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SAINT-LUC EN PHOCIDE

aux cheveux roux coupés court, dont l'expression respire une singulière énergie; voici, aux quatre niches creusées au rentrant des maîtres piliers, les grands évêques de l’Église orientale, Basile et Jean Chrysostome, Grégoire de Nazianze et Nicolas, figures rayonnantes de personnalité et de vie intense. Ailleurs, c'est un saint

Fig. 243. — L'Anastasis. Mosaïque de Saint-Luc (Coll. Hautes Études, B. 956).

imberbe, d'une fière et juvénile beauté, d’une grâce encore tout antique (fig. 193). Mais c'est surtout dans quelques saints de date

plus moderne, presque contemporains de l'artiste qui exécuta ces

mosaïques, que se manifeste l'effort pour retrouver le détail pittoresque et réel, pourtracer une image individuelle et caractéristique. Les figures de saint Nikon le pénitent, qui vivait à Sparte vers la fin

du x* siècle, et de saint Luc le Gournikiote (fig. 194), sont de véritables

portraits que l'artiste a traités avec un souci évident de l’observation naturaliste ; il en est de même de labelle mosaïque qui représente le patron du monastère, la tête encapuchonnée d'une cagoule

bleue à bande d’or, appelant d’un geste de prière la bénédiction divine sur son œuvre.

Parmi ces saints, un groupe occupe une place d'honneur : ce sont les saints guerriers (fig. 253) qui, avec les archanges, montent une garde d'honneur à la courbe des grands arcs. Mais, outre les saints, de plus grands personnages, le Christ, la Vierge, les archanges, occupent la voûte des bras latéraux de la croix; et de même, dans le narthex, aux bustes de saints et de saintes décorant la courbe des voûtes et le tympan des arcades se joignent Îles calmes figures des douze apôtres debout, et parmi eux, au tympan de la porte royale, apparaît, comme à Sainte-Sophie, le buste colossal du Christ dans sa hautaine et sévère majesté, s’offrant aux hommages des fidèles, auxquels il apporte « la lumière de vie ».

Les compositions sont peu nombreuses dans cette décoration, et l'exécution en est souvent assez maladroite et rude. Aux trompes * d'angle sont placées les quatre premières des grandes fêtes, Annonciation (aujourd'hui détruite), Nativité, Présentation, Baptême. Le cycle s'achève’ dans le narthex par la Crucifixion et l'Anastasis (fig. 243), qu'accompagnent, dans les niches des murs latéraux, le Lavement des pieds et l'Incrédulité de Thomas.

Telest cet ensemble, de valeur assez inégale. Les gestes y sont souvent gauches, ou inutilement maniérés ; les attitudes raides et compassées manquent parfois de naturel et de vie ; les groupes qui forment la composition restent un peu compacts et denses ; les types sont en général d’une extrême uniformité. Malgré ces imperfections, un grand souffle d’art traverse parfois ces images : on y trouveun modelé juste et fin, de belles draperies, de nobles attitudes, un souci réel de la ligne décorative, de l’harmonieuse répartition des masses, des morceaux d'un faire large et vigoureux. Le coloris surtout y est admirable, éclatant et lumineux, atténuant les faiblesses, masquant les incorrections, harmonisant toutes choses dans sa chaude lumière d’or. Proches parentes des miniatures qui illustrent le fameux Ménologe de Basile Il, les mosaïques de Saint-Luc caractérisent assez bien cet art du début du xr° siècle, qui déjà commeace à se fixer, sans abdiquer pourtant toute recherche d'originalité, et elles en montrent fortement les qualités éminentes, par lesquelles la décoration de cette petite église provinciale n’est point indigne d'être comparée à une œuvre exécutee à Constantinople, et pour un empereur.

Sainte-Sophie de Kief'. — La conversion de Vladimir, grandprince de Kief, en l’année 989, avait fait'entrer la Russie dans l'orbite de la civilisation byzantine. Ce furent des architectes grecs qui bâtirent les premières églises de la capitale russe, des peintres grecs qui les décorèrent, des prêtres grecs qui y célébrèrent la liturgie orthodoxe, des maîtres grecs qui instruisirent les enfants dans la nouvelle religion. Ce fut Byzance qui, en lui apportant l'idée de l'État, les règles de la législation, la prospérité commerciale, la littérature et l'art, fit vraiment de la Russie du x siècle un état européen. Le fils de Vladimir, Jaroslav(1015-1054),acheva l'œuvre paternelle. Grand bâtisseur, il voulut que sa capitale de Kief devint la rivale de Constantinople. Il voulut que, comme Byzance, elle eût sa Porte d'or et sa Sainte-Sophie; il la peupla de monastères et d'églises, qu'il para de loutes les splendeurs de l’art byzantin ; et Kief, la ville sainte, la ville aux quatre cents églises, la ville prodigieusement riche aussi, mérita que l'admiration des contemporains la proclamât « l'émule de Constantinople et le plus bel ornement du monde grec » (aemula sceptri Conslantinopolitant et clarissimum decus Graeciae). Aujourd'hui encore, plusieurs de ses monuments évoquent le souvenir de ces splendeurs passées : Saint-Cyrille, Saint-Michel aux têtes d'or, Sainte-Sophie surtout, fondée en 1037 par Jaroslav sur le champ de bataille où, l’année précédente, il avait vaincu les Petchenègues, et qui est, par sa riche décoration de mosaïques et de fresques, retrouvées en 1843 sous le badigeon, une des merveilles de l’art byzantin.

Pourtant, malgré son nom, Sainte-Sophie de Kief ne rappelle que de loin l'église de Justinien. De dimensions plus petites (ellene mesure que 36 mètres sur 53), de proportions moins élevées (elle a 40 mètres de hauteur seulement), elle ne produit point la puissante impression d'ensemble que donne la Grande Église. Le plan d’ailleurs en est assez différent ; huit nefs secondaires se développent parallèlement à la nef principale, terminées par autant de chapelles accrochées aux flancs de l'édifice ; une multitude de piliers encombrent le monument et en obscurcissent les dispositions. Mais

1. La cathédrale de Sainte-Sophie de Kief, publiée par la Société impériale russe d'archéologie, Pétersbourg, 1871-1887 ; Aïnalof et Rjedin, La cathédrale de Sainte-Sophie de Kief, Pétersbourg, 1889 (russe) ; Kondakof et Tolstoï, Anliquités russes, t. IV, Pétersbourg, 1891 (russe) ; Schmidt, La basilique de Sainte-Sophie de Kief, Moscou, 1914, où les mosaïques sont, comme celles de Saint-Luc, attribuées au xu° siècle.

Manuel d'Art byzantin. T. II. 33

la décoration, en revanche, est purement byzantine: tout y estgrec, les sujets représentés, les inscriptions qui lesaccompagnent, le {ype des figures comme le style des compositions. Sur « le mur indestructible », qui subsiste tel que le bâtit Jaroslav, les mosaïques, malgré les restaurations, constituent une œuvre admirable de l'art

du xr° siècle.

Fig. 241. — Communion des Apôtres. Mosaïque de Sainte-Sophie de Kief (d’après Kondakof, Rousskiia Drevnosti).

Ici encore, l'ordonnance générale est conforme, dans ses grandes lignes, à celle que nous avons fait connaître; ledispositif de la Nouvelle-Eglise s'y combine avec celuides Saints-Apôtres. Ala coupole dans un cercle qui s'irise des couleurs de l’arc-en-ciel, le Poutine apparait (fig. 231), escorté de quatre archanges qui occupent une PREMIÈRE zone, tandis que, dans une seconde zone, les douze apôtres De. ee du Sauveur, s’alignent autour du maître des ux pendentifs prennent place les quatre évangéli à courbe des quatre grands Me qui y È me . ee de dix médaillons représentent les « Q MR ee Ë uarante martyrs ».

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