‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 40 sur 370 · Strzygowski, Eine Alexandrinigctie Weltchronik · texte numérisé non relu

Strzygowski, Eine Alexandrinigctie Weltchronik

2. Stn^gowski pourtant incline à attribuer une origine a»ialique à celte illustration, aussi bien qu'au Dioscoride. Mais il n'en méconnaît point le caractère hellénistique (Eine alexandrinUche Weltchronik, p. 182).

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plus populaire et plus indigène ; si on compare la chronique, par exemple, au Cosmas, avec lequel elle offre une incontestable p.-irenlé, on voil sans peine que le Cosmas esl plus pénétré d'esprit hellénislique, la chronique plus mai-quée d'esprit copte. J.'artiste qui l'a enluminée appartenait évidemment à cette couche de population indigène, très su periici elle ment hellénisée, et dont le triomphe duchristianisme réveilla l'esprit national. Il est donc tout à fait intéressant, dans ces conditions, de définir le caractère de cette illustration.

Or, on y observe, comme dans le Dioscoride. comme dans la tlenèse de Vienne, un mélange tout à fait remarquable d'hellénisme el d'Orient. Non que l'ornement proprement dit y tienne une 1res grande place : ce n'est que plus lard que la Syrie introduisit en Egypte leamagniticences orientales de son style décoratif. Les miniatures de la chronique ne représentent que des figures, el ceci déjà est un trait essentiellement hellénistique. Mais dan» le type et dans l'altitude de ces figures, l'hellénisme se Fiir. 34. — Le palriarcho ThL'uphilc. — Mi- ,.~ ,, .

niaiuro .lo Ln chroniq»/ H\exaad,iu<. ^^^iRe élraugement an conf<l'aprèB Slrzytiowaki. fine aUxandri- tact de l'art indigène égyp- """'"■ '•^'''i'^l>'-onik\ tig„ A côté des allégories

des mois, qui gardent quelque chose de la grâce grecque, la N'îerge el lesautresfemmesrepré- 'icntéesdans l'attitude delnranteonl dans le type, danslecostume, d.-ins la pose raide el figée, un caractère nettement local. A côté lie figures, telles que celle d'un an^'e. qui sont encore tout hellénistiques, certains visages d'hommes ont un type sémite singulièrement accusé. Et de même que dans les représentations du style monumental, la plupart des personnages sont représentés, non point

mêlés \k 'quelque action, mais alignés sur le même plan, comme d'immobiles et hiératiques icônes. Les mêmes tendances au portrait etàÇa peinture historique apparaissent enfin dans les miniatures qui montrent la destruction du Sérapéum et le patriarche Théophile debout sur les ruines du célèbre sanctuaire païen (6g. 24,.

Assurément, au point de vue de Tart, ce manuscrit est de valeur médiocre. Il est singulièrement intéressant en revanche parce qu^il nous apprend de révolution que le christianisme triomphant produisit en Egypte. En face de Télégance pittoresque, de la grâce souple, de la libre fantaisie de Tart alexandrin, et par une réaction voulue contre Thellénisme, dès le iv" siècle, et plus encore au v^, un art indigène, tout pénétré de vieilles traditions orientales, grandit, qui, tout en conservant les types grecs, les figea, les raidit en des* altitudes plus sèches et plus conventionnelles, en des figures plu!^ stylisées. Il abandonnait en même temps la décoration pittoresque, chère aux Alexandrins, pour s'orienter vers le s(yle monumental. De ces deux tendances contraires, Thellénistique et Tindig^ène, qui longtemps coexistèrent ainsi. en Egypte, mais donl la première peu à peu céda le pas à l'autre plus puissante, Byzance a subi inégalement Tin fluence. Elle a surtout connu, imité et aimé les créations de lart alexandrin, dans sa peinture religieuse aussi bien que dans Tillustration de ses manuscrits. L'art de Tarrière-pays é|^ptien, comme celui de Tarrière-pays syrien, lui a donné moins de chose, encore qu'il ait, en quelque mesure, aidé à la formation du style monumental, .où l'acheminait déjà la tradition hellénistique du portrait.

/^ sculpture. — Dans tous les autres monuments de provenance é{?yptienne, on peut retrouver le même mélange de motifs hellénistiques et orientaux, la même évolution du style pittoresque au style historique.

Au iv^ et au v® siècle, la sculpture parait avoir eu un grand développement en Egypte. Dans les monuments qui nous en sont parvenus prédomine surtout le style historique. C*est ainsi qu'au Vieux-Caire, à l'église Al Muallaka, une frise en bois sculpté représente des épisodes de la vie du Christ. Pareillement, dans un magnifique haut-relief en bois, que possède le musée de Berlin, une scène de bataille devant une forteresse rappelle les combats qui illustrent le rouleau de Josué (fig. 25). Strzygowski a donné de cet épisode

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une interprétation fort ingénieuse'. Il y voit la forteresse de la foi, dont les soldats <lu Christ expulsent les inlîdèles, et au sommet de

Pig. Î5. — La citadelle de la foi. Sculpture en bois (Mus6c de Berlin). d'après Strzy^wski, Orient oder Rom.

laquelle sont figurées les trois puissances que défendent les chrétiens, la Trinité, rfiglise el l'Empereur. Quoi qu'il en soit de cette explication, la scène est traitée dans le style historique, et Strajgowski

'. Cf. Koplitehe Kunil, n- KlVi ol

lui-même déclare « qu'on est tenté d'en chercher le sujet dans Thistoire de rÉgypte (chrétienne ». L'œuvre remonterait au règne de Constantin.

A côté de ces curieux monuments de la sculpture sur bois, rËgypte a également travaillé le porphyre * . C'est la vallée du Nil qui fournissait la matière première ; c'est de là probablement que proviennent les diverses œuvres de cette sorte qui nous sont parvenues. Strzygoiwski a fort heureusement rapproché du haut-relief de Berlin les cavaliers et les prisonniers qui décorent le sarcophage dit de Sainte-Hélène, que conserve le Vatican, et de même il a signalé les analogies qu'offrent les enfants nus dansant parmi des pampres, qui ornent, également au Vatican, le sarcophage de Sainte-Constance, avec deux fragments existant à Constantinople et à Alexandrie. Tous ces monuments datent du iv'^ siècle, et, tandis que les uns montrent les guirlandes et les motifs décoratifs chers à l'art hellénistique, les autres préludent au style monumental. C'est ce même style qui se retrouve dans les curieux bas-reliefs conservés à Venise et qui représentent des statues de Césars. On y sent le goût réaliste du portrait, qu'on observe pareillement dans un buste en porphyre du musée du Caire.

L'Egypte enfin a fort travaillé l'ivoire, que le commerce apportait en quantité considérable sur le marché d'Alexandrie^. Beaucoup de ces ouvrages sont du meilleur style hellénistique, en particulier ces plaquettes en ivoire et en os, trouvées dans les nécropoles alexandrines, et où se conservent jusqu'au iv^ et au v*' siècle dans toute leur élégance les motifs et les formes chers à l'art classique. A la même école Strzygowski rattache l'ivoire Barberini, aujourd'hui au Louvre, dans lequel il reconnaît Constantin défenseur de la foi, représenté dans l'attitude, chère à l'Egypte, du cavalier vainqueur. Mais les chefs-d'œuvre de cet art sont assurément la belle plaque de la collection Trivuice, qui figure les soldats endormis prés du Saint-Sépulcre et les saintes femmes au tombeau, ouvrage tout à fait admirable de l'art alexandrin du iv^ siècle (Hg. 26), et le fragment de diptyque du Musée britannique représentant un ange et qui date du vi^ siècle.

1. Strzygowski, Orient oder Rom, 75 suiv. ; Die Porphyrgruppen von S. Karco in Venedig (BeitrAge zur alteii Geschichte, 1902} ; Die christlichen Denkmàler Aegyptens (RQ, t. 12, 1898).

2. Strzygowski, Bellenulische und Koptische Kunst in AUxandria, Vienne, 1902 ; Der Dont zu AAchen, Leipzig, 1904 ; Koptiêche Kun$t, n*« 7065 et suiv. (plaquettes d'os inciséesj et n"* 7117 (plaque en ivoire d'Antinoé).

■e de la coilcclion Trivulce (Milan).

LA iCULPTUHE /O

i>n pourrait relrouver la même survivance du style classique dans d'autres monuments qui semblent bien de provenance alexandrine, par exemple dans la belle pyxide de Berlin, où Ton voit le sacrifice d'Abraham et où la tradition hellénistique est très vivace, et dans les curieux bas^reliefs, enchâssés dans la chaire dWix-la-Cha- |>elie, et qui figurent des Néréides, des Bacchus parmi des pampres, un guerrier debout, un cavalier vainqueur. Strzygowski toutefois remarque finement combien, dans ces derniers ivoires, malgré la l>ersistance des motifs hellénistiques, on sent déjà TinQuence de l*e«>prit indigène et combien ils contrastent par là avec les œovres purement alexandrines. 11 en a ingénieusement rapproché toute une série d'œuvres coptes, où s'accusent, plus brutalement seulement, certains traits déjà sensibles dans les reliefs d'Aix. C'est la même transformation des types et des formes selon le goût indigène, attestant TafTaiblissement croissant de la tradition alexandrine et la prédominance toujours plus puissante de l'élément égyptien '.

Ainsi, dans la sculpture sur ivoire comme dans tous les autres ouvrages de provenance égyptienne, on retrouve, en face de la tradition hellénistique, d'une part, l'évolution vers le style monumental, très sensible par exemple dans l'ivoire du Louvre' représentant, ^ous un couronnement de hautes architectures, Saint-Marc entre les patriarches ses successeurs (fig. 27) et, d'autre part, la prédominance dès influences orientales qui pénètrent de plus en plus l'art alexandrin. Certaines de ces inÛuences, les plus anciennes, viennent de l'arrière -pays égyptien ; d'autres, plus tardives, sont venues de la Syrie. Mais reflTet en est identique. Il se manifeste dans ces plaquette^ d'os incisées et coloriées, conservées au Caire et à Berlin, où, par une technique tout orientale, l'ornement polychrome remplace Tornement sculpté. II apparaît, à une époque postérieure, dans les éléments orientaux qui se mêlent, sur les sculptures de la chaire de Maximien, au décor hellénistique, et plus encore dans le diptyque à cinq morceaux dont une feuille, provenant de Murano, est conservée à Ravenne, et dont l'autre se trouve dispersée entre plusieurs collections privées. Dans le choix des compositions, dans certains détails des scènes, dans le style enfin, on reconnaît dans ces ivoires un art tout pénétré de goût oriental. Strzygowski voit dans le dip-

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