‹ Manuel d'art byzantinChapitre 203 sur 309 · Millet, Art byz., IX · texte numérisé non relu

Millet, Art byz., IX

apparaissent tous les traits caractéristiques du style nouveau que l’on observe à Kahrié-djami. Le peintre y est surtout préoccupé de faire œuvre de décorateur. Des architectures fantaisistes dominent la foule mouvante des personnages ; et « l'équilibre de la composition se plie aux nécessités de l'architecture ». Par ailleurs, l’élégance svelte des figures, le mouvement hardi des attitudes, la mâle beauté des visages aux traits accentués et populaires produisent une impression singulièrement forte de réalité et replacent en quelque façon la scène dans la vie. Le coloris enfin est fort remarquable : « il est fait de contrastes ; l'harmonie dominante est celle des complémentaires, rouge et vert ; de beaux tons profonds et riches ressortent, soit en clair sur le ciel sombre, soit en foncé sur des constructions claires. De larges touches de lumière, brusquement posées sur le vert profond de l'ombre, font vivement saillir les plans des visages, et produisent le modelé à la fois enveloppé et fort de la peinture impressionniste ! ». La merveille de cet art décoratif et réaliste est sans doute le Jugement dernier, aux figures si individuelles, si vigoureusement modelées, qu'anime un souffle d'émotion puissante ou douloureuse.

Peribleptos. — Les peintres de la Métropole, qui s'inspirent visiblement — surtout dans les miracles de Galilée — de la tradition d’Antioche et de l’iconographie palestinienne, représentent à Mistra l’école de Macédoine. En face d'eux, dans d'autres églises, à la Peribleptos, à la Pantanassa, apparaissent les ouvrages de l'école crétoise. Et peut-être bien cette école a-t-elle produit ici son chef-d'œuvre.

Les fresques de la Peribleptos ont été quelque peu endommagées par des infiltrations et des dépôts calcaires qui en ont par place altéré l'éclat. On n’y sent pas moins la main d'un grand artiste. On y observe une science remarquable de la composition, une rare entente du sens décoratif, une recherche du pittoresque, du mouvement, de l'expression, un goût remarquable de l'élégance et de la grâce, un art savant et libre tout ensemble. Évidemment ce n’est plus ici la large technique décorative des Macédoniens. Le modelé des visages est traité par des touches menues, par des lignes parallèles, minces et serrées ; on y reconnaît l’art minutieux et raffiné des peintres de chevalet et des faiseurs d'icones. Le coloris n'est pas moins différent. Puissant, vigoureux, moins violent pourtant

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