L ART DE BATIR CHEZ LES BYZANTINS
Dans la pratique, il arriva souvent que ce système très complet, que Ton rencontre dans Tenceinte de Constantinople, se réduisit à une ou à deux lignes de retranchements ; mais, dans toutes les constructions, certaines règles communes sont toujours 'observées. Il faut que le mur, toujours formé d'un double revêtement de pierres de taille^ dont Tintervalle est rempli d'un massif en blocage, soit très haut et très épais : très haut pour protéger la place contre l'escalade, très épais pour amortir le choc des machines destinées à faire brèche. En conséquence, la hauteur moyenne des courtines varie de 8 à 10 mètres (Gonstantinople, 11 m.) et souvent dépasse notablement ces chiffres (Martyropolis, 12 m. 20; Dara, 18 m. 50); Tépaisseur moyenne est de 2 m. 30 en Afrique, et souvent supérieure (Gonstantinople 4 à 5 m. ; Martyropolis, 3 m. 70'^. Il faut que des tours nombreuses, quadrangulaires, rondes ou hexagonales, assez saillantes et assez rapprochées les unes des autres, couvrent les courtines : leur front est de largeur variable (7 à 10 mètres) » leur hauteur atteint 17 mètres (Tébessa) et 20 mètres (Gonstantinople). Certaines d'entre elles, isolées du reste du système défensif, forment parfois de véritables donjons (TtupYoxàdTeXXov) destinés à offrir à la résistance un suprême asile (tour de garde à Dara, tour du centenier à Nicée, tour des Perses à Edesse). Il faut enfin que les portes, point vulnérable, soient défendues avec un soin particulier — elles sont donc très étroites, et commandées par des tours très voisines ; — que le fossé soit très profond, pour couvrir les remparts contre les attaques des mineurs ennemis, et très large (Gonstantinople 15 à 20 mètres), que la forteresse soit abondamment pourvue d'eau au moyen de citernes et d'aqueducs.
On obtient ainsi des constructions de plusieurs types. Ge sont tantôt des villes fortes entourées d'une enceinte continue (Tébessa, Béja, Gonstantinople, Antioche, etc.), tantôt des forteresses isolées, gardant des points stratégiques (Lemsa), ou construites dans le voisinage immédiat de certaines cités qu'elles protègent (Haïdra, Timgad, Mdaourouch), tantôt de petits postes, ordinairement sans tours. En Afrique, où il fallut faire vite, la main-d'œuvre est fort inégale, et les matériaux ont souvent été empruntés aux monuments antiques. En Orient, la construction est meilleure. L'enceinte de Gonstantinople, avec ses murs en pierres de taille coupées de rangs de briques, ses 96 tours espacées de 50 env50 mètres le long du mur intérieur, son avant-mur dont les tours plus petites correspondent au milieu de la courtine supérieure et couvrent l'espace
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laissé vide eotre les tours de celle-ci , son fossé bordé d'une escarpe haute de 7 mètres et d'une contre -escarpe en maçonnerie, oflre une disposition aussi imposante que savante. L'enceinte d'Antioche. telle qu'elle subsistait il y a encore peu d'années, avec ses hautes murailles crénelées escaladant la pente de la montagne, ses puissantes tours carrées à trois étages de défenses, son chemin de ronde
Fig. 90. — Vue restituée de la citadelle de IleïdraldeMin de H. Saladiii'
établi sur arcades, son énorme donjon pentagonal et le réduit fortifié, Qanqué de massives tourelles, qui se dressait toul en haut de la ville sur un rocher presque inaccessible, n'était pas moins remarquable. Dara, Anazarbe, Haïdra en Afrique (fîg. 90i, attestent de même la science et l'énergique activité des architectes de Justinien, et tout cet ensemble de forteresses montre de la façon la plus intéressante comment, selon une observation Fort exacte, « beauconp des dispositions employées par les Byzantins dans leurs travaux de Tortifications forment une transition entre les méthodes antiques et celles du moyen-âge ' ».