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À l’abside, se dresse, dans l'attitude de l’orante, une Madone colossale de près de cinq mètres de hauteur, image de l'Église chrétienne, dont une inscription proclame l'éternité : « Dieu, dit ee texte, est au milieu d'elle, et elle ne sera pas ébranlée. » Au-dessus de la Vierge, est représenté le thème de la Déisis : au-dessous, dans l’hé-
Fig. 245. — Communion des Apôtres. Mosaïque de Sainte-Sophie de Kief (d’après Kondakof, Rousskiia Drevnosti).
micycle de l’abside, se déroule la belle composition de la Communion des Apôtres (fig. 244 et 245). Aux côtés de la sainte table, que couvre un haut ciborium, le Christ figuré deux fois, escorté de deux anges, donne le pain et le vin à deux chœurs symétriques de six apôtres qui s’approchent de lui processionnellement. A leur suite, complétant la signification eucharistique de la composition, s’avancent les grands prêtres, Aaron et Melchisédech, prédécesseurs et figures du Christ, et au-dessous sont rangés des évêques et des diacres, représentants et successeurs des apôtres (fig. 240). Dans l'église, avec la foule des saints, répartis au gré des néces-
sités décoratives, le cycle évangélique se déroule dans les deux branches nord et sud de la croix. Il représente surtout les épisodes de la Passion. Isolée de cette série de compositions et sans lien saisissable avec elles, l'Annonciation occupe les deux piliers de l'arc triomphal, près de l'entrée du sanctuaire, l'ange au pilier de .
gauche, la Madone à celui de droite (fig. 246). C’est une disposilion qu’on retrouve dès le xr° :
siècle au catholicon de Vatopédi.
et qui fera fortune dans les églises du xv° ét du xvi° siècle.
Par le style, les mosaïques de Sainte-Sophie de Kief prennent.
place entre Saint-Luc et Daphni.
On y voit, dans les figures, s’accentuer les traits de ce type nouveau que le xr° siècle met à la mode; on y reconnaît, dans les draperies, les procédés de cet art plus varié, plus souple, plus pittoresque, que Daphni portera à leur point de perfection, mais qui sont ici réalisés avec une exécution plus simple encore et plus raide. Le coloris, généralement clair, se relève déjà pourtant d'ombres plus profondes qu’à Saint-Luc, et mêle aux draperies
blanches quelques notes plus vigoureuses, en faisant, par Fig. 246. — La Vierge. Mosaïque de exemple dans l'Eucharistie, les
Sainte-Sophie de Kief. tuniques plus foncées que les manteaux. Les chairs, comme à Saint-Luc, sont encore modelées en brun. Dans l’évolution qui s'accomplit dans l’art byzantin entre le x° et le xr° siècle, Sainte- Sophie de Kief marque donc une étape intéressante : le style nouveau, qui apparaît encore faiblement à Saint-Luc, s'y annonce
mieux par quelques traits déjà caractéristiques.
La décoration de Sainte-Sophie se complète par de nombreuses fresques qui couvrent les parois et les voûtes du complexe édifice, et qui datent également du xr siècle. Les unes se trouvent dans les chapelles latérales, où elles racontent la vie des personnages, saint Georges, saint Pierre, saint Michel, à qui ces chapelles sont consacrées. Ailleurs ce sont des scènes de l'Ancien Testament, et, dans l'église, à côté de la série des saints, les épisodes de la vie du Christ. Certains traits rappellent encore les décorations du vr' siècle : ainsi, aux voûtes d’arête, l'étoile à huit branches entre quatre médaillons d’archanges ou de chérubins ; d’autres, au contraire, sont caractéristiques du xi° siècle, comme le cycle de la Vierge qui figure au diaconicon.
De bonne heure, on le sait, la Vierge avait tenu une grande place dans les préoccupations religieuses des Byzantins ; dès le vi® et le vu® siècle, les églises et les fêtes se multipliaient en son honneur : elle était la patronne et la protectrice attitrée de la monarchie. Pourtant, c'est à partir de l'époque des iconoclastes surtout qu'elle devint l’objet d'une vénération universelle, tendre et profonde. On vit alors toute une littérature éclore en son honneur, homélies, chants liturgiques, elc., et une vogue extraordinaire s'attacher aux récits apocryphes qui racontaient sa vie. Naturellement le cycle de la Madone pénétra dans l'art aussi : il se développa au xr° siècle, avec une ampleur toujours croissante, dans les manuscrits comme aux murs des églises. C’est à Sainte-Sophie de Kief qu'il apparaît pour la première fois, largement traité en un grand nombre d'épisodes, dont la matière fut fournie par l’évangile de la Nativité. Plusieurs, comme la Présentation au temple (fig. 247) ou les Fiançailles, sont d’une extrême élégance.
Une autre série de fresques enfin, fort curieuses, nous laisse entrevoir tout un côté évanoui de l’art byzantin, cette peinture profane dont les textes conservent la mémoire, mais dont les monuments ont à peu près tous disparu. Dans l'escalier des tours qui mènent aux galeries supérieures de Sainte-Sophie, des scènes variées, qui ne comprennent pas moins de 130 figures, représentent, avec un réalisme et un pittoresque extrêmes, la vie de cour byzantine, son cérémonial, ses plaisirs et ses fêtes. On y. voit l'empereur assis dans sa loge à l’hippodrome, et l'impératrice assistant aux jeux dans la galerie qui lui est réservée ; on y voit les courses du cirque, les cochers prêts à se lancer dans l'arène, et les chasses, où les fauves sont poursuivis par des hommes à pied et à cheval ; ailleurs ce sont
d'autres épisodes, où les histrions de l'hippodrome dansent, jouent de la musique, font des tours d'acrobates et de bateleurs. Une de ces représentations est particulièrement curieuse : c’est celle du jeu gothique qui, tous les ans, aux grandes fêtes de Noël, était dansé au palais impérial par des figurants vêtus de peaux de bêtes, masqués, portant des verges et des boucliers, avec un accompagnement de chants barbares et singuliers. Ces fêtes d'allure toute païenne duraient douze jours entiers, et l’on sait que les souverains et ambassadeurs étrangers qui venaient à Byzance étaient fort charmés de ces étranges divertissements. Il n'est donc point étonnant que le prince [aroslav en ait voulu conserver le souvenir,
Aa aa a ra va A RG - Ô AAA RQ (UE LUTTE et ce caprice nous a valu
une des plus curieuses décorations de l’art byzantin.
Nea Mont de Chios 1. —
Fig. 247, — Présentation de la Vierge. Les mosaïques de la Nea
Fresque de Sainte-Sophie de Kief : 1 ML: .
(d’après Kondakof, Rousskiia Drev- Moni à Chios, de JR
nosti). milieu du x1° siècle, constituent un troisième ensemble,
malheureusement assez endommagé à la suite du tremblement de terre de 1881, intéressant pourtant, si l'on considère que cette église fut construite et décorée par ordre d'un empereur, et probablement par des artistes venus de Constantinople. L'ordonnance, conforme au type accoutumé, combine assez heureusement les dispositions que l’on rencontre à la Nouvelle-Église, à Sainte- Sophie, à Saint-Luc et à Daphni. Au centre de la coupole, aujourd'hui détruite, était figuré le Pantocrator ; autour de lui, douze anges étaient debout, en costume d'apparat. A la base de la coupole, dans des médaillons, les apôtres en buste sont représentés ; dans les huit petits pendentifs, sont assis les quatre évangélistes (deux d’entre eux sont complètement détruits), auxquels s’'adjoignent, comme à Sainte-Sophie, quatre figures de chérubins et de séraphins. A l'abside, la Vierge orante est debout, flanquée,
1. Strzygowski, Nea Moni auf Chios (BZ., V 1896) ; Th. Schmidt, ‘H Né Ù Xov (I. L. R., t. XVII) M
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