‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 70 sur 370 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La conslruction de Sainte-Sophie. Les matériaux. 1^8 architectes. — II. L*architecture.L*aspect extérieur. Le plan. La coupole. Les combinaisons d'équilibre. — III. La décoration. L'ornement sculpté. La décoration polychrome. Les mosaïques. Les aKs du métal. Admiration des contemporains et originalité de l'œuvre.

Sainte-Sophie de Constantinople, « la Grande-Kglise », comme la nomma tout le moyen âge oriental, est le type par excellence de l'art byzantin, tel qu'il se constitua sous le règne de Juslinien, le représentant le plus parfait, par les formes de son architecture cl la splendeur de sa décoration, de Tidéal que cet art s'efforça de réaliser. Peu d'édifices religieux ont une importance comparable, Notre-Dame de Paris, si remarquable qu'elle soit, a des égales; Saint- Pierre de Rome manque un peu d'originalité et n'est guère chrétien que de destination ; Sainte-Sophie, au contraire, est unique ; et en même temps qu'elle marque l'avènement d'un style nouveau, elle en marque du même coup l'apogée *,

' \. Salzenbcrg, Altchrisiliche Baudenkmaler von KonsUntinopel, Berlin, 185 4; Pul|cher, Les églUex byzantines de Constantinople, Vienne, 1H80 ; Choisy, JL^art de bâtir chez les Byzantins^ Paris, 1882; Kondakof, Eglises byzantines et monuments de Constantinople, Odessa, 1887 (russe); Lethaby et Swainson, The church of Sancta. Sophia, Londres et New-York, 1894; Diehl, Juslinien^ Paris, 1901 ; Gurlitt, Die Baukunst Konstantinopels^herMii, 1908 etsuiv.: Anloniadis. ^E^pcaat; r^ç «Y^'^î Soçîa;, Paris, 1907, suiv. ; Prost, Sur la forme primitive de la coupole de Sainte-Sophie (G. R. Acad. Inscr. 1909, p. 252). Cf. les textes cités dans les Quellen de Richter.

/.«< malériaux. — Lorsque, en 53"2, la basilique, jadis édttîée par (Constantin en l'honneur de ta Sagesse divine, fui détruite par l'iiicen-

Fi|i. 6*. — Cuii!-tanlinu|)](;. Sniiitc-Si>p)iic. RxU'rieur Phi>t. Berg^rcnt.

(lie allumé au cour^ de hi sédition Nika, Juâtiiiien entreprit de la reconstruire avec une magnificence innuïe. A la place delà petite basilique, il rêva d'élever quelque chose d'extraordinaire et de colossal. Pour agrandir le terrain de la conslruction future, on acheta à prix d'or les maisons environnantes. Pour donner à l'édiRce la splendeur projetée, on rassembla dans le monde entier les matériaux les plus précieux. L'ne circulaire impériale invita, dit-on, les gouverneurs des provinces » envoyer à Conslanlinople les plus somptueuses

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dépouilles des monuments antiques; il en vint, dit-on, d*Athènes et de Rome, de Byzance et d'Éphèse, d^Europe et d'Asie. On mit également à contribution les carrières les plus fameuses. Proconnèse donna ses marbres blancs, Carystos d'Eubée, ses marbres vert clair, lasos de Carie, ses marbres blancs et rouges, Chemtou de Numidie, ses jaunes antiques, Synnada de Phr^-gie ses roses veinés; TEgypte envoya ses porphyres, laThessalie et la Laconie, leurs brèches de vert antique. Justinien accepta et employa tout. Jadis la Grèce antique, pour bâtir les Propylées ou le Parthénon, recherchait les marbres les plus parfaits, pour leur éclat et leur pureté ; Justinien se complut, au contraire, aux combinaisons savantes de la polychromie et mêla, d'ailleurs avec un goût exquis, les marbres les plus divers, les couleurs les plus opposées. Il poussa plus loin encore le luxe et la prodigalité. Avec une profusion inouïe, l'or, Targent, Tivoire, les pierres précieuses, furent mis en œuvre, autant pour rehausser la splendeur de Tédifice que pour éblouir les veux parle déploiement d'un faste inaccoutumé.

Les architectes, — Pour exécuter sa volonté et réaliser son rêve, Justinien lit appel à deux architectes d'origine asiatique, Anthémius de Tralles et Isidore de Milet. Les contemporains s'accordent à vanter leur intelligence, leur esprit d'invention, leur habileté, leur science ; leur leuvre montre en eux de savants constructeurs, capables de résoudre les plus délicats problèmes, de poursuivre les recherches les plus ingénieuses, parfois les plus subtiles, de l'art de bâtir. Sous leur direction, la construction fut poussée avec une activité prodigieuse. Dix mille ouvriers y furent employés. L'empereur lui-même suivit attentivement les travaux, visitant les chantiers, excitant le zèle des ouvriers, ne dédaignant même pas de conseiller les architectes ; et comme un empereur, par définition, possède une compétence universelle, ces conseils étaient, paraît-il, excellents, et tirèrent les architectes de plusieurs embarras très graves. En tout cas, Justinien ne marchanda pas l'argent aux maîtres de l'œuvre; plus de 360 millions furent dépensés, dit-on, pour la construction de Sainte-Sophie. Aussi, en cinq ans, le monument était terminé. Le 27 décembre .>37, il fut solennellement inauguré. Monté sur un char à quatre chevaux, l'empereur se rendit du palais à l'église, à l'entrée de laquelle le patriarche le reçut en grande pompe. Arrivé à la porte royale, quand Justinien, d'un coup d'œil, embrassa son rêve réalisé, d'un élan il courut jusqu'à l'ambon placé sous la grande coupole, ci là, les mains étendues, il s'écria : « Gloire à Dieu qui m'a jugé

digne d'accomplir une telle œuvre I O Salomon, je t'ai vaincu I »> Pour célébrer ce jour mémorable, Justinien combla son peuple de libéralités et de fêles, et la Grande Église de richesses, de vases précieux, d'ornements sacerdotaux magnifiques, de vastes domaines, de reliques vénérables. Il avait raison, u Jamais, comme le dit très bien Ghoisy, le génie de Rome et celui de TOrient ne s'étaient associés dans un plus surprenant et plus harmonieux ensemble^. »

l'architecture

U aspect extérieur . — Aujourd'hui, quand, par le dehors, on considère Sainte-Sophie, l'impression est assez médiocre (fig. 67). C'est que, pour soutenir la construction de Justinien, les siècles postérieurs ont dû Tétayer d'une forêt de massifs contreforts, et, au milieu de ces supports parasites, la coupole, dont la demi-sphère s'appuie au reste directement, sans tambour interposé, sur les pendentifs, paraît plus lourde et plus déprimée encore qu'elle n'est en réalité. Assurément, de loin, reifet que produit Sainte-Sophie est plus puis- , saut; elle justifie alors l'expression de Procope, qui la compare joliment à un navire à Tancre, dominant de sa masse gigantesque les édifices de la cité. Néanmoins, une construction byzantine du vi<' siècle, avec ses murs de brique nue, garde toujours, à l'extérieur, un aspect assez monotone et indigent. Toutes les splendeurs et toutes les audaces sont réservées pour l'intérieur. Il faut entrer dans Sainte- Sophie pour en comprendre l'originalité puissante et la rare magnificence .

Le plan. — Jadis, en avant du temple, s'étendait un grand atrium entouré de portiques, au milieu duquel une belle fontaine de marbre jetait Teau dans de larges vasques {^\^. 68). Il n'en reste plus aujourd'hui que quelques substructions^ De cette cour, par cinq portes, on entraitdansune galerie fermée ou narthex qui, par neuf portes, s'ouvre dans l'église ; la porte centrale, ou porte royale, était réservée aux cortèges impériaux. Le monument lui-même forme un vaste rectangle, long de 77 mètres sur 7 1 mètres 70 de large, dont la partie médiane est occupée par une magnifique nef centrale, au-dessus de laquelle se dresse une coupole énorme de 31 mètres de diamètre. Cette coupole

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