L' HYPOTHÈSE SYRIENNE
donnent aux productions du xiv® siècle un aspect tout différent des œuvres plus anciennes, et-on ne saurait oublier qu'un artiste de . talent, même s'il copie un ancien modèle, le transforme inévitablement au goût de son temps et qu'en traitant les thèmes éternels de l'iconographie chrétienne, forcément, par le style, il arrive à les renouveler. Maisil y a plus. Si imparfaitement que nous connaissions encore l’art byzantin du xiv® siècle, pourtant nous entrevoyons que ce fut une époque singulièrement féconde. « La restauration de l'empire par les Paléologues, l'expansion de la puissance serbe sous Miloutine et Douchan, en même temps les progrès de la science et de l'humanisme, l’activité de l'Église suscitèrent un art plus libre et plus pittoresque qu'autrefois, une iconographie plus complexe !. » A côté des thèmes anciens, des motifs hellénistiques en particulier qui reviennent en faveur, il y a toute une série de compositions qui se rencontrent pour la première fois dans les fresques et les icones de ce temps, création originale d’une iconographie très riche, où se mêlent bien des éléments divers. Ce n’est point à des proto- Lypes hypothétiques, mais au milieu où ces œuvres sont nées, au courant d'idées que répandent les théologiens de l’époque, que les monuments du xrv° siècle doivent une bonne part des traits nouveaux qui les distinguent. Qu'on y trouve par ailleurs des motifs familiers aux monuments syriens, cela est possible, mais cela n'importe guère. Personne ne conteste plus aujourd'hui que l'art byzantin ait été de bonne heure profondément pénétré d'éléments orientaux. Mais il n'est point nécessaire que ces motifs syriens, qui se retrouvent en Serbie ou en Grèce au xiv® ou au xv° siècle, soient venus directement de Syrie : ils y ont pu pénétrer par un intermédaire, et cet intermédiaire est Byzance.
L'historien aura toujours, en effet, quelque peine à comprendre que les artistes du xiv° siècle aient cherché leurs modèles « dans de petites localités, dans d’obscurs monastères, en Grèce et surtout en Orient ? », et que la capitale byzantine, dont le moyen âge tout entier a admiré la richesse et la splendeur, que la grande cité où l'Orient comme l'Occident allaient chercher les ouvrages d'art que produisaient ses industries de luxe, que la ville qui fournissait des artistes aux princes russes de Kief comme aux tsars de Serbie, aux doges de Venise comme aux rois normands de Sicile ou aux abbés