LES ARTS DL- MÉTAL
sur des fonds au\ tonaliLés puissantes de bleu, d'orou d'argent, que l'art nouveau avait substitués au\ fonds clairs des peintures alexandrines. C'est là une des innovations capitales de l'art byzantin, et elle montre clairement comment cet aK a renouvelé la polychromie a)exaodrine au moyen des procédés directement empruntés à l'Orient.
Tout cet admirable décor était mis en valeur par la grande lumière que versaient dans l'édifice les quarante fenêtres ouvertes ft la base de la ciiupole et celles percées dans l'épais' seur des absides et des grands murs Intcraux. Ainsi parée, sous son riche vêtement de mosaïques et de marbres, Sainte-Sophie apparaissait toute lumineuse, à ce point que, selon le mol
de Procope, au lieu de recevoir les Sainte-Sophie de Con»tanti-
ravoos du soleil, elle-même semblait nople (il'ipris Salxcnbcr^t .
faire de la lumière.
Les arlada métal. — Justinien, dit-on, eOt voulu davantage. II eût désiré, imitant le modèle fourni par certains édifices d'.^lexandrie. revêtir de plaques d'or les murailles et le sol même de Sainte-Sophie. L>u moins lîl-il une large place au métal précieu.t dans la décoration de l'église parla splendeur des monuments d'orFèvrerie qu'il y consacra. Au centre de l'édifice, sous la coupole, s'éleva une grande tribune, l'ambon, également >i admirable par ses fleurs de marbre et les merveilles de l'art qui l'ornaient ". L'éclat mat de l'ivoire et de l'argent, l'éblouissemenl des pierres précieuses s'y mêlaient à l'élincellement des marbres précieux ; et par-dessus la tribune était pl.icé un (li'ime, revêtu de plaques d'or rehaussées de pierreries et surmonté d'une croix. Devant l'abside, se dressait une magnifique clôture, tout en argent ciselé; sur les colonnes de cet iconostase se détachaient dans des médaillons les images du Christ et de la \'icrge, des archanges, des prophètes et des apôtres. Mais l'autel surtout fui une merveille. La sainte table était tout en or, éblouissante de pierres fines et d'émaux ; elle reposait sur des colonnes d'or, et au-dessus quatre colonnes d'argent doré' portaient un diime surmunlé d'une grande croix d'or. De merveilleuses étoffes, où étaient lissée.s en soie et en or les bonnes u'uvres de Justinien et de Thêodora et leurs personnes impériales inclinées sous la bénédiction de
la Vierge et du Christ, formaient les rideaux de Tautel. Enfin, au fond de Tabside, était placé le trône du patriarche, également en argent (loré ; et si Ton veut par un chiffre prendre quelque idée de cette magnificence, on notera que, d'après Procope, dans le seul sanctuaire de Sainte-Sophie, il y avait 40.000 livres pesant d'argent.
Mais ce qui, plus que tout le reste, semble avoir frappé les contemporains, ce fut la beauté de l'éclairage dont, la nuit, aux grandes fêtes^ l'église s'illuminait. Paul le Silentiaire a longuement décrit les polycandila d'argent, les lampes en forme de navires, les candélabres en forme d'arbres, d'où la flamme jaillissait comme une fleur, les lanternes aériennes accrochées à la base circulaire de la coupole. Ainsi, magnifiquement éclairée, « à ce point, dit le poète, que la nuit lumineuse, souriante comme le jour, y avait des colorations de rose », l'église brillait comme un incendie splendide, annonçant de loin aux navigateurs l'approche de la capitale et la gloire de Justinien.
Admiration des contemporains et originalité de l'œuvre. — *La Grande Église excita chez les contemporains une admiration sans égale. Les écrivains du temps, n'ont pas assez d'éloges pour le génie de l'architecte, « dont l'œuvre, dit Agathias, aussi longtemps qu'elle durera, suffit à perpétuer la gloire ». Un autre historien dit de Sainte-Sophie : a C'est un ouvrage puissant, incomparable, tel que jamais l'histoire n'en a mentionné, une église merveilleuse, unique, que les mots sont impuissants à décrire ». Pour Procope, c'est K un spectacle de toute beauté, qui dépasse l'attente des visiteurs et semble incroyable à ceux qui en entendent seulement parler » ; mais c'est surtout dans un autre passage que le même écrivain a traduit de façon émouvante l'impression qu'on éprouve en pénétrant dans Sainte-Sophie. « Lorsque, dit-il, on entre dans cette église pour prier, on sent tout aussitôt qu'elle n'est point l'ouvrage de la puissance et de l'industrie humaines, mais bien l'œuvre même de la divinité ; et l'esprit, s'élevant vers le ciel, comprend qu'ici Dieu est tout proche, et qu'il se plaît dans cette demeure que luimême s'est choisie ».
Durant les siècles suivants, l'entreprise gigantesque de Justinien continua à frapper puissamment les imaginations populaires, et tout un cycle de légendes s'accrocha autour de la coupole de Sainte- Sophie. On sait quel rôle considérable la superstition du moyen âge a prêté au diable dans la construction des cathédrales gothiques d'Occident. L'Orient a voulu de même expliquer d'une façon suma-
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turelle la construction de Sainte-Sophie : mais, plus dévot, il en a reporté Thonneur à Dieu lui-même, intervenant par ses anges pour suggérer le plan et surveiller les travaux de la Grande Église. L.^ imagination populaire n'a pas été moins vivement frappée de Ténormité des sommes dépensées pour cette grande œuvre, et ici eocore elle a fait intervenir le surnaturel pour expliquer comment Jostinien put trouver l'argent nécessaire. Les conteurs naïfs qui inventèrent ces légendes avaient raison. Ils sentaient qu'il y avait là une réussite incomparable, un monument merveilleux, où Tart L>vzantin avait trouvé sa formule définitive et réalisé ses caractères oonslitutifs.
C'est ce qu*ont parfaitement exprimé, dès le vi® siècle, les contemporains de Juslinien. Aux yeux de Procope, Anthémius de Xralles apparaît comme « le plus savant homme dans Fart de la mécanique, non seulement entre tous les gens de son temps, mais entre tous ceux des siècles antérieurs n. Isidore de Milet est défini comme un homme « d'une intelligence remarquable ». Et l'historien ajoute que c'est une preuve évidente de la protection que Dieu étendait sur l'empereur, « d'avoir ainsi préparé les hommes les plus capables de servir ses projets », et que c'est une preuve aussi de resprit%upérieurde Justinien, « d'avoir, entre tous les hommes, su choisir ceux qui étaient le plus aptes à réaliser ses grands desseins ». Par le génie de ces architectes éminents, le grand courant novateur et hardi qui traversait alors Tart byzantin avait en effet, dans un monument unique, manifesté sa puissance créatrice, et, au sortir de la longue période de préparation et de tâtonnements, consacré par un chef-d'œuvre les méthodes qu'il avait adoptées. Désormais, durant le vi^ siècle, ce style nouveau allait rayonner sur le monde et Constantinople allait prendre la direction unique de l'art byzantin.