‹ Manuel d'art byzantinChapitre 164 sur 309 · Millet, Recherches · texte numérisé non relu

Millet, Recherches

du Mont-Cassin, ait brusquement perdu au x1v° siècle toute influence sur le développement de l’art, et laissé ce rôle à des couvents obscurs, — dont nous ignorons tout — gardiens prétendus d'une tradition séculaire. Que; dans l'iconographie et dans l’art du xiv® siècle, la tradition orientale, palestinienne ou syrienne, ait marqué souvent sa trace, nul ne le conteste : mais depuis longtemps, cette tradition était entrée dans l’art byzantin : de telle manière que, malgré tout, c'est Constantinople, au xiv° siècle comme aux siècles précédents, qui apparaît toujours comme la grande initiatrice.

On a cherché d’autres explications de la renaissance de la peinture byzantine au xiv° siècle, M. Th. Schmidt ! a pensé que ce que l’on appelle ainsi — et qui ne lui semble « ni meilleur, ni pire que le reste de l’art byzantin », — doit son apparente nouveauté au mélange de deux traditions, de deux techniques, à la combinaison de la perspective inverse, qui est d'origine orientale, et de la perspective directe, qui est d’origine hellénistique. Il n'y aurait donc eu au xiv° siècle nulle floraison nouvelle de l'art, mais simple confusion de deux genres, et « les mosaïstes de Kahrié-djami ne seraient pas autre chose que de mauvais disciples des grands peintres du ix°-x° siècle, en même temps que des continuateurs infidèles de la ‘tradition ecclésiastique orientale. » L'hypothèse peut sembler ingénieuse; elle apparaîtra surtout plus affirmée que démontrée. Qu'il y ait eu dans l’art byzantin deux courants très différents, l’ecclésiastique et le profane, tout le monde l'accorde : on voit moins bien, dans les monuments qui nous sont parvenus, comment les artistes de l’époque des Paléologues mélangèrent inconsciemment ces éléments hétérogènes, et la combinaison de deux procédés techniques, si exactement observée qu'elle soit, ne semble pas suffisante pour expliquer le style, dont M. Schmidt remarque justement qu'il a, en histoire de l’art, autant d'importance au moins que l'iconographie.

M. Bréhier, qui a critiqué avec raison la théorie de Schmidt ?, constate également dans l’art byzantin l'existence de deux courants distincts. A l’art officiel et aristocratique, plus froid, plus abstrait,

1. Th. Schmidt, La « renaissance » de la peinture au XIV: siècle (RA. 1919, 11, 127-149),

De Bréhier, Une nouvelle théorie de l'histoire de l’art byzantin (Journ. des Savants, Janv. et mars 1914). Cf. L'art byzantin, 15-18, 23-24, 159-160, qui . corrige un peu ce que l’article cité a de trop absolu,

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