Millet, Artbys., p
Alexandrie, d'une part, le goût et les procédés de la décoration polychrome; de Tautre, Tamour de la peinture pittoresque et la tradition hellénistique du portrait. Pour le bien comprendre, il faut d'abord jeter un rapide coup d'œil sur certaines habitudes de TAlexandrie. antique.
Le système de décoration alexandrin, — De bonne heure, pour satisfaire le goût de magnificence des souverains, Ptolémées ou Séleucides, qui les employaient, les architectes imaginèrent une méthode, expéditive et luxueuse à la fois, dont ils trouvèrent les procédés dans . l'Orient assyrien et peree * . Sur les muraillefs de briques de leurs éditices, ils mirent un brillant et coûteux revêtement de métal, de marbres précieux, d'ivoire', de verre, de stucs, de mosaïques ou de tapisseries. Ainsi la paroi primitive disparut sous la richesse de Tincrustation. Ce système de décoration, fait de la combinaison d<: matières diverses, fut surtout en honneur à la cour d'Alexandrie. Les matériaux précieux qu'il exigeait abondaient dans le pays ; les industries de luxe nécessaires pour l'exécution y étaient florissantes. Le Sérapéum, tout étincelant de plaques métalliques, fut un des chefs-d'œuvre et des modèles de cette décoration polychrome.
En outre, pour rehausser l'éclat de ces incrustations, dans les compartiments architectoniques disposés sur la muraille, les .\lexandrins eurent l'idée de placer des bas-reliefs pittoresques, des « bas-reliefs de luxe ou de cabinet », comme on les a nommé^f, accrochés en quelque sorte comme des tableaux de prix dans les panneaux de la paroi. Rome emprunta à Tart alexandrin ce système décoratif : elle imita ces incrustations murales et ces^bas-
reliefs, soit en trompe-l'œil, à Pompéi, où des enluminures murales donnèrent l'illusion des marbres, des architectures et des bas-reliefs, soit en réalité, comme dans les stucs qui décoraient la maison de la Farnésine (i®"* siècle), ou dans les beaux marbres encadrant des basreliefs pittoresques et les incrustations qui paraient la basilique construite en 317 par Junius Bassus sur l'Esquilin. Les Byzantins, à leur tour, empruntèrent cette mode fastueuse : leurs palais, leurs églises furent décorés de marbres, parés de mosaïques, ornés parfois, conformément à la pure tradition alexandrine, de revêtements métalliques (Antioche) ou de ces légers bas-reliefs en stuc qu'on ren-
1. Th. Schreiber, Die Wiener Brunnenrelief s ans P&lazzo Grifnani^ Leipzig, 1K88 ; Die alexandrinische Toreutik, Leipzig, 1894 ; Die hellenistischen Reliefhilder, Leipzig, 1894 ; Courbaud, Le bas-relief romain à représentations hittoriqaes, Paris, 1899 ; Aïnalof, Origines.
LE SYSTÈME PITTORBSQUE UELLÉNISTIQL'E 61
contre par exemple au baptistère des Orthodoxes à Ravenne. L*idée du revêtement polychrome, trait caractéristique et principe fondamental de Tart byzantin, lui est venu sans doute de Tart alexandrin.
Le système pittoresque hellénistique, — Byzance a eu toutefois tant de rapports directs avec TOrient perse qu'elle a pu lui emprunter, sans l^intermédiaire de TÉgypte qui Tavait mis à la mode, le goût tout oriental de la polychromie. Mais voici autre chose qui lui vient incontestablement de la grande ville hellénistique d'Egypte.
L'art alexandrin fut essentiellement un art décoratif. Dans les éléments, bas-reliefs et peintures, au moyen desquels il a constitué ses décorations, il a recherché deux choses principalement, le détail pittoresque et le trait de vérité réaliste. Ce n'était là qu'une conséquence de la grave évolution sociale qui s'était accomplie dès le IV* siècle dans la cité d'Alexandre. Alexandrie était la ville de la joie, des plaisirs, de l'amour : elle devait se plaire à retrouver dans l'art les motifs coquets et précieux qui reQétaient ses goûts, les Amours jouant, vendangeant, moissonnant, les scènes élégantes, un peu mièvres, dont la femme et l'amour fournissaient le thème. Ville peu croyante, familière avec les dieux, elle devait aimer K*s épisodes qui traduisaient les côtés piquants de la mythologie classique, s'amuser des figures un peu caricaturales. Silènes, Satyres, etc., qui humanisaient la majesté de l'Olympe antique, transposer volontiers dans le mode romanesque les belles légendes tragiques d'autrefois. Enfin, comme toutes les sociétés très raffinées, le monde alexandrin se sentait des goûts très idyllique?. Il aimait la nature. Alexandrie était la ville des fleurs, et la « guirlandomanie » de ses habitants était célèbre. On y aimait donc naturellement, dans Tart, les paysages, les scènes champêtres, les natures mortes. Et pareillement ces élégants se plaisaient aux représentations de la vie familière, fussent-elles même un peu terre à terre, grossières ou ridicules. De toutes ces raisons diverses devait naître un art très particulier, une peinture surtout pittoresque, éprise des sujets de genre, et les traitant d'ailleurs avec une technique très savante et une suffisante connaissance des lois de'la perspective.
Cet art alexandrin fut bien vite à la mode dans tout le monde antique.
On sait quelle grande influence l'Egypte exerça sur Home cii particulier : en même temps que sa littérature et ses religions, son art aussi, tel que l'avait fait l'hellénisme, passa en Occi-
G'2 LES ORrCINER fximiENNES
dent. Les peintures pompéiennes, les fresques de la maison de I.ivie au Palatin sont pleines de ces fonds d'architectures ou de paysages chers aux maitres d'Alexandrie. Les sculpteurs pareillement imitèrent et popularisèrent les créations spirituelles du génie iilexandrin. C'est de la grande ville hellénistique qu'on fit venir les orfèvreries précieuses, ces services de Ubie, ces argenteries, dont les trésors de Boscoreale, de Bemay ou d'Htldesheîm nous font entre-
Fig. IB. — Mosaïques de Ssinle-ConsUnce à Romp {Phot, Anderson).
voir le style et la magnificence. C'est à l'école d'Alexandrie que les mosaïstes apprirent leur art, cet Alexandrinum marmorandi gênas qu'inventa l'Egypte hellénistique, et leurs pavements historiés, dont la mosaïque de Palestrina oiïre un remarquable exemple, reproduisirent les motifs favoris de l'art alexandrin.
Ce grand courant d'influence égyptienne qui traverse tout l'art romain persista dans l'art chrétien.
Pour les raisons qui ont élé précédemment indiquées, l'I-^lise admit volontiers dans ses sanctuaires la décoration pittoresque qu'avait créée l'art alexandrin. Les mosaïques et les peintures des