L ART DE BATIR CHEZ LES BYZANTINS
1er solidement, il a relié les huit piliers qui la portent aux murs extérieurs de l*édifice par des arcs robustes ; et par surcroît de précaution, il a, à Textérieur, sur chacun des angles saillants appuyé un solide contrefort. Mais il a en o\itre, de façon tout à fait ingénieuse, raccordé la base octogonale au plan circulaire de la coupole (Bg. 83; * : avec une hardiesse élégante, il a, sur Tun des pansde Toctogone.
ménagé, dans toute la hauteur du monument, le chœur et Tabside ; à Touest, en avant de l'église, il a placé enfin un imposant narthex à deux étages, flanqué de deux tourelles par où on accédait au gynécée. Et sans doute il faut reconnaître que par Taspect extérieur, avec son enceinte octogonale, son tambour central, sa toiture qui dissimule entièrement la coupole, ses massifs contre-forts.
Saint- Vital ne rappelle en rien les lignes hardies de Sainte- Sophie. Mais rintérieur, même si Ton fait abstraction de la magnifique décoration qui le pare, est d'une originalité pittoresque et d'une beauté de dessin remarquable. Surtout tout y révèle nettement la collaboration des maîtres grecs, et rattache incontestablement Saint-Vital aux types architecturaux que les architectes chrétiens élaboraient, au commencement du vi^ siècle, au contact de rOrient. .
On pourrait citer en Occident d'autres édifices encore qui montrent de même la diffusion des méthodes byzantines et Taclivité architecturale qui marqua le règne de Justinien. L'Afrique reconquise par cet empereur se couvrit ainsi de conslructions nombreuses, dont les ruines, souvent importantes, se rencontrent à Carthage (basilique de Dermech), à Haïdra, à Announa, à Matifou, à
Fig. 82. — Ravennc. Saint-Vital. Plan (d'après Holtzingcr)
1. Le raccord est obtenu au moyen de huit petites trompes d*angle disposées au-dessus des angles de l'octogone, et qui déterminent, comme à Saint-Serge et Bacchus, mais par un procédé un peu difTérent, une figure à seize côtés, d'où Ton passe au cercle de la coupole.
LA DÉCOHATtON SCULPTBB 177
Timgad. ailleurs «ncore '. Ce sont toutes au reste des basiliques de tj'pe hellénistique, à l'exception d'une curieuse petite chapelle, à Sousse, où UQ plan carré est couvert d'une coupole côtelée portée sur quatre trompe» d'angle. En revanche, les baptistères de l'époque byzantine montrent en Afrique, à côté des types classiques, des formes d'une réelle originalité. A Hammam-Lif, Uppenna, Sfax, etc., ce sont des bassins étoiles à six ou huit branches.
Un Irait commun se rencontre dans tous les édifices qui viennent d'être signalés. C'est la conformité qu'ils offrent, dans leur décci-
Kig. 83. - Détail
de Saint-ViUI de Ravenne (d'à- Kijt. 84. - Chapiteau A Saint-
près Rivoira, te origini delU Démc'trîus de Saloiiiquc
trehittttur» lombtrd»). Phot. Laiireiill
ration sculptée ou polychrome, avec les principes qui ont inspirù la décoration de Sainte-Sophie, et qui sont caractéristiques désormais de l'art byiantin du vi" siècle*. Dans tous, c'estle même luxe
I. DiehI. LAfriijne bytanline. Pari», 1896; G»ell, Le» mitnamtntt antiqaet de l'Algérie, l. H- I. LaaretA. Dtlphe* chréiith BCH, I8»ti;.
Manuel d'Art byttntin. IS
178 l'art de BATI» CHEZ
des chapiteaux, dont la variété d'aspect est merveilleuse ; taolùl corinlhieQs du type théodosien {fig, 84), tantôt cubiques et surmontés de l'imposte ^fîg. 85), tantôt réunissant deux élémeols distincts sous la forme du chapiteau-imposte, ils perdent de plus en plus le caractère classique; et revêtus d'un réseau compliqué de tresses et d'entrelacs, décorés à l'imposte ou aux angles de figures
Fi^. »'j. — Kavenne. Chapileau A Saiiil-Vilal (Phot. Alinari)
d'animaux et d'oiseaux (fig. Oi), rehaussés de dorures, ils attestent parleur maf^nifique travail, plus voisin de l'orfèvrerie que de la sculpture, le goût croissant de la splendeur et le désir d'éblouir. I.e même caractère «pparatt dans ces plaques de chancel fouillées et percéesàjourcomme unedentelle (fig. 86 et 87), qui à Saint-Vital ou à Saint-Apollinaire forment la clôture du chœur, dans ces parapets décorés de roues à six rayons, accompagnées de longues croix , <|ue l'on rencontre en si grand nombre dans les monuments byzantins d'Asie et dlîurope (parexemple à Sainte-Sophie de Constantinople, Saint-Démétriusde Salonique, Ravenne, Parenio, etc.), dans ces dalles à ornementation orientale, dont les rosaces et les entrelacs ont passé de Syrie dans tout le monde byzantin (Delphes, Itavenne, etc.), enfin,- dans ces délicats ornements de sluc qu'on
l'akchitbctiirb civile et hiutairb 179
observe sous les arcades et sous les voûtes de Parenzo et de Saint- \'ita), et surtout dans les splendides incrustations de marbre qui recouvrent les murailles.
Dans la description qu'il a faite des églises de Gaza, Choricius vante la variété et le prix des marbres qui révélaient Saint-Serge, la beauté des colonnes de porphyre qui décoraient Saint'Étienne. .\ Saint-Démétriiis de Salonique (fig. 50), à la courbe des arcades, à la bande qui court au-dessous de la galerie du gynécée, des marbres multicolores mettant leurs notes éclatantes, et dans les écoinçons.
Fip. SS. — Hsvennc. Saint-Apollinaire-Neur. Plaque dr chancel'Phot. Alinari .
des plaques quadrangulaires montrent, autour d'une pièce rare, les combinaisons les plus variées de l'incrustation polychrome. Dans l'abside de Parenzo surtout (fig. 88), des panneaux admirables, où les marbres les plus riches se mêlent aux pâtes d'émail et aux nacres. se disposent le long des murailles comme des lapis d'Orient veloutés et harmonieux. Partout enfin, à Gaza, k Sainl-Démetrius, à Parenaro, à Havenne, des mosaïques admirables mettent à l'extérieur I Parenzo) et à l'intérieur des édifice» leur éclatante parure et achèvent de démontrer la large dilTusion de cet art byzantin, qui a fait de la polychromie sa règle fondamentale.
i>n a signalé déjà le grand mouvement d'art profane qui
InO I. ART DE BATIR CHEZ LES BVZANTINS
l'époque de Justinien, correapondit au développement de l'art religieux. Malheureusemenl, les monuments de l'architecture civile noua oui été conservés en bien moindre nombre que les monuments de l'architecture sacrée. Nous avons mentionné déjà les citernes de Conatantinople, les aqueducs, le pont du Sangarios. Il faut, pour compléter ces indications, i^sumer ici le peu que nous savons de la maison byzantine et dire un mot des ouvrages, ceux-là beaucoup plus nombreux, que nous a laissés l'architecture militaire.
Les maisons'. — De l'habitation byzantine au vi* siècle nous savons peu de chose. On a vu précédemment les inductions que l'on peut, relativement aux maisons deConstantinople, tirer de documents teU que l'ivoire de Trêves ou la mosaïque de Saint-Apollinaire-Neuf. Mais c'est en Syrie seulement que se sont conservées des ruines de villas rurales et de maisons urbaines, permettant d'entrevoir ce que furent, dans cette région du moins, les ouvrages de l'architecture civile, La plupart de ces habitations, au iv" et au v* siècle, comprenaient plusieurscorps de bâtiments, à deux ou trois étages et à portiques décorant la façade, disposés sur les trois côtés d'une cour assez
1. DeHeyVié. LhabiUlion byzantine, Paris, 1901. Cf. VogOé, Syrie centrale: H. C. Huiler, Archileelure and other xrli: cl Mordlmaan, EiqaUie lopogrtphiqae dt ContUndnople, Lille, 189!.
LKS MAISONS 181
vaste ; on y entrait par une porte cochère souvenl Ranquée d'une lour (Amrah, iV siècle) ou dont la grande arcade était surmontée d'une tour dominant l'enlrée (Rouweia, datée de 396;, Au rez-dechaussée se trouvent en g'énéral une grande salle de réception et les
appartements des hommes; l'étage, auquel onaccêde d'ordinaire par un escalier extérieur, est réservé aux femmes elaux enfants. CesdispO' sitions persistèrent jusqu'au vi' siècle. Dans les maisons urbaines, telles que celles de Serdjilla (v' siècle) (lig. 54), de Refadi (datée de 31fi), de Déir-Sambil, lune des plus belles et des mieux conaer-
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vées (vi^ siècle), on retrouve les mêmes arrangements, à cela près que les constructions s'alignent souvent sur un seul côté au fond de la cour. Mais ce sont les mêmes dispositions des appartements et aussi les mêmes colonnades, décorant les façades et formant des galeries extérieures et des loggias donnant sur la cour. Sur la rue, au contraire, Thabitation n'a que quelques rares fenêtres, et parfois un balcon.
Le même plan s'appliquait aux hôtelleries (pandocheia) très nombreuses dans les villes de la Syrie centrale. Ce sont de vastes constructions, à deux ou trois étages, avec galeries extérieures sur toutes leurs faces (Tourmanin, Déir-Seman). Chaque étage comprenait une seule grande salle. A Tourmanin, un pavillon central et deux pavillons d'angle se détachaient en saillie.
Entre ces habitations couraient des rues bordées de portiques, le plus souvent isolés des maisons. La mosaïque de Madaba nous représente sous cet aspect les grandes artères des villes de Palestine, et les textes attestent l'existence de portiques semblables à Constantinople. De la Syrie et de Constantinople, cet usage devait se répandre dans toute la Méditerranée.
On a vu enfin comment Justinien, après la sédition Nika, reconstruisit une partie du vieux palais bâti par Constantin, et dont Taspect rappelait fort sans doute le palais de Dioclétien à Spalato. Aux salles basilicales, rotondes et octogones, qui le composaient, les architectes du vi® siècle ajoutèrent, dans la coupole de la Chalcé, les nouvelles formes propres à l'art byzantin, et ils parèrent avec un luxe éblouissant de marbres, de mosaïques et de métaux précieux le vestibule de la Chalcé, le grand Consistorium ou salle du trône, le triclinium des Dix Neuf Lits, qui formaient la partie officielle de la résidence impériale, et constituaient, en avant du palais de Daphné, les appartements de réception. Mais ici encore la disparition des monuments et les rares indications des textes ne permettent guère de décrire, avec précision, au moins pour le vi" siècle, les dispositions du Palais Sacré *.
Les forteresses^, — De nombreux restes nous sont au contraire
1. Ebersolt, Le grand paUis de Constantinople et le livre des Cérémonies, Paris, 1910.
2. Texieret Pullan, Architecture byzantine^ Londres, 1864 : Dichl, Rapport sur deux missions dans V Afrique du Nord^ Paris, 1894 ; Diehl, L'Afrique Byzantine, Paris, 1896; Gscll, Les monuments antiques de L'Algérie, t. II : Van MiWinf^cn, Byzantine Constantinople. The Walls of the cily and adjoining hisiorical sites^ Londres, 1899.
parvcnua de l'architecture militaire des Byzantins. Sans parler de la grande enceinte de ConsUatinople, dont la majeure partie date du règne de Théodose II (première moitié V aiècle), on rencontre en Orient, à Anlloche, à Dara, à Nlcée, à Anazarbe, et surtout en Afrique {Haîdra, Aïn-Touoga, Tébessa, Mdaourouch, Lemsa, Tim- ^ad, Sétif, etc.), de remarquables spécimens de la construction
FÎK. 89. — Citadelle de Lcnisa en Tunisie ;Phot. DieM]
raihtaire au vi' siècle {Rg. 89]. En règle générale, une triple série i\e défenses protégeait la place forte byzantine : un mur d'enceinte Tc-yoç, libj-nîx'»:), haut de deus étages, garni d'un chemin de ronde couvert porté sur des contreforts intérieurs ou placé en encorbellemept, et Hanqué de puissantes tours crénelées; un avant-mur 'Uuneî/oï, icjiOTEf/iajjiK), couvrant les approches du corps de place, lui aussi souvent défendu par des tours; un fossé (toé^soï) large el profond, bordé par un parapet de terre ou de maçonnerie. Ainsi trois (■tages superposés de défenses, séparées les unes des autres par do larges glacis {TiepïgoXoç. ^luijaijaTei/iov), assuraient en général la protection des villes fortes *.