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LES PAVEMENTS HISTORIES

vV siècle. Une mosaïque trouvée à Serdjilla et datée de 473, plusieurs des nombreux pavements retrouvés à Madaba, au pays de Moab,une mosaïque à inscription arménienne de Jérusalem (vi* siècle) montrent un décor de fleurs, de fruits et d'animaux. Ailleurs c'est le labyrinthe et le Minotaure, Psyché ou Orphée, qui se rencontre en particulier dans une belle mosaïque trouvée à Jérusalem. Dans un cadre, où des médaillons enfermant des animaux prennent place entre des tètes allégoriques, Orphée chante, entouré de bétes, un centaure et un faune à ses pieds ; plus bas, ce sont des scènes de chasse, et, dans un panneau rectangulaire, deux figures de femmes nimbées, séparées par une colonne, et désignées par des inscriptions sous les noms de Theodosia et de Georgia. L'œuvre, certainement chrétienne, et d'art spécifiquement syrien, date du v* ou VI* siècle.

C*est au même temps qu'il faut rapporter la plus célèbre des mosaïques de Madaba, celle qui représente une carte delà Palestine. Le trait le plus remarquable de cette vaste composition, d'un travail très soigné et très fin, c'est qu'elle a tous les caractères d'un paysage pittoresque ^. Sur les ondulations bleues de la mer Morte voguent deux vaisseaux ; les poissons nagent dans les rivières, les fauves poursuivent les biches dans le désert parsemé de cactus et de palmiers ; les montagnes dressent leurs chaînes à l'horizon ; les villes et les villages apparaissent avec leurs tours, leurs portes, leurs édifices les plus célèbres, Bethléem avec la basilique de la Nativité, Jérusalem avec les longs portiques qui la traversent, une place, une haute tour. Ainsi toute la Palestine se déroule, comme à vol d'oiseau, sous les yeux du spectateur. La technique de cette mosaïque, identique à celle des mosaïques murales du v^ et du vi^ siècle, en donne la date. L'inspiration, tout alexandrine, atteste à la fois le goût du pittoresque et de la réalité qui est caractéristique de l'art du VI* siècle *.

t. Cf. Aînalof, Origines^ p. 214.

2. Il faut signaler également les remarquables pavements historiés récemment découverts dans la basilique chrétienne de Milet. Dans l'atrium, on voit représentés des animaux de toute sorte, panthère, ours, tigre, faisans, canards, aigles et griffons. Dans le baptistère, aux brebis paissant et aux cerfs buvant à une fonlaine s^opposent des tigres dévorant des chevaux, des panthères luttant contre des buffles. Dans Téglise enfin, ce sont des motifs géométriques qui couvrent le sol de Tabside et des collatéraux. Cet ensemble fort intéressant; où le style pittoresque alexandrin se pénètre déjà dMnfluenccs orientales, est de date antérieure à la construction de Sainte-Sophie (Wiegand, dans Abhandl. d. Preuss. Akad, d. VViJts., 1908, p. 39-32;.

Certains pavemeats africains montrent les mêmes tendance.-^. Dans un bâtiment annexe de la basilique de rOued-Hamel en Tunisie, on voit, représenté avec un sentiment très vif de la vie, un chantier de construction, avec l'architecte donnant ses ordres, les ouvriers au travail, le chariot apportant une colonne. Ailleurs, dans un pavement de Gafsa (musée du Bardo), les courses de rhippodrome sont représentées avec une pittoresque vivacité. Ënfîn^ dans les mosaïques tombales de Lamta et de Tabarka, où hommes, femmes et enfants apparaissent vêtus d'éclatants costumes, le goût du por> trait expressif et vivant se manifeste comme dans les monuments de rÉgypte chrétienne *.

LKS ICONES

C'est de cette même tendance réaliste que procèdent les rares icônes qui nous sont parvenues de la première période de l'art byzantin^. Un curieux passage de saint Jean Chrysostome parle des portraits peints à l'encaustique [y.r^oôyyzo^ Ypacpiq), et d'autres témoignages postérieurs attestent que cette technique, employée en ftgypte pour la représentation des ligures, était en vogue à Byzance au vi® siècle, et plus tard encore, pour les peintures sacrées. On conçoit donc que les plus anciennes icônes, reproduisant, sur des panneaux de bois, l'image de la Vierge, du Christ et des saints, aient eu le même caractère de vie expressive et réaliste qu'offrent les portraits du Fayoum. Aussi bien, est-ce d'Egypte que proviennent la plupart des monuments de cette sorte actuellement connus. C'est du Sinaï que l'évêque Porphyre Ouspenski a rapporté au musée de Kief les icônes, datant vraisemblablement du vi® siècle, dont Tune représente deux bustes de saints, où l'on a cru à tort reconnaître Constantin et Sainte Hélène, et l'autre, l'effigie des saints Serge et Bacchus, que domine le médaillon du Christ (fig. 107). On y voit clairement comment la peinture d'icônes dérive de la peinture de

1 . Gauckler, /.a mosaïque antique : Catalogue du musée Alaoui (supplcmenl , l'ans, 1907.

2. Strzygowski, Orient oder Rom, p. 123; Byz. Denkmiiler, 113-125; Aînalof, Icônes du Si nt^ï peintes à V encau stique [Viz. Vrem., IX, 1902) ; Kondakof. Monuments de l'art chrétien à VAthos, Pélersbourp, 1902. p. 120 suiv.

portraits. Le même caractère, pluii naturaliste encore, se rencontre {Ian8 deux autres monuments du même musée, une image de saint Jean-Baptiste entre les médaillons de la Vierge et du Christ, une figure surtout de la Vierge portant l'enfant dans ses bras, dont on a |>u dire justement que, sans le nimbe qui entoure son visage, personne ne songerait k y reconnaître une figure divine, tant elle res-

Lnl9 SeTge et Bacchus. Iconc peinte A V< de l'AcBdémic cccléxiasliquc A Kielj

semble aux poriraits hellénistiques trouvés dans les tombeaux égypliens. Ainsi, jusque dansées monuments, comme dans ceux de même snrie que conserve le musée du Caire, se manifeste le trait dominant et signifîratir de l'art byzantin au vi' siècle, la recherche de la vérité, substituant de plus en plus à la peinture de genre la peinture d'hisloire, et nu style symbolique le style monumental.

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