LES ÉTOFFES
Parmi les manifestalioiis de Tari égyptien, on a laissé de côté jusqu'ici une catégorie de monuments, les étolTes. Elles méritent en effet une place parliculière dans Tétude des origines égyptiennes de Turt byzantin. Par la facilité avec laquelle ces objets passaient d'un pays à un autre, ils ont, plus que tous autres, contribué à répandre à travers le monde les sujets et le style de POrient. Ils ont ainsi fait connaître les créations d< l'Kgypte et aidé à fixer l'iconographie chrétienne*.
L'Egypte fut de bonne heure célèbre dans l'antiquité pour ses tissus historiés. Pline l'Ancien déjà parle des toiles, teintes en un seul ton, qu'on y fabriquait, et où les figures étaient réservées sur le fond naturel de l'étoffe. A côté de ces toiles teintes, les ateliei^ égyptiens fabriquaient des tapisseries de laine ou de soie, souvent de plusieurs couleurs, où les ornements et les sujets étaient tissés avec rétolïe, et qui étaient employées soit pour les vêtements, soit sous forme de rideaux et de tentures. Enfin on fabriquait des toiles peintes, du genre de celle qui, à Ghalcédoine, représentait le martyre de sainte Euphémie.
On a retrouvé, en ces dernières années, un grand nombre de ces étolTes égyptiennes, soit à Achmim, Tantique Panopolis, dont Strubon déjà mentionne les ateliers, soit à Antinoé, où Gayet a recueilli une admirable collection des styles les plus divers. La décoration lie ces tissus est d'une variété extrême. L'ornement, où les motifs hellénistiques et orientaux se mêlent, y tient une très grande place. Mais la figure aussi y apparaissait fréquemment, et, de même que dans la peinture, les scènes mythologiques, les sujets de genre, les épisodes de chasse ou de pêche, les compositions empruntées à la vie du cirque, les caricatures même, bref, tous les motifs chers à l'art pittoresque d'Alexandrie s'y rencontraient en foule. On connaît déjà sur ce point le texte célèbre d'Astérios d'Amasie. Les fouilles récentes nous ont rendu de nombreux spécimens de ce genre
I. (ierspach. Les tapisseries copies^ Paris, 1890; Forrer, Die Grâber-und Textilfiinde von Achmim Panopolis. Strasbourg, 1891; RÔmische und hyzan tinische SeidenteTtiUen^ Strasbourg, 1891 ; Strzygowski, Orient oder liom, 90 suiv. ; Seidensloffe ans Aegypten: Lessitig. Die Ge^rebe-Sammlnnff des K. Kunslgeirerbe-Miiseum, Rcriin, 1900 et suiv.
(le décoration. Mnis. k côté de ces monuments du style pittoresque, dans les étolTes aussi on retrouve de bonne heure l'évolution qui conduit l'art vers le style monumental. C'est ainsi que, sur d'assez nombreuses étoffes, et particulièrement dans les tentures destinées au!( églises, on prit l'habitude de représenter des scènes bibliques.
Ce. fut, sous une frise représentant des marlyria célèbres, Daniel enlre*)es lions, recevant le pain des mains d'Habacuc (ctolTc du Kunstgewerhemuseum de Berlin) (tîg. 28), Ce fut, sous une bande ornementale rappelant symbotiquementlesmiracles du Christ, Pierre recevant le psautier des mains du Sauveur (Berlin), composition qui rappelle le rideau d'autel de Sainte-Sopliie, tel que le décrit Paul le Silentiaire. .Ailleurs, par un usage familier k l'ftglise chrclienne, les scènes de l'Ancien Testament s'associèrent ;i celles du
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Nouveau en de nombreux compartiments carrés disposés en bandes parallèles (tissu Reinhardt, Berlin et Leipzig). Ailleurs, sur des soieries tissées, ce fut l'histoire de Joseph, toujours particulièrement chère à TÉgypte (trésor de Sens, collection Goleniscev), ou les apôtres Pierre et Paul debout, tenant en main un rouleau et séparés par une plante (Berlin, Musée royal). On pourrait multiplier ces exemples. Il suffira d'ajouter, comme indication de la même tendance, que quelques-unes de ces étoffes montrent des figures traitées comme des portraits.
Ainsi les tissus égyptiens complètent ce que nous savions déjà de Tart chrétien d'Egypte. Mais si l'on songe en outre avec quelle facilité ces étoffes se transportaient à travers le monde (les églises de Rome, au témoignage du Liber poniificalis, étaient pleines de ces tentures orientales), on admettra sans peine que la forme qu'y prenaient les scènes des Écritures ne pouvait manquer, en se répandant à travers la chrétienté, d'avoir une influence sur l'art. L*Occident assurément a connu par là le style et les sujets de l'Orient. A plus forte raison, Byzance plus voisine a-t-elle reçu ainsi les créations égyptiennes et y a-t-elle pris des modèles. Et ainsi, à côté de la Palestine, l'Egypte a aidé à constituer l'iconographie byzantine.