BULGARIE
en Bulgarie, en Roumanie, en Russie. La seconde, vers la fin du xiv® siècle et au xv°, supplante l'école de Macédoine en Russie, comme elle la supplante en Serbie ; comme elle la supplantera au xvi° siècle à l'Athos. Il ÿ a donc là autant de provinces de l'art byzanüin qu'on ne saurait se dispenser d'étudier brièvement.
Bulgarie !. — Les fresques qui décorent les églises de la Bulgarie ont été, pour la plupart, insuffisamment étudiées jusqu'ici. Parmi elles, les mieux connues et les plus remarquables sont celles qui décorent l'église de Batehkovo près de Stanimaka, et celles qui ornent l’église de Boïana, à quelques kilomètres de Sofia. Les premières, qui datent de la seconde moitié du xu° siècle, représentent, dans l’église, la série des grandes fêtes, dans le narthex, des sujets symboliques tels que la Vision d'Ézéchiel et le Jugement dernier. Des figures isolées, dont certaines ont le caractère de véritables icônes (les cadres sont figurés accrochés au mur par des anneaux et des clous) complètent la décoration ?. Par l'iconographie comme par le style, ces peintures se rattachent aux monuments de la fin du xr et du xn° siècle, Daphni, Kief, Venise, Chapelle palatine et à l’école de Constantinople : les inscriptions sont grecques. Quelques additions postérieures (portraits des fondateurs, du tsar Ivan Alexandre, etc.) datent du milieu du xiv° siècle. Les fresques de Boïana sont datées de 1259 et représentent, en trois zones superposées, des scènes de la vie du Christ et des figures de saints, entre lesquelles les saints militaires tiennent une grande place. Par le style, ces peintures, comme celles de Batchkovo, rappellent encore l’art sobre du xu° siècle. Dans le narthex, une composition intéressante, d’un dessin fin et vivant, montre le Christ parmi les docteurs ; le groupe des Juifs qui occupe la droite est particulièrement digne d'attention. Mais ce qu'il faut signaler surtout, ce sont les portraits du fondateur, le sébastocrator Kalojean, et de sa femme Dessislava, et en face d’eux les portraits du tsar Constantin Asen (1258-1277) et de la tsarine Irène, qui était une princesse grecque. Les quatre effigies, somptueusement vêtues, les deux dernières en grand costume impérial, sont fort remarquables par le souci de l'observation et l'accent de réalité qui
1. Filof, L'ancien art bulgare, Berne, 1919 ; À. Grabar, Matériaux pour l’art
du moyen âge en Bulgarie, Sofia, 1921 ; L'église de Boïana, Sofia, 1924.
2, À. Grabar, Une décoration murale byzantine au monastère de Batchkovo en Bulgarie. (Bull. de l'Institut arch. bulgare, t. Il, Sofia, 1924.)
y apparaît, par la beauté de la couleur aussi, qui se rencontre de même dans toute la décoration. Bien que toutes les inscriptions qui
Fig. 414. — Lesnovo. Le despote Oliver (d'après Millet).
accompagnent ces peintures soient en bulgare, les artistes qui ont travaillé à Boïana semblent avoir eu des modèles byzantins, sans doute des miniatures semblables à celles qui illustrent le Ménologe du Vatican ou le Psautier de Basile II. Ainsi, par le style, par l’iconographie, et pareillement par l'ordonnance, les fresques de Boïana gardent un reflet de l’art byzantin du xr° et du xn° siècle.
Il en est de même des peintures du même temps qui décorent les églises de Tirnovo, Saint-Dimitri (1186), l’église des Quarante- Martyrs (1230), ou les chapelles de la Trapézitza. C’est le même style qu'à Boïana et c'est la même influence, et si, comme on l’affirme, les artistes étaient bulgares, ils avaient certainement été élevés à l’école de Constantinople.
D’autres décorations datent du xrv° siècle, celle du monastère de Zemen, où l'on observe, à côté de saints particuliers à la Bulgarie, d’intéressantes images des fondateurs, celle de l'église des saints Pierre et Paul à Tirnovo, malheureusement fort endommagée par le tremblement de terre de 1913. Du Lavement des pieds, de la Mise au tombeau qui étaient, paraît-il, remarquables, il ne reste plus que quelques fragments. La Dormition de la Vierge, aux attitudes fort mouvementées, est au contraire de style assez médiocre ; les figures de saints qui décorent le bas des murailles sont rudes; seule, une représentation de la Déisis est d'effet assez majestueux. Dans le narthex, figurent les conciles æœcuméniques. Toutes ces peintures, de même que celles du xv° siècle (Krémikovtsi, 1493; Poganovo, 1500), semblent se rattacher à l’école crétoise, à l'art savant des peintres de chevalet et d’icones. En tout cas elles dépendent étroitement de l’école d’art qui florissait au xiv° siècle à Constantinople.
Roumanie !. — Il en est de même en Roumanie ; et l’art byzantin y a produit un chef-d'œuvre. A Curtea de Argesch, à côté de la curieuse église que bâtit en 1512 Neagoe Bassarab, l'église toute
. byzantine de Saint-Nicolas Domnesc (fig. 373) conserve une admi-
rable décoration du milieu du xiv° siècle. Au-dessus des figures de saints qui s’alignent au pourtour de l'église, on y voit représentés, en zones superposées, les épisodes de l'enfance du Christ, les paraboles et les miracles, les scènes de la Passion et de la Résurrection, traitées avec un minutieux souci de traduire tous les détails du récit évangélique. Dès le premier abord, une chose
frappe, c'est la ressemblance qu'offrent ces peintures avec les
mosaïques de Kahrié-djami. Comme dans l’église constantinopolitaine, on trouve ici certains thèmes iconographiques assez
1. Jorga et Bals, L'art roumain, Paris, 1922. Pour Curtea de Argesch : Tafrali, Les fresques de l’église Saint-Nicolas de Curtea de Arges (Mon. Piot, XXIII, 1918-19) ; Bratiano, Les fouilles de Curtea de Argesch (RA., 1921, I et 1923, I) et surtout Curtea domneasca din Arges (Bull. de la Commission des monuments historiques, t. X-XVI), Bucarest, 1923.
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415. — Le recersement devant Quirir
rarement représentés, tels que le Recensement devant Quirinus (fig. 415), que l’on rencontre également à Kalenitch en Serbie. Mais c'est surtout la même science de la composition, par exemple dans la grande scène de la Dormition de la Vierge (fig. 416), qui occupe le mur occidental, au-dessus de la porte d’entrée; c'est la même recherche du mouvement, du pittoresque (la longue frise représentant le Christ bénissant les pains) ; c'est la même recherche de l’'émolion dramatique et du pathétique (le Portement de Croix) ; et c'est la même beauté enfin des attitudes, le même réalisme expressif des visages, par exemple dans la figure de Judas embrassant le Christ ou dans les têtes des spectateurs qui contemplent Jésus trahi ou bafoué. Certains thèmes iconographiques se rencontrent ici, qui apparaissent assez rarement dans l'art byzantin et qui furent peut-être créés au xiv° siècle. C’est par exemple, à côté du Recensement devant Quirinus, le voyage de Joseph et de Marie pour aller à Bethléem, ou l'épisode d'Hérode interrogeant les pharisiens. C’est surtout, à la grande abside, au-dessus de la scène connue de la Communion des apôtres, l'épisode que l'inscription appelle « le tabernacle du témoignage » (n osxnvn Toù maotuotou) !. Des deux côtés d’un autel chargé de vases d’or, Moïse et Aaron célèbrent la liturgie, et derrière eux, une double procession s'avance, de rois somptueusement vêtus portant de magnifiques vases d'or. Ailleurs, dans le Portement de croix, les deux larrons précèdent le Sauveur, portant aussi chacun leur croix. Ainsi, par la richesse de l’iconographie autant que par la beauté du style, la décoration de l’église de Curtea de Argesch constitue un ensemble tout à fait remarquable.
Est-il cependant absolument byzantin? La plupart des inscriptions qui accompagnent les peintures sont grecques, et par l'ordonnance comme par l'iconographie, ces fresques se rattachent incontestablément à la tradition de Constantinople. Pourtant, dans certains détails du costume, dans le type ou dans l'expression de certains visages, on observe des traces évidentes d'influence italienne. Et ceci n’est point pour surprendre, si l'on songe que la Serbie, par où la Valachie était en contact avec l'art byzantin, s’ouvrait par ailleurs aux enseignements qui lui venaient de Venise, et que d'autre part, par la Hongrie voisine — on le voit bien par les bijoux découverts dans les tombes de l’église de Curtea — l'influence
1. Il est mentionné dans l'Epunveta tüv Zwypépuv, Athènes, 1885, p. 71-72, Manuel d'Art byzantin. T. IL. : 53
. + . “ , 1 occidentale se faisait sentir à la cour valaque. L ensemble n’en est pas moins d'origine nettement byzantine, etsemble assez étroitement
Fig. 416. — La mort de la Vierge.
Fresque de l’église princière de Curtea de Argesch (Phot. Tafrali).
s’apparenter à l'école macédonienne, qui a produit ici un de ses chefs-d'œuvre.
Dans cette Roumanie, profondément pénétrée des leçons de