recherche du mouvement, de l'expression, du naturel, de l'émotion, l'observation précise, aiguS, parfois infiniment réaliste de la vie, qui se plait à transformer en sujet» de genre les épisodes sacrés. C'est le coloris éclatant, harmonieux, succédant aux valeurs un peu ternes des ouvrapes d'autrefois, et, par ses tons profonds et riches, par ses vives et lumineuses couleurs, par ses larges touches, produisant le$ elfets de la peinture » impressionnisle ». El sans doute cet art a conservé bien des souvenirs de la tradition ancienne, et les œuvres du xn' siècle contiennent déjà en germe bien des choses que le XIV* siècle a magnifîquemeni développées. Mais cet art est c
de nouveauté; il ae plait aux thèmes non traités encore, il renouvelle en les transformant les thèmes anciens. C'est au xiv* siècle qu'on rencontre pour la première fois les épisodes de Joachim au
désert ' ou des premiers pas de la Vierge, de Marie nourrie par les anges, de la prière de Zacharie ou du recensement devant Quirinus. Kl il sulTil enfin de comparer les mosaïques de Kahriéà l'illuslration, si abondante pourtant, des homélies du moine Jacques en rhonneurde la Madone, pour voirie progrès accompli depuis le xji' siècle, et tout ce que l'artiste du xi\-" siècle a introduit dans ses composilions d'émotion vraie, d'intimité familière et tendre, de charme pittoresque, de naturel et de vie.
1. Il se trouve éKalenicnl ù Mîstrn. i la PeHblcplus (Millel, pi. iS6, IJ.
hetijé-djami. — Baptistère de Saint-Marc de Venise. — li reste de la même période quelques autres décorations en mosaïque. A la coupole de Téglise de la Parigori tissa, à Arta, le Christ e>t représenté en buste, de dimensions colossales, et au-dessous de lui. entre les fenêtres du tambour, des prophètes tenant en main de> cartels sont debout (fig. 377). L'œuvre, qui date du xiii* siècle, est traitée encore dans le style ancien. Au contraire, dans le? mosaïques de la coupole de la Fetijé-djami à Constantinople, qui sont du commencement du xiv^ siècle, apparaît Tart nouveau de la Renaissance ^ (fig. 378) . Le Christ qui occupe le médaillon central n'est plus le Pantocrator farouche et dur; son visage est empreint, comme à Kahrié-djami, d'une bonté et d'une douceur infinie». Autour de lui, entre les nervures, douze prophètes sont représentés, et la variété de leurs attitudes, l'expression de leurs visages, le> tonalités multicolores qui égaient leurs vêtements élégamment drapés attestent le souci qu'a eu l'artiste de s'écarter des types traditionnels pour faire une œuvre vivante . Les mosaïques qui, à Venise, décorent le baptistère de Saint-Marc, et qui datent du milieu du xiv® siècle, représentent plus pleinement encore les tendances de l'école nouvelle (fig. 379). Le drame de la mort de saint Jean-Baptiste n'y est qu'un prétexte à des sujets de genre, où les personnage^ sont costumés à la mode de la cour byzantine, où des tables richement dressées détaillent avec complaisance les diverses pièces des services de luxe de l'époque, où des architectures égaient le fond du tableau : toute émotion est absente de ces compositions pittoresques, pleines de mouvement d'ailleurs et de vie, et dont le> vives et chatoyantes couleurs augmentent encore le charme.