LE BAPTISTÈBE DE NAPLES
tant à leur sommet une colonne qui partageait la baie en deux ouvertures cintrées. Ce dispositif est attesté à Tigzirt par de curieux bas-reliefs qui représentent une coupe de la basilique.
Le baptistère de Naples. — Ainsi Tart syrien, de même qu'en Orient il débordait sur TAsie Mineure voisine, étendait pareillement son influence en Occident, le long du rivage africain de la Méditerranée. Si Ton se transporte maintenant sur le rivage occidental de ritalie, on constatera que TOrient exerçait également dans la région napolitaine une action considérable ^
Plusieurs édifices construits en Campanie au v*' siècle présentent uiî caractère purement oriental. C'était le cas des basiliques groupées à Noie autour, du sarcophage de saint Félix; d'après la description qu'en a laissée saint Paulin, elles rappellent assez exactement la disposition du monastère syrien de Kalat-Seman et semblent avoir été une imitation du martyrium de Jérusalem. De même, la basilique de saint Sévère à Naples (lin du iv* siècle) offre dans son abside à jour, au-dessus des chapiteaux, des impostes de style tout byzantin, les plus anciennes que l'on connaisse en Italie. Mais surtout le baptistère de Soter à Naples (milieu v*' siècle) est, par son plan comme par sa décoration, un édifice absolument oriental. De forme carrée, il est couvert d'une coupole sur trompes d*angle, et les mosaïques dont il est orné présentent des sujets tout à fait dignes d'attention. Dans les trompes figurent les symboles des évangélistes, représentés, comme sur l'ivoire Trivulce, avec six ailes. A la coupole^ autour d'un médaillon central où brille le signe de la croix, un cercle s'enroule, orné de fleurs, d'animaux, de perdrix, de canards, de paons affrontés. De ce motif central partent huit bandes décoratives, délimitant autant de compartiments où, sous des draperies lamées d'or, apparaissent huit scènes évangéliques. On remarquera la combinaison des deux styles, la peinture de genre et le style monumental, qui se rencontre dans cette décoration. On y notera surtout les traits d'origine orientale, la disposition de la croix parmi les étoiles et les symboles identique à la décoration de la coupole du mausolée de Galla Placidia, les six ailes des animaux symboliques rappelant la plaque Trivulce, et le motif des Saintes-Femmes au tombeau qu'on ne rencontre, avant le vi^ siècle, que dans deux ivoires (ivoire Trivulce, ivoire de l'Anti-
J . Bertaux, L'Art danê l'Italie méridionale^ Paris, 1904 ; Munoz. / musaici del battistero di San Giovanni a Napoli {VArle, 1008).
quarium de Munich), tous deux d'origine sûrement orientale. Cette parenté avec les mosaïques de Ravenne, ces traits essentiellement orientaux sont chose significative. Les mêmes observations conviennent aux mosaïques de Capoue, à celles de Santa-Prisca, à celles de la cathédrale, où Ton voyait jadis à Tabside une Vierge glorieuse aujourd'hui détruite. De tout cela, il ressort que l'influence orientale, en même temps qu'elle dominait à Ravenne, parvenait d'autre part jusqu'en Campanie.
L'Italie dn Nord et la Gaule. — Elle s'étendait plus loin encore •. De Ravenne, par l'Italie du Nord, elle atteignait Milan, où Téglise de Sainl-Laurent (fin du iv® siècle), avecsa coupole reposant sur une colonnade intérieure, procède, comme Saint- Vital, del'artderOrienl ^hellénistique, où l'église de San Nazaro, avec son plan en forme de croix, rappelle l'édifice décrit par Grégoire de Nysse et procède peut-être de Téj^lise des Saints-Apotres bâtie à Constantinople par Constantin. Plus loin encore, par Marseille, elle pénétrait peutêtre en Gaule et jusqu'au Rhin ^. II est sans doute un peu exces^;if de considérer Trêves, selon le mot de Strzygowski, comme « un avant-poste de l'art oriental » ; du moins faut-il remarquer qu'on trouve en assez grand nombre dans cette région des ivoireç de provenance égyptienne (sculptures de la chaire d'Aix-la-Chapelle, ivoire de la translation des reliques, au trésor de Trêves, ivoire Barberini, au revers duquel se lisent une série de noms qui semblent rattacher le monument à l'église de Trêves, pyxide de Wiesbaden, jadis appartenant au trésor de Trêves) et que ces objets semblent indiquer d'anciennes relations avec l'Orient.
Assurément, dans tous ces faits, il subsiste encore bien des incertitudes, et a la pr mière question byzantine », comme on nomme volontiers le problême des influences exercées par TOrient sur l'Occident au iv" et au v^ siècle, garde une part d'obscurité^. Il est sage de ne point exagérer ces influences, il est prudent surtout de n'en pas vouloir trop précisément déterminer l'origine. Le terme de « Syriens » est, au v* et au vi® siècle, un mot assez vague sous lequel les textes désignent et confondent toute espèce d'Orientaux. Mais, ces réserves faites, il faut faire une large part à l'action des
1 . StrzygoAvski, Kleinasien,'2[i suiv. ; Rivoira, Le origini délia archUtetlura lombarda, Rome, 1901.