LES ÉGLISES À COUPOLE DU PÉRIGORD
tins par des artistes français qui avaient vu l'Orient»? La seconde hypothèse semble assez vraisemblable, quand on observe l'analogie de ces édifices avec certaines églises de Chypre, également bâties en pierre, Peristerona près de Nicosie ou Saint-Barnabé, et qu'on se souvient que cette île était une des escales ordinaires sur la route des pèlerinages et du commerce d'Orient. En d'autres cas, au contraire, il semble qu'on constate avec certitude la transmission des modèles orientaux par le rivage italien de l’Adriatique, la Ligurie et la Provence, jusqu'en Espagne. Quoi qu'il en soit de ce point, il semble en tout cas bien impossible d’attribuer Saint-Front et les autres églises à coupole à une école locale et « autochtone », quelques différences de technique que l’on puisse constater entre elles et les monuments orientaux. Il y a quelque témérité à déclarer « incontestablement acquis que Saint-Front n’est pas une production de l’école byzantine ! », surtout quand on est bien obligé d'accorder à l'évidence que « Saint-Front est fait à limitation d'un modèle byzantin dont il reproduit le plan ? ». Il demeure assurément quelque chose d’obscur dans le fait que ces coupoles romanes se trouvent si éloignées des ports qui étaient en relations constantes avec l'Orient : mais les emprunts semblent si caractéristiques, qu’il faut accepter le fait sans en pouvoir fournir une explication certaine.
L'école germanique. — Une autre école d'architecture romane, l'école germanique, doit également beaucoup aux modèles byzantins. Sur les bords du Rhin, dans la région dont Cologne est le centre, on rencontre fréquemment des églises à deux absides opposées, cantonnées de tours rondes ou carrées, disposition d'origine byzantine, que l’on observe dès le 1x° siècle dans le plan de Saint-Gall. Le plan tréflé, dont Germigny-les-Prés avait offert au ix° siècle un premier exemple, se développe avec une ampleur nouvelle, et la coupole se rencontre, tantôt sur trompes d’angles (Saint- Martin-le-Grand, Saints-Apôtres à Cologne), tantôt sur pendentifs (Sainte-Marie du Capitole à Cologne, xi° siècle). La construction à plan central enfin, illustrée par la rotonde d’Aix-la-Chapelle au ix° siècle, trouve une semblable fortune. Beaucoup d’autres traits caractéristiques attestent de même le contact incessant de cette école avec la civilisation byzantine : et certains de ses édifices,