DE L'ART BYZANTIN
Hellénisme et christianisme en Asie Mineure. — I. Les monuments de Farchi- Icclure. Les basiliques. Les constructions à plan central. Le problème de la coupole et les solutions anatoliennes. Les basiliques à coupole. Rôle de l'Asie Mineure dans révolution de l'architecture. — II. La sculpture et la peinture chrétiennes en Asie Mineure. Sarcophages asiatiques. Fresques et miniatures.
Hellénisme et christianisme en Asie Mineure, — A côté de la Syrie et de rKgypte, l'Asie Mineure eut un rôle essentiel dans la formation de Tart bvzantin.
Entre toutes les régions de TOrient, nulle n'avait été plus profondément marquée de Tempreinte de rhellénisme. Sans doute, dans Tintérieur du haut plateau anatolien, dans Tarrière-pays de Cappadoce ou de Lycaonie, la culture grecque pénétra de façon plus tardive et plus incomplète; comme en Syrie et en Egypte, il y eut une vaste portion du pays où TOrient resta lui-même ; et ce fait n'est point sans importance pour le développement ultérieur de Tart dans ces régions. Mais la zone côtière en revanche se couvrit de grandes villes hellénistiques, Milet, Smyrne, Ëphèse, et plus avant dans Tintérieur, le long des grandes voies de pénétration que forment le Méandre et THermus, Magnésie, Sardes, Tralles, Philadelphie; bref, toute la région occidentale de TAsie Mineure fut un des points vitaux de Thellénisme. D'autre part, TAnatolie subit de bonne heure Tinfluence du christianisme ; la propagande de la nouvelle religion y fut rapide et son action profonde. De la combinaison de ces deux éléments résulta tout naturellement une grande activité intellectuelle et artistique. L'Anatolie fut, au iv* siècle, avec Basile, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, la terre classique de l'éloquence chrétienne ; et, au vi* siècle, quand Justinien voulut bâtir Sainte-Sophie, c'est l'Ionie qui lui fournit, avec Isidore de Milet et Anthémius de Tralles, les seuls architectes capables de mener à bien son vaste dessein.
Manuel d\irl byzantin. <>
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Enfin, par sa position géographique, nul pays n'était mieux placé pour échanger les idées et combiner les apports provenant des civilisations diverses; nulle part ne pouvait mieux se produire le contact et la fusion de TOrient et de Thellénisme. Par les larges et belles vallées de THermus et du Méandre, les caravanes apportaient jusqu'aux rivages de Tlonie les produits et les enseignements des pays riverains de l'Euphrate; et, d'autre part, des ports de la côte anatolicnne, Tinfluence de TAsie Mineure rayonnait avec son commerce sur toute la Méditerranée. Gomme Antioche en Syrie, comme Alexandrie en ftgypte, Lphèse était le point nécessaire où devaient se rencontrer et se fondre ces éléments divers. « Éphèse, dit très bien Choisy, située à la jonction de ces deux grands courants, formait le confluent des idées et des richesses des deux mondes ; et si un art nouveau devait naître de leur concours, la région d'Éphèse était prédestinée à lui servir de berceau *. »
Jusqu'en ces dernières années pourtant, Tart chrétien d'Asie Mineure restait pour ainsi dire inconnu. Quelques rares monuments seulement avaient été signalés en passant, très sommairement pour la plupart, lorsqu'en 1903, Strzygowski, mettant en œuvre toute une série de découvertes récentes, révéla, dans un livre retentissant, TAsie Mineure comme un domaine nouveau de Thistoire de Tart [Kleinasien^ ein Neuland der Kunslgeschîchte). Depuis lors, d'autres explorateurs nous ont apporté toute une foule de précieux documents : les voyages de miss G. Lowthian Bell en Cilicie et en Lycaonie (1905), les recherches de MM. Michel et Rott en Pisidie, en Cappadoce et en Lycie (1907), les grandes fouilles que le gouvernement autrichien poursuit à Ephèse ont fait connaître avec précision un certain nombre de monuments chrétiens*. Sans doute l'avenir en accroîtra sensiblement le nombre; mais dès maintenant les résultats acquis suffisent à marquer avec netteté ce que l'art byzantin dut à l'Asie Mineure.