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LES ORIGINES DE L'ART ROMAN

traire connu et mis à profit les exemples de leurs prédécesseurs orientaux ? Et, dans ce second cas, de quelle façon, à quelle époque, s'est produite la transmission de ces modèles ? Est-ce, comme

Fig. 355. — Église de Saint-Front à Périgueux.

le supposait Viollet-le-Duc, au lendemain de la première croisade ? ou bien, comme le pense Vogüé, les relations de commerce et de pèlerinage qui entraînaient les Occidentaux vers la Syrie et les Orientaux vers les ports et les foires d'Occident, ontelles, dès le ix° siècle, produit ces importations artistiques ? ou bien encore, comme le veut Strzygowski, n'y a-t-il là que la continuité

d’une tradition bien plus ancienne, et, dès lerv° siècle, par Ravenne, Milan et Marseille, la Gaule aurait-elle reçu les types, surtout syriens ou anatoliens, qui serviront de modèles à l'art roman ? Ce sont là des hypothèses diverses entre lesquelles il est délicat, à l'heure actuelle, de choisir. Mais, quelle que soit la date où elle agit et la manière dont elle se fit sentir, l'influence de Byzance et de l'Orient semble difficile à contester sur certaines écoles d’architecture et sur l’ensemble de la décoration romane.

Les églises à coupole du Périgord !. —I1 ya, dans le sud-ouest de la France, toute une région où de nombreuses églises sont couvertes de coupoles sur pendentifs : c’est le domaine de l’école dite périgourdine. C’est versl’extrême fin du xr° siècle ou le commencementdu xu® que ce type de construction apparut : les plus anciens édifices de ce style semblent être la cathédrale de Cahors (1119) et l’église abbatiale de Souillac (1° quart du xu° siècle), et un peu plus tard, Saint-Étienne de Périgueux (2° quart du xn° siècle), Saint-Jean de Cole, Saint-Avit Sénieur (1° moitié du xu° siècle) ; les plus beaux sont la cathédrale d'Angoulême (entre 1120 et 1150) et surtout Saint-Front de Périgueux, rebâti après l'incendie de 1120 (entre 1120 et 1173), et qui n’est donc point, comme on l’a cru Jadis, le modèle commun d'où dérivent les autres édifices. L'école périgourdine a poussé en outre des pointes assez loin de son centre, en Limousin (Solignac, consacré en 1143), en Anjou (Fontevrault), en Gascogne et jusqu’en Espagne ?.

Les édifices de cette école semblent bien s'inspirer de modèles orientaux. Le plus célèbre, Saint-Front de Périgueux (fig. 355), avec son plan en croix grecque et ses cinq coupoles, n'est, selon le mot de Choisy, « autre chose que Saint-Marc traduit en pierre », c’est-àdire, comme Saint-Marc, une copie de l'église des Saints-Apôtres bâtie à Constantinople par Justinien. Comment ces modèles parvinrent(-ils en Occident ? indirectement, par l'intermédiaire de l'Italie du nord-est, ou bien « par l’imitation directe des programmes byzan-

1. Outre les ouvrages cilés plus haut, cf. K. de Verneilh, L'architecture byzantine en France, Paris, 1851 ; Ph. Spiers, Saint-Front (Bull. monumental, 1897) ; Brutails, L'archéologie du moyen âge et ses méthodes, Paris, 1900; Bertaux, L’Arl dans l'Italie méridionale, 395 suiv. Cf. Witting, Westfranzôsische Kuppelkirchen, Strasbourg, 1904; Strzygowski, Ursprung, p. 76-78 ; Roux, La basilique Saint-Front de Périgueux, Périgueux, 1920, et Rey, La cathédrale de Cahors et les origines de l'architecture à coupoles d'Aquitaine, Paris,1925. 4

2. Puig y Cadafalch, L’arquileclura romanica à Catalunya, Barcelone, 1911, t. IT, 103 (Cardona).

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