‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 34 sur 370 · HELLÉNISME ET CHRISTIANISME EN EGYPTE · texte numérisé non relu

HELLÉNISME ET CHRISTIANISME EN EGYPTE

siasme mystique pour les choses de ia religion. C'est là qu'est né Tarianisme; c'est de là que, par réaction contre le nestorianisme. le monophysisme s*est répandu dans tout le monde oriental ; c'e^tt là enfin que le monachisme a trouvé une prodigieuse fortune. C'est d^ Egypte que sont originaires tous les grands fondateurs de la vie cénobitique, les Antoine, les Pachôme, les Schnoudi, les Sérapion, dont Finfatigable activité a peuplé de couvents et de solitaires u le désert des saints ». Les environs d'Alexandrie même étaient pleins de monastères, et dans la ville, le patriarche, qui aspirait, au v* siècle, à devenir le pape de l'Eglise orientale, semblait, avec l'armée de moines et de fanatiques qui l'environnait et lui obéissait, le véritable et tout puissant successeur des Pharaons.

Comme en Syrie, le christianisme devait, en Egypte, prendre un aspect particulier. Il apparut en face de l'hellénisme comme une manifestation de l'esprit national, et Thérésie n'y fut pas autre chose qu^une forme du séparatisme. Jamais, en effet, dans ce très vieux pays qu'est la vallée du Nil, les traditions indigènes n'avaient entièrement disparu. Alexandrie avait bien pu être une capitale de l'hellénisme, elle avait pu même propager pendant un temps, à travers la terre des Pharaons, les industries et les modes de la Grèce ; la plus grande partie de la contrée était restée égyptienne, ou l'était vile redevenue. Le triomphe du christianisme ne put qu'aider à cette renaissance des tendances nationales. La destruction du 5^érapéun1, le meurtre d'Hypatie attestent l'hostilité farouche de TÉglise contre rhellénisme : une miniature d'un manuscrit égyptien du commencement du v^ siècle montre, de façon caractéristique, le patriarche Théophile debout, dans une altitude triomphante, sur les ruines du célèbre sanctuaire païen. Dans cette lutte passionnée, les moines surtout se firent remarquer par leur fanatisme : le christianisme national égyptien a trouvé, à la fin du iv^ et au commencement du v" siècle, son plus illustre représentant dans le moine à l'esprit étroit, violent et dur que fut Schnoudi d'Atripé^

Naissance cTun art national, — Dans l'art aussi, de bonne heure, en face de l'hellénisme alexandrin, le vieux fond indigène reparut. Dès le iii^ siècle, il se manifesta par la naissance d'un art national, l'art copte, qui se développa et grandit, en face de la grecque Alexandrie, dans Tarrière-pays égyptien et surtout

l. Cf. Strzygowski, HeilAS in de» Orients Umarmang^ et Eine Alexandrinische Wellehronik, p. 122.

dans. la Haute- Egypte. Assurément, dans cet art, les sujets et les types furent d'abord helléniques, et ils le demeurèrent longtemps. Mais, dès le début, Tesprit et la technique y furent tout égyptiens. Le christianisme aida naturellement au développement de cet art indigène, qui atteignit, au iv^ et au v* siècle, Hon apogée, et qui présente, de même que Tart syrien, une combinaison féconde des motifs helléniques et des influences orientales. Lorsque, par l'intermédiaire de la Syrie, les motifs décoratifs de l'Asie antérieure vinrent ajouter ensuite la richesse de leur ornementation aux créations de cet art national, l'art copte acheva de s'orienlaliser. L'esprit qui l'inspira fut de plus en plus hostile et étranger à l'esprit hellénique. « Représentant typique, selon la définition de Strzygowski, des courants qui, dès Tantiquité, se manifestaient dans l'arrière-pays des rivages hellénistiques, et qui prirent à l'époque chrétienne la suprématie' », l'art national de l'Egypte, tout imprégné d'Orient, devait avoir sur l'art byzantin une influence considérable.

Ainsi, de même qu'en Syrie, Byzance trouva en Egypte une double source d'inspirations. A côté de l'art hellénistique d'Alexandrie, elle rencontra l'art indigène, où les éléments grecs se mélangeaient d'éléments égyptiens et syriens. Pour apprécier exactement les origines égyptiennes de l'art byzantin, il importe de distinguer soigneusement ces deux courants artistiques. De l'art copt«, les découvertes récentes nous font connaître chaque jour un plus grand nombre de monuments ; de l'art qui fleurit dans la grande ville hellénistique, rien au contraire ne nous est parvenu ou bien peu de chose. Pourtant c'est elle, semble-t-il, qui exerça sur l'art byzantin l'influence la plus grande. L'art oriental d'Egypte, comme l'art oriental de Syrie, prit de plus en plus un caractère local qui le différencia et l'éloigna de Byzance. Sans doute il convient de lui faire sa place dans l'élude qui nous occupe. Mais c'est aux influences alexandrines qu'appartient le rôle essentiel.

1 . Strzygowski, Koptische Kansty dans Catalogue général des antiquités égyptiennes du musée du Caire^ Vienne, 1904. Introduction, p. xxiv : cf. Riegl, Koptische Kunst. (BZ, II, 113) : Crum, Coptic monuments^ Caire, IMl; (îayel, VArt copie, Paris, 1902.

LES MONUBIENTS DE l' ARCHITECTURE

Les basiliques. — Dans le domaine de l'architecture, TÉgypie, comme la Syrie, donna peu de chose à Byzance, Assurément, îa terre des Pharaons a vu, comme la Syrie, une merveilleuse floraison de coDstructions accompagner le triomphe du christiani^tme. De ce grand mouvement, un des monuments les plus remarquables est assurément la belle basilique construite par l'empereur Arcadius au commencement du v^ siècle sur remplacement où avait été enterré Tun des saints les plus illustres de l'Egypte, saint Menas ^. l^es fouilles récentes de Kaufmann à Abou Mina, près de Mariout, nous ont rendu tout le magnifique ensemble d'édifices dont se composait le célèbre sanctuaire : la basilique impériale à trois nefs, avec son large transept à deux rangées de colonnes et son abside unique, la basilique plus ancienne, édifiée au-dessus de la vaste crypte où reposait le corps du martyr, le baptistère octogonal qui lui fait face à Touest, les bâtiments monastiques qui l'environnent, la basilique cimitériale, et près des bains sacrés, une autre basilique encore à deux absides opposées. L'exploration des ruines de Baouit, celle du monastère de Saint-Jérémie à Saqqara ' n*ont pas fourni de moins curieuses informations sur Tarchitecture et la décoration sculptée des églises chrétiennes d'Egypte au \* et au vi^ siècle. Knfin toute une série de monuments, mieux conservés, se rencontre dans les églises du Couve it Blanc et du Couvent Rouge, que Schnoudi fonda vers la fin du iv^ siècle sur la rive gauche du Nil près de Sohag en Thébaîde, dans celle du Déir Seman, près d'Assouan, dans celles enfin du désert de Ni trie, Saint-Macaire, Amba- Beschaî, Souriani, Baramous, qui toutes datent du vi^ siècle ^. De ces constructions, les unes, celles d'Abou Mina ou de Saqqara, reproduisent exactement le plan classique de la basilique hellénistique à toiture en charpente; les autres, dont la disposition ne diffère guère d'une église à l'autre, sont des basiliques à trois nefs,

1. C. M. Kauffnann, Die Ausgrabung der Menas Heiligtûmer, a rapports. Caire, 1906-J908.

2. Quibell, Explorations at Saqqara (1906-1907), Caire, 1908.

3. A. J. Butler, The ancient coptic churches of Egypi, Oxford, 188 i.

58 LES ORIGINBS ËOYPTIENNBS

qu'un transept sépare d'un vaste sanctuaire triconque. Une coupole sur trompes d'angle couronne ce sanctuaire (fig. 18). Or, des deux éléments caractéristiques de ces édifices, aucun n'appartient en propre à l'Egypte. Le plan Iréflé vient de Syrie, la trompe d'angle de l'architecture persane. Et rieo ne prouve que ce soit d'rlgypte que ces deux partis aient passé dans l'art byzantin. Strzygowski, à la vérité, admet que ce sont les progrès du monachisme égyptien qui ont porté en Syrie et puis à Constantinople la connaissance du sanctuaire triconque '.

En tout cas, le procédé de la trompe d'angle parait avoir été connu et acclimaté sur la cote asialique avanl le moment où les dis- ■*Soh^ ciples de Schnoudi l'employèrent dans leurs monaslères. Mais, quoi qu'il en soit, un point intéressant résulte de l'examen de ces églises égyptiennes. On y voit tout ce que l'Egypte chrétienne, comme la Syrie chrétienne, dut k l'Orient asiatique pour les formes de l'ai'chitcclure.

Alexandrie, en revanche, a fourni certainement à la ville impériale le modèle de quelques-uns de ses édifices. Les vastes citernes souterraines ménagées dans le sous-sol de Conslanlinople imitent les cilernes à colonnes, souvent à multiples étages, de la grande cité hellénistique d'Kgypte*.

La décoration sculptée. — Enfin Slrzygowski prétend que, dans le domaine de l'ornement sculpté, Byiance doità l'Ëgyple son chapiteau-imposte, avec le fin rëseau d'entrelacs ajourés qui le couvre,

i. SlriyRowski, Urëprang und SUg der êllby*. Kan$t, p. xvi Buiv. S. Slriy^owski, tUeZUteriten von Ahxandrien (BZ, iv, &93) : Slriygowski et Fore 11 hei mer. Dit bysanlinitchen Waiter behàlter von Contfanlinopel.

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