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LA PEINTURE BYZANTINE DU XIV® AU XVI® SIÈCLE

suggestions de l'Orient et de l'Italie, l’école crétoise, plus fidèle à l'idéalisme byzantin. » La première de ces deux écoles, qui a eu son apogée au xiv° siècle, est représentée par une suite imposante de monuments. C’est à elle qu’appartiennent, en Macédoine et en Serbie, les fresques innombrables des églises bâties par les {sars Miloutine et Douchan, Nagoritchino, Gratchanitsa, Matejitch, Lesnovo, Stoudenitsa, etc. On y doit rattacher également, en Russie, le mouvement d'art dont Novgorod fut le centre au xiv° siècle, et dont les œuvres principales sont les fresques récemment découvertes à Saint-Théodore Stratilate (1370) et à l'église de la Transfiguration (1378) de Novgorod, à Volotovo (1363) et à Kovalev (1380). Cette même école a, au xiv° et au xv° siècle, décoré la plupart des églises de l’Athos, Vatopédi (1312), Chilandari, l’ancien catholicon de Saint-Paul (1447), Kastamonitou (1443)), bien d'autres monastères, et elle y a travaillé jusqu'au xvi° siècle. Le peintre illustre et mystérieux qui décora en 1540 le Protator de Karyès de fresques remarquables, ce Pansélinos de Thessalonique auquel la tradition athonite attribue volontiers les plus belles peintures de la Sainte- Montagne, apparaît bien comme le dernier représentant de l’école macédonienne, à laquelle il faut également attribuer, au xiv° siècle, les fresques les plus anciennes de la Métropole de Mistra.

Il est incontestable que, par bien des traits, l'école macédonienne procède de Byzance. C’est un maître grec qui a exécuté et signé les peintures de Nagoritchino, et on peut croire que Miloutine l’a trouvé à la cour de son beau-père Andronic II ; c'est un maître grec qui, de même, a signé les peintures de Lesnovo ; la même influence se rencontre à Gradats ; et si l’on considère la langue des inscriptions qui accompagnent les fresques, on peut admettre que des parties de la décoration du Gratchanitsa, de Matejiteh, etc. ont la même origine. Mais l’école macédonienne accueille en outre, et bien davantage, d’autres suggestions. Elle doit à l'Orient de Syrie et de Cappadoce la disposition de sa décoration, l’usage des longues frises se développant sur les parois en suite ininterrompue, au lieu que, dans l’école crétoise, chaque sujet est isolé, encadré par une bande rouge, et semble ainsi un tableau artistique ou une icone pieuse ; et elle doit encore à l'Orient certains thèmes iconographiques, et surtout le caractère réaliste et dramatique de ses compositions. L'influence de l'Italie d'autre part, pénétrant dans les Balkans par le littoral dalmate, semble avoir appris à l’école macédonienne la tendresse de certains gestes qui rappellent Sienne, le pathétique de certaines

attitudes dans le T'hréne ou le Cracifiement. Mais M. Millet luimême signale la rareté et la forme discrète de ces imitations et observe que le peintre grec y « conserve les traits essentiels, le type fondamental de ses modèles byzantins ! ».

En face de l'école macédonienne se place l'école crétoise, qui fleurit surtout au xv° et au xvr° siècle. Les auteurs de manuels de la peinture, au xvrn siècle encore, les distinguent nettement l’une de l’autre par la technique comme par le style, et opposent l'un à l’autre, comme des maitres indépendants et rivaux, Pansélinos de

Thessalonique et Théophane de Crète 2, Cette école crétoise nous

est fort bien connue, pour le xvi° siècle, par les fresques de nombreuses églises de l’Athos, Lavra (1535), Stavronikita (1546), Dionysiou (1547), Dochiariou (1568) et de plusieurs églises des Météores (1527, 1552) ou de Kalabaka (1573). Mais ce n'est là que la dernière floraison d'une école beaucoup plus ancienne. On la voit, dès la fin du xiv® siècle, supplanter l'école macédonienne en Serbie et en Russie, comme elle la supplantera à l'Athos dans la première moitié du xvi siècle. Dès ce moment en effet apparaissent en Russie de nouveaux modèles, des interprétations nouvelles, un art plus savant qui rappelle celui des peintres d'icones, et un maître se rencontre, Théophane le Grec, qui travaillait à Novgorod en 1378, à Moscou entre 1395 et 1405, et qui semble « avoir émerveillé ses contemporains par la sureté de son talent et la liberté de son art. » L'influence de Byzance est alors puissante en Russie; et aux leçons des maîtres crétois se forment des peintres d’icones, tels qu André Roublev, l'auteur du tableau fameux du monastère de la Trinité (commencement xv° siècle), et des fresquistes, comme ce maître Denis, qui, plus tard, vers 1500, décora le monastère de Théraponte. Mais il faut chercher plus haut encore les origines de l’école crétoise. C’est à elle qu’on doit attribuer les plus belles des peintures de Mistra, cette décoration de la Peribleptos surtout qui « conserve, dans sa grâce, l'élégance nerveuse d'une œuvre byzantine », et qui sort de la main d'artistes raffinés et de savants faiseurs d'icones,

On a voulu chercher en Italie les origines de l'école crétoise. Kondakof et Likhatchef ont signalé l'influence qu'auraient exercée dans l'Orient grec, et surtout en Russie, les ateliers italo-crétois de

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