LES COFFRETS A SUJETS PROFANES
une longue frise sur l’étroit panneau d'ivoire. Puis ce sont, sur le coffret pourpré de Troyes, des scènes de chasse, fort remarquables par la justesse de l'observation et le sentiment de la vie, et des figures d'empereurs à cheval (fig. 319-320); sur le flabellum de Tournus, à Florence, ce sont des scènes pastorales. Les thèmes mythologiques enfin, dont le coffret de Veroli offre les reproductions les plus remarquables, abondent sur ces petits monuments, étrangement déformés parfois par un artiste qui ne les comprend
Fig. 320. — Coffret d'ivoire (trésor de Troyes). Phot. R. Koechlin.
plus toujours, mais attestant curieusement la persistance des traditions antiques et profanes. A cette influence classique se mêle toutefois, comme danstout l’art dutemps, une influence orientale. Sur un coffret de Volterra, jadis dans la collection Spitzer, les panneaux représentent des animaux, félins, paons affrontés, aigles terrassant des bêtes ; le cadre est orné de tresses et d’entrelacs cernant des médaillons découpés à jour, où des feuilles de vigne et d'érable s’enlèvent sur un fond de bois doré.
Diptyques. — Au même groupe, dont les pièces principales semblent dater du milieu du x1° siècle, on peut rattacher, à raison des sujets qui les décorent, un certain nombre d’autres œuvres de l’art profane. C'est, parexemple, au musée de Berlin, la plaque représentant l'empereur Léon VI (886-911) couronné par la Vierge
4. On trouvera une liste complète des coffrets à sujets antiques dans Graeven, Ein Reliquienkästchen aus Pirano (JKS., t. XX),p. 25 suiv., Vienne.
(fig. 321), ouvrage intéressant par sa date précise, mais dont le faire large et un peu grossier semble indiquer qu'il a été sculpté en dehors de Constantinople. C’est surtout, au Cabinetdes médailles, le diptyque où le Christ, .debout sur un haut tabouret, couronne l'empereur Romain IV Diogène (1067-1071) et l'impératrice Eudoxie
Fig. 321. — Couronnement de Léon VI. Ivoire du musée de Berlin.
(fig. 322). « C'est jusqu'ici, dit fort justement Molinier, la pièce. capitale de la série des ivoires byzantins », et « un des plus beaux monuments que nous ait légués l’art byzantin? ». Rien n’y manque, noblesse des attitudes, beauté des draperies, élégance et précision un peu sèche du travail. Le Christ surtout, harmonieusement drapé à l'antique, est d'une justesse de proportions, d’une noblesse de type singulières. Les deux souverains, en revanche, raidis dans leur somptueux costume de cérémonie, font contraste avec cette figure
d'une exécution si souple et si sobre ; mais leurs têtes expressives
1. Schlumberger, Un ivoire byzantin du IX° siècle (Mélanges d'archéologie byzantine, p. 111).
2, Molinier, lvoirés, p. 97,98.
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Fig. 222. — Le Christcouronnant Romain et Eudoxier. Ivoire (Cabinet des médailles). Phot. Giraudon.
révèlent de véritables portraits, et la finesse des extrémités, traitées avec un soin tout particulier, montre un maitre en possession de
toutes les ressources de son art. e Les ivoires à sujets religieux. Le diptyque de Romain et d'Eu- “
Fig. 323. — Triptyque Harbaville (Musée du Louvre).
doxie est daté avec précision entre 1068 et 1071 : il offre donc uu point de comparaison précieux pour dater tout un groupe d’ivoires à sujetsreligieux.
Triplyques. — De cette série, le représentant principal est le triptyque Harbaville, au musée du Louvre. « Un art parfait, dit Molinier, préside à sa composition? ». Sur la face intérieure, est
1. Schlumberger, Untriptyque byzantin en ivoire (Mélanges d'archéologie
byzantine, p. 71).