‹ Manuel d'art byzantinChapitre 214 sur 309 · Millet, loc. cil · texte numérisé non relu

Millet, loc. cil

dans les parties anciennes de Zitcha (les Quarante-Martyrs, scènes de la vie de sainte Théodosie et de saint Sabas), qui datent du commencement du xine siècle. L'école conservatrice a fourni pareillement les modèles qui ont servi à décorer l'église de Gradats (milieu x siècle). Mais déjà, en 1164, à Nérès près de Skoplje, l’évolution

Fig. 411. — Nativité de la Vierge. Fresque de Stoudenitsa (d'après Pokrychkin).

s'annonce el la technique impressionniste apparaît. Durant tout le xive siècle, au temps de Miloutine et de Douchan, l’art serbe a accepté sans réserve le nouveau style pittoresque que Byzance a créé, et qui caractérise l’école macédonienne.

On a signalé chemin faisant tout ce que les fresques de Stoudenitsa, de Nagoritchino, de Gratchanitsa offrent, par la composition, le goût des détails familiers, le sens du mouvement, le coloris, de ressemblances avec les mosaïques de Kahrié et les fresques de Mistra. Les représentations de la légende de la Vierge à Stoudenitsa par exemple (fig. 411, 412) semblent inspirées des mêmes modeles que les compositions de l’église de Chora ou de l’église de la Peri-

bleptos. Chez les Serbes comme chez les Byzantins, c’est le même art plus pittoresque et plus libre, la même iconographie plus complexe et plus riche, qui s'étend sur les détails du récit, qui se complait à raconter les souffrances du Christ ? ou les épisodes de la vie de la Vierge, qui dans l'illustration des textes liturgiques, tels que l’Acathistos, des hymnes, des prières, etc., cherche des thèmes nouveaux inconnus à l’ancien art byzantin. C’est un des traits les plus remarquables en effet de cette Renaissance du xiv° siècle que ce désir incessant d'invention, cette activité créatrice toujours en éveil, qui non seulement modifie les thèmes anciens, mais accueille les plus modernes, qui tour à tour s'inspire des motifs hellénistiques remis en honneur et des commentaires des théologiens contemporains. L'école byzantine de Serbie paraît avoir eu une grande part dans ce mouvement, et peut-être même a-t-elle eu parfois le mérite de l'originalité. Elle a imaginé pour certains thèmes, comme la Divine liturgie, une composition plus savante, qui mêle aux anges les grands docteurs de l'Église (monastère de Marko) ; elle a traité de façon personnelle certains sujets communs à la Serbie et à Mistra ; son iconographie paraît, en un mot, plus complexe et plus avancée. « Les peintres des Crals ont montré peut-être moins de hardiesse dans les procédés, moins de force et de hauteur dans le style, mais le souffle de la Renaissance semble les avoir plus largement pénétrés ?. » Sans doute, dans ces innovations, une part revient à l'influence de l'Italie : Marie sortant de sa sérénité immuable pour embrasser, dans la Nativité, l'enfant divin, pitoyable dans le Thrène,se pâmant dans la Crucifixion; Jésus montant volontairement à l'échelle de la croix (Nagoritchino, monastère de Marko); d’autres scènes encore, comme la Flagellation ou le Coup de lance, tous ces motifs doivent quelque chose à l'inspiration siennoise ou vénitienne. Mais cette imitation reste toujours discrète et prudente. Que l’on compare telle fresque de Nagoritchino à tel panneau du retable de Duccio : le peintre byzantin a bien pu imiter le siennois dans le détail de la facture : « il conserve pourtant les traits essentiels, le type fondamental de ses modèles byzantins » 3.

Un dernier trait est à signaler, où apparaît pareillement la commu-

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