‹ Manuel d'art byzantinChapitre 189 sur 309 · Millet, Art byz., IL · texte numérisé non relu

Millet, Art byz., IL

motifs aussi proviennent de l'Orient chrétien ou arabe. C'est le cas à Krouchevats (fig. 370), à Lioubostinja, à Roudenitsa, à Kalenitch, où les fenêtres et les portes s'encadrent de rubans sinueux finement ciselés, décorés d'animaux fantastiques, d’entrelacs et de feuilles grasses, où d’élégantes rosaces sculptées se détachent sur le damier rouge et blanc des tympans, où le décor, d'une richesse merveilleuse, se rehausse de l'éclat de la couleur !. Cet admirable vêtement ornemental qui couvre les charmantes églises du tsar Lazare et de son fils Étienne doit beaucoup plus à l'Orient qu’à l'Occident et on y reconnaît sans peine l'influence de l'Islam. Toutefois, là même où le décor sculpté semble dominer, il n'exclut point les traditions de la polychromie byzantine. Des mosaïques décoraient à Trébizonde l'extérieur de l'église de la Chrysoképhalos, des peintures la façade de Fig. 389. — Iviron. Chapiteau à têtes de plusieurs autres églises. béliers (Coll. Hautes-Études, C. 154). La décoration intérieure

des édifices. — La polychromie reste de même la règle fondamentale dans la décoration intérieure des églises. Mais ici aussi un trait nouveau apparaît. On ne rencontre plus que rarement, dans les monuments de ce temps, les incrustations de marbre couvrant la partie inférieure des murailles. La Kahrié-djami à Constantinople, ‘église de la Panagia du Brontochion à Mistra, la Chrysoképhalos à Trébizonde conservent seules une décoration en mosaïque de marbre, d’une composition beaucoup moins savante au reste qu'autrefois. Dans l'empire appauvri, la mosaïque pareillement disparaît : Kahrié-djami, Fetijé-djami et l’église d’Arta possèdent

1. Millet, L'ancien art serbe, fig. 191-195, 205-206, 213, 219-234. Manuel d'Art byzantin. T. II. 50

seules, plus ou moins importantes, de somptueuses décorations de cette sorte. À ces ornementations trop coûteuses se substitue la fresque, qui couvre jusqu’au bas les parois des églises et étage jusqu'au haut des voûtes les zones superposées de ses multiples compositions. Sur le sol enfin se déploie, comme jadis, le riche tapis des pavemënts historiés (Sainte-Sophie et Chrysoképhalos à Trébizonde, Métropole et Sainte-Sophie à Mistra).

Fig. 390. — Constantinople. Kahrié-djami. Arcade sculptée (Phot. Sebah et Joaillier).

L'ornement sculplé. — Ainsiles principes fondamentaux dela décoration intérieure n’ont point changé. Toutefois l’ornement sculpté y tient peut-être un peu plus de place qu'autrefois, et les marbriers du xiv° siècle s'inspirent, à ce qu'il semble, d’une double tradition. Les chapiteaux de Kahrié-djami, ceux de la Métropole-ou de la Panagia à Mistra sont de pur style byzantin, conformes au goût classique (fig. 389) ; et la même fermeté large se retrouve dans l'iconostase de la Métropole à Mistra, et surtout dans les belles sculptures, provenant du monument funéraire de Michel Tornikès (1° moitié xiv® siècle), que l'on voit à Kahrié-djami (fig. 390). Rinceaux et palmettes y sont traités avec une élégance un peu sèche, mais dans. un style aisé et magnifique ; et la figure humaine même, quoique

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