LES FRESQUES
Ce n'est plus toutefois que par exception que l'art byzantin du XIV*' siècle emploie la décoration des mosaïques à la parure des édifices sacrés. D'une part, dans l'empire appauvri, c'est là un luxe trop coûteux, auquel doivent renoncer la plupart des fondateurs d'églises, et d'autre part, aux tendances nouvelles d'un art par-
1. Kbcrsolt, Étude sur la topographie et les monuments de Constantinople (RA., 1909, II).
dessus tout épris de mouvement, de pittoresque et d'expression, iiu besoin croissant qui s'y manifeste de finesse dans l'exécution, <le délicatesse dans le coloris, ii semble que la peinture â fresque se prête mieux, par les ressources plus abondantes et plus souples dont "elle dispose. Une riche décoralton de peintures murales
couvre donc désormais, de haut en bas, les murailles des églises, et ces grands cycles décoratifs, qui s'échelonnent chronologiqueuient du commencement du stv' siècle au milieu du xvr, ont pour l'histoire de l'art un extraordinaire intérêt.
Mislrst '. — Mistra en particulier conserve des fresques remarquables, qui permettent de suivre pendant tout un siècle l'évolution de la peinture byzantine. Si on laisse de côté la décoration dont quelques traces subsistent k l'église des Sainls-Théodores et les
I. On a ciU p. 70r> \e» publiralH Mistra.Je me bornerai t rappeler <[iic vient de publier M. Millet, Mo
grandes Hgures assez effacées qui, encadrées dans des revêtementde marbre, couvrent, avec des épisodes de la vie du Christ et de ..* Vierge, les murailles de Téglise de la Panagia du Brontochîon '. trois grands ensembles surtout méritent de retenir rattenlion : U Métropole (commencement xiv® siècle), la Peribleptos (fin (iu xiv^ siècle), la Pantanassa (commencement xv® siècle) ont gardr . suffisamment intactes, des décorations murales très riches et souvent très remarquables.
Métropole. — A la Métropole, deux écoles d^art bien distincte? se trouvent en présence. L'une a peint dans la grande nèfles pr*»* phètes debout entre les fenêtres et les épisodes de la vie du Christ disposés au-dessous ; elle a, dans le bas-côté du nord, représenl * sur trois rangs des images de saints, guerriers ou martyrs, et à L voûte des compositions qui racontent la passion de saint Démëtrius et quelques-uns des miracles du Christ; à la voûte du bascôté du sud enfin, elle a, en cinq tableaux, retracé des scènes empruntées à la vie de la Vierge. L'autre, sur Tautre moitié de la voûte de la nef du sud, a groupé en trois grande^ frises les miracles du Christ et peint aux murs et aux voûtes du narthex les multiples épisodes du Jugement dernier. La première de ces écoles, toute conservatrice, montre clairement par où Part du xiv° siècle se rattache encore aux traditions du xi" et du xn® siècle. Par l'ordonnance générale, par les architectures réduites et les fonds de rochers monotones qui y tiennent lieu de paysage, par le^ costumes et le coloris, les ouvrages de cette école rappellent ]e< miniatures de Tâge antérieur ; les épisodes de la passion de saint Démétrius en particulier sont traités dans le même style que le<> compositions du Ménologebasilien. « Cette école, dit M.Millet^s'attache surtout au dessin et nuance le ton de chair par des ombres légères: elle recherche les valeurs moyennes, les harmonies paisible^ et les attitudes simples. Elle ignore ou dédaigne la composition nouvelle, plushumaine^. )> Les œuvres qu'elle a produites ne sont point d'ailleurs sans mérite : on y rencontre, comme dans les compositions de Tépoque des Comnènes, une observation attentive et pénétrante, des attitudes vivantes et des modèles pris dans le milieu con-
1. Ou y peut signaler, à la calotte de la salle des chrysobulles, des anges d'un mouvement hardi qui portent la gloire du Christ (Millet, pi. 100) et les compi>si lions assez pittoresques où sont détaillées la mort et les funérailles de I«i Vierge (pi. 101, 102).