L'ÉMAILLERIE
Grande place de l'émail dans l'art byzantin. — Mais le procédé du repoussé parut en général trop simple aux orfèvres byzantins : et aussi bien cédaient-ils à la tendance générale de remplacer le relief par la polychromie. Ils réalisèrent ce parti, soit en continuant à employer, comme au vi et au vu siècle, la verroterie cloisonnée, dont on trouve des exemples jusqu’au x° siècle, soit surtout au moyen de l'émail cloisonné, probablement emprunté à la Perse, et dont l'usage commença à se répandre à l’époque iconoclaste, si ouverte aux influences orientales. En tout cas, à partir de la période macédonienne, les émaux prirent une place essentielle dans le luxe et dans l'art byzantins. Dès le règne de Basile I, les textes mentionnent des images émaillées du Sauveur, soit dans l’église du prophète Élie, soit sur l’architrave en or massif de la Nouvelle- Église. Désormais les £oya yemmeuré, comme dit Constantin Porphyrogénète, c’est-à-dire les médaillons et les plaques d'émail aux harmonieuses couleurs, que produisaient par milliers les ateliers de Constantinople, se rencontrent partout. Non seulement ils servirent à décorer, sertis d’or et mêlés aux pierres précieuses, les pièces les plus somptueuses de l’orfèvrerie ecclésiastique. calices, patènes, autels, croix et reliquaires, et à mettre à l’entour des icones saintes un riche et chatoyant encadrement. Ils ne furent pas moins employés dans les usages de la vie civile. Dans la décoration du Palais Sacré, parmi les merveilles d'art qu’on exposait aux jours des cérémonies solennelles, les émaux étincelaient sur les amples manteaux brodés d’or, sur les couronnes votives aux formes compliquées, sur les plats et les coupes d'argent et d’or, sur les vases et les lampadaires de métal précieux, sur les coffrets délicatement ouvragés, sur les reliures de prix des manuscrits. Ils servaient également à rehausser la splendeur des costumes d’apparat ; sur les vêtements et les chaussures, sur les armes et les selles de parade, on fixait volontiers des plaques d'émail. Avec les étoffes de pourpre historiée fabriquées dans les manufactures impériales, ils formaient
1. Linas, Émaillerie, métallurgie, toreutique : les expositions rétrospectives de 1889, Paris, 1889 ; Schulz, Der byzant. Zellenschmelz, Francfort, 1890 ; Kordakof, Histoire et monuments des émaur byzantins, Francfort, 1892; Bock, Der byzant. Zellenschmel: der Sammlung Swenigorodskotï, Aix, 1896 ; Rosenberg, Zellenschmelz, Francfort, 1920.