Millet, Art byz., p
&i LES riRiniNES ÉGYPTIENNES
vent fort é\éganle, où des oiseaux, des corbeilles de fruits et de Heurs, des .inimaux el des iî^ures de genre sînscrivent dans îles losanges ou dans des médaillons pour former au bas des murailles un riche soubassement (chapelle X\'lll)(lig. 21). Ailleurs, dcf^rands vases, d'où s'échappent des rinceaux de pampres, figurent sur deparois où la peinture a représenté eu trompe-l'a-il des incrustation^
Fif;. 21. — Peinture de Baouil ;d'après Clédsl).
de marbre (chap. XIX). Enrm, des ligures allégoriques ou symboliques, la Foi, l'Kspérancc, la Patience, l'Église, etc., rappellent les créations de l'art alexandrin. Pourtant, le style monumental tend à dominer dans ces peintures. .Au-dessus des soubassements, oii d'ailleurs la décoration elle-même devient de plus en plus géométrique et tend à styliser les motifs qu'elle emploie, s'alignent en une frise continue tantôt des épisodes bibliques, empruntés a l'histoire de David fchapelle III) ou à renfance du Christ, tantôt des figures de prophètes et de saints, tantôt des portraits de moines célèbres dans ll';gyplo chrétienne (chapelle XVII), tous traités dans un style réaliste qui donne parfois à leurs images une singulière intensité de vie (chapelle \'ll}. .\ la conque des absides [chap. X\II, .\X\'I et XXVIIli, le Christ dans une gloire dominant la Vierge el les iinat:es symétrique ment rangées des apôtres ^lig. •2'î}, le Christ triomphant monté sur un char, la Mergc à l'enfant accompagnée de saints rap-
pellent les compositions mëlhodiques et les graves atliludeiî dc:moeaïques. Ainsi, de plus en plus la décoratioD ornemenlale et symbolique s'elTace pour faire place àla peiolurc historique. Sans doute certaines figures consenenl quelque chose de la grâce antique : le^ an^s itoulenant uu médaillon qui flottent au-dessus de )n cniiHw
Fig. 3î. — L'Ascension. Fresque de Baouil (d'apri'!< CIOd«[ .
d'une abside (chap. XVIII), ceux qui accompagnent les saints cavaliers, et quelques-uns de ces derniers même, tel le saini Fhnibainmon de la chapelle XVII (fig. 23), rappellent les tvpesque créii l'arf hellénistique. Mais à cAlé d'eux apparaissent les motifs chers à l'iconographie copte, par exemple celte représentation si curieuse du séjour des pécheurs dans l'enfer (chap. XVll^, les saints locaux, lc^ figures des personnages qui présidèrent .'i la construction des cIihpelles, dont plusieurs sont remarquables par la science du dessin cl l'harmonie des proportions (chap. \'nï, el qui loulcs allcstent <t ^oûlduportraitel cette habileté à l'exécuter qui sont ce ra été ris tique de l'art de l'Iîgypte. Un grand courant de réalisme traverse el inspire tout cet ensemble, révélant un art qui, de plus en plus, s'élni[;iic de l'esprit grec.
tMt I.BS ORIGINES EGYPTIENNES
Le même mélange d'influeDCes contraires se rencontre dans les peintures qui décoraient le couvent de Saint-Jérémie à Saqqars, el dont l^g plus anciennes datent du v' etdu vi° siècle. Dans les petites niches creusées aux murailles des cellules, la Madone trônant entre des anges el des saints, le Christ trânanl ou la Vierge debout entre
Fig. ï3. — Saint Phoibammon. Fresque de Baouit (d'après Clédal;.
des anges, ont toute la gravité des ligures représentées dans les mosaïques; et certaines effigies, comme celle de l'a^ Jérémie, qui remonte peut-être au V siècle, ont un accent de vérité el de vie qui en fait de véritables portraits. .Ailleurs, une grande fresque, repréKentant le sacrilice d'Abraham, rappelle les miniatures du manuscrit de Cosmas. Mais d'autre part les riches soubassements, où'des fleurons el des palmettes s'inscrivent dans des losanges ou dans des médaillons, gardent quelque chose encore de l'élégance hellénistique, et des figures allégoriques, l'Amour, rEspérance, etc., se rattachent aux Iradilions du symbolisme alexandrin. Toutefois, comme a Baouit, l'Orient l'emporte sur l'hellénisme ; et certaines de CCS Tigures rappellent les créations de l'art syrien.
LBS MINIATURES 69
Les miniatures. — La même évolution se manifeste dans la mimature * .
L^illustration des manuscrits avait été un des arts favoris de TÉgypte pharaonique ; elle s'était ensuite développée encore entre les mains des Alexandrins. Sous les Ptolémées, on se complut à donner de somptueuses éditions de nombreux ouvrages savants et profanes; dans les miniatures qui les accompagnaient, Tart byzantin plus tarij trouvera fréquemment des modèles. Ainsi toute une série de manuscrits illustrés, ie Dioscoride de Vienne, le Nicandre de Paris, ne sont que de simples copies de créations alexandrines. L'esprit en est tout hellénistique. Ce sont des allégories, des épisodes mythologiques, des scènes rustiques, des plantes et des animaux, toutes les représentations qu'aimaient les maîtres d'Alexandrie ; ce sont, d'autre part, des frontispices décoratifs, montrant le portrait de Fauteur, et qui annoncent le style monumental. Le même mélange des deux styles apparaît plus nettement encore dans certains manuscrits, tels que la Topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustès, dont l'original fuO sûrement illustré en Egypte au vi* siècle, ou dans le célèbre rouleau de Josué, que Strzygowski tient également pour une œuvre de Tart alexandrin. Dans l'un et l'autre manuscrit, on retrouve, à côté de compositions nées sous l'influence du style monumental, la persistance de la tradition hellénistique. Elle devait exercer une longue influence. Les illustrations du Psautier u aristocratique », les belles miniatures en pleine page qui décorent le Psautier de Paris (Gr. 139) ou les Extraits bibliques de la Vaticane (Reg. 1), ont un caractère tout antique, avec leurs paysages idylliques, leurs allégories, leurs architectures et la grâce charmante de leur coloris*.
L'Egypte a récemmeVit fourni un autre manuscrit illustré, très intéressant par sa provenance certainement égyptienne et par les tendances qu'il révèle. C'est une chronique grecque sur papyrus, accompagnée de miniatures, malheureusement fort endommagées, et dont Strzygowski, qui l'a étudiée dans un travail excellent, pense qu'elle a été enluminée dans la Haute- l^Igypte, aux premières années du v^ siècle. En face des œuvres élégantes de Tart alexandrin, mentionnées plus haut, on trouve ici un ouvrage de caractère