Kondakof, Athos, p
tère de grandeur. C'est le cas, d'autre part, de la belle patène de Saint-Pantéléimon au Mont-Athos, sculptée vers 1200, et où la Vierge portant l'enfant, figurée au centre, est entourée de douze
Fig. 332. — Le Christ. Camée héliotrope (British Museum), d’après Dalton, Catalogue of Christian antiquilies.
prophètes tenant des cartels déroulés !.
Quelques-unes de ces stéatites, comme certains ivoires, ont été rehaussées de dorures (Archange de San Anzano, près Florence ; reliquaire de Lentini en Sicile) : et aussi bien, par la finesse et l'élégance du travail, tous ces monuments peuvent-ils prendre place immédiatement à côté des ivoires. C’est le même art, comme c'est en général la même destination religieuse.
Une autre série, dont certaines stéatites rappellent les procédés, est formée par les ouvrages de la glyptique. Les artistes du second âge d’or semblent
avoir fort habilement travaillé les pierres fines. Le Louvre, le
Cabinet des médailles, le British Museum ? possèdent un certain nombre de camées et de pierres gravées représentant le Christ, la Vierge ou des saints, qui semblent dater du x° ou xr° siècle. Un des plus beaux représente le Christ planant au-dessus des saints Démétrius et Georges en habit militaire (Cabinet des médailles). On en peut rapprocher, au British Museum,une héliotrope et un saphir gravés représentant le Christ (fig. 332), un Jjaspe figurant la Madone fig. 333), et surtout, au trésor impérial de Vienne, le jaspe’ vert, mesurant 0% 17 de diamètre, où l’image de la Vierge orante est accompagnée d’une inscription au nom de l’empereur Nicéphore Botaniate (1078- 1081) (fig. 334). C’est le seul monument de
Fig. 333. — La Vierge.
Camée jaspe (British Museum), d'après Dalton, Catalogue of Christianantiquilies.
la glyptique byzantine que l’on puisse jusqu'ici dater avec certi-
1. Kondakof, Athos, pl. 31. Aïnalof, Monuments byzantins de l'Athos (Niz.
Vrem., VI, 1899).
2. Babelon, Catalogue des camées antiques et modernes de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1900; Dalton, Catalogue of the early christian antiquities of the British Museum, Londres, 1901; Furtwängler, Anfike Gemmen, Leipzig, 1900.
tude!. Mais le chef-d'œuvre de cet art est assurément la patène en ophite conservée au monastère de Xéropotamou, à l'Athos (fig. 335). Autour de la Vierge orante, debout au centre et encensée par deux anges, se déroule, dans une bande circulaire, une procession d'anges, vêtus en prêtres et en diacres, et portant tous les instruments du sacrifice eucharistique. Dans une seconde bande, les apôtres se prosternent devant le trône de l'Hétimasie. On recon-
Fig. 334. — Camée de Nicéphore Botaniate (Vienne), d’après Mon. Piot, t. VI.
naît sans peine, dans cette composition, la scène de la Divine Liturgie, telle que la représentent les fresques des églises. Le style de ce petit monument permet de le rapporter au milieu du xu° siècle ; l'inscription mentionnant le nom del’Augusta Pulchérie a été ajoutée au xvin* siècle ?.
Unité de l'art byzantin. — Mais une chose importe plus peutêtre que cette revue rapide des monuments. C'est de noter l’étroite parenté qui unit cet art industriel à l’art monumental de l’époque. Ce sont, de part et d’autre, les mêmes sources d'inspiration; bien plus, les ivoiriers, on l'a vu, empruntent même directement des
1. De Mély, Le camée byzantin de Nicéphore Botoniate (Mon. Piot, VI, 1900. 2. Kondakof, Afhos, 295 et suiv., et pl. 30.
Manuel d'Art byzantin. T. IL. 43
modèles aux mosaïques et aux miniatures, et les sujets qu'ils traitent rappellent fréquemment ceux qui décorent les sanctuaires. C'est aussi, de part et d'autre, le même caractère artistique, le même mélange des influences classique et orientale, le même goût pour les
Fig. 335. — Patène dite de Pulchérie, au monastère de Xéropotamou (d'après Kondakof, Athos).
sujets mythologiques et profanes, le même souci de l'observation de la nature, les mêmes qualités enfin et les mêmes défauts. Ce ne sont point là des constatations indifférentes, et ce développement parallèle des deux arts n’est point un pur effet du hasard. Il prouve — et c'est ce qu'il faut retenir — la merveilleuse activité de la renaissance macédonienne, et la marque commune qu'elle
imprima, durant le second âge d’or, à toutes les manifestations de l'art byzantin.