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LES PORTES DE BRONZE ITALIENNES

Pise et pour le grand portail de Monreale (1186). Il est intéressant de voir dans quelle mesure se distinguent des œuvres byzantines ces productions d'un art vraimentitalien, qui s'applique à être original. q

Quoiqu'il n'ait pris pour modèle aucun ouvrage byzantin de bronze, Barisanus de Trani n'est point encore pleinement dégagé des influences orientales. Dans le riche décor qui encadre les vingthuil compartiments de la porte de Monreale, s’intercalent entre les rinceaux des médaillons à sujets profanes, d'un style tout byzantin, centaures et sirènes, cavaliers et dragons enlacés ; et de même, dans deux des compartiments, on voit, se faisant face, un archer au costume oriental et un homme brandissant une massue. Parmi les figurines de saints qui occupent les autres compartiments, plusieurs sont des saints grecs; et enfin les deux scènes évangéliques qui sont représentées, la Déposition de croix et la Descente du Christ aux limbes, ont conservé, avec la légende en caractères grecs, tous les détails de l'iconographie orientale. On voit clairement, en comparant la porte de Monreale à celles de Trani (fig. 358) et de Ravello, que Barisanus a exécutéses figures au moyen d’un certain nombre de moules,

dont ila plusieurs fois répété les épreuves, et qui ne sont autre chose

que des copies ou des surmoulages de plaquettes d'ivoire ou d’orfèvrerie byzantines. Si le fondeur a représenté deux épisodes évangéliques seulement, c'est qu'il avait sans doute en main un diptyque représentant ces deux scènes, et de même il a pris sur des coffrets d'ivoire les sujets profanes qu'il a traités. Son œuvre donc est savante et riche, et il y a même une singulière beauté dans les mufles de lion, au relief puissant, qui remplissent deux des compartiments : mais, malgré la nouveauté de la technique, cette œuvre procède encore de Byzance, et le fondeur apulien n’a fait que recueillir l'héritage de l’art industriel de Constantinople.

Les portes de Bonannus de Pise sont tout autres. Dans les bordures, plus de rinceaux et de fleurons orientaux, mais des volutes d'acanthe d’une exécution assez pauvre ; dans les quarante-deux compartiments où sont disposés, sur un des battants de Monreale, des scènes bibliques, depuis la création de l'homme jusqu’à l’histoire de Gédéon, sur l’autre, des épisodes évangéliques, depuis l'Annonciation jusqu'à la mort de la Vierge, les figurines sont loin d'avoir la noblesse d’allures et la finesse d'exécution des figurines de Barisanus. Sans doute, dans la composition, il y a parfois des réminiscences de l’iconographie byzantine : mais la facture est rude,

le relief rond et gros, les types vulgaires. Comme la porte de la

Fig. 358. — Portes de bronze de Trani.

cathédrale de Bénévent, qui remonte à la fin du xn° siècle, et dont elle doit être rapprochée, la porte de Monreale ne procède point de l'inspiration d'où sortit l'œuvre de Barisanus. On ne peut dire quels

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