Millet, Recherches, 604 sq
xun® siècle ne sont point des êtres mythiques. Les mosaïques de la tribune du baptistère de Florence (1225), les peintures du baptistère de Parme (deuxième moitié xin° siècle) sont des œuvres absolument byzantines !. Et plus tard Duccio, dans la Maestà du dôme de Sienne, résumera avec une incomparable perfection les enseignements de l'école grecque ; Cimabué, dans l'église haute d'Assise, ne fera que suivre l'inspiration des maîtres byzantins, et Giotto, malgré son originalité créatrice, ne sera, par certains côtés, qu'un Byzantin de génie.
La France. — Ce n'est point en Italie seulement que Byzance a exercé une profonde influence. On a vu précédemment ce que la Renaissance carolingienne dut à l'Orient, soit pour le plan de certains édifices, soit pour l'ornementation des manuscrits, soit pour la décoration des ivoires ?. L'époque qui suivit lui dut peut-être encore davantage : le problème des origines de l’art roman n’est qu’un des aspects de la « question byzantine ÿ ». .
Les origines de l’art roman. — Il y a longtemps que les savants ont remarqué les ressemblances frappantes qu'offrent de nombreux édifices orientaux avec les constructions françaises du xu° siècle. L'emploi de la voûte substituée à la couverture en charpente des basiliques occidentales, le remplacement de l’atrium par une façade à porche flanqué de deux tours, l'usage des piliers cantonnés de demi-colonnes engagées, l'établissement d'une travée sur plan rectangulaire en avant de l’abside, le plan à deux absides opposées, la disposition des fenêtres à arcades par groupes de deux ou trois ouvertures accolées : ce sont autant de traits caractéristiques des monuments de Syrie centrale, d'Arménie et d'Anatolie, que l’on retrouve dans les édifices romans. Est-ce là, comme certains l'ont pensé, une simple rencontre, « résultant de plusieurs causes autres qu'une imitation », et née de l'obligation de répondre aux mêmes programmes, ce qui amena naturellement à des déductions et à des formes identiques ? Les architectes d'Occident ont-ils au con-
1. Cf. Soulier, Les influences orientales dans la peinture toscane, Paris, 1924, p. 118-152.
2, Cf. p. 389-390.
3. Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, Paris, 1854-1869 ; Vogüé, Architeclure civile et religieuse de la Syrie centrale ; Courajod, Origines de l'art roman el gothique ; Choisy, Histoire de l'architecture, t. IL; Enlart, Manuel d'archéologie française, 2e éd., t. I, Paris, 1919 ; Strzygowski, Kleinasien ; A. Michel, Histoire de l’art, t. I, 2° partie, Paris, 1905. Lasteyrie, L'architecture religieuse en France à l'époque romane, Paris, 1912; Mâle, L’arl religieux du XII° siècle en France, Paris, 1922.