‹ Manuel d'art byzantinChapitre 217 sur 309 · PT TS TT · texte numérisé non relu

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Byzance, bien d’autres peintures attestent la force et la durée de cette influence. Les fresques, mal étudiées encore, qui décorent l'église du monastère de Cozia, semblent dater de la fin du xiv® siècle et paraissent dignes d'attention. D’autres ensembles montrent la tradition byzantine persistant, malgré les éléments occidentaux qui s’y mêlent plus d'une fois, jusqu'à la fin du xvi° siècle, et même au delà. On trouve en Valachie plusieurs décorations intéressantes de la première moitié du xvi° siècle (Snagov, vers 1540 ; église du cimetière de Cozia, 1542) ; mais c'est surtout dans les petites églises, si peu connues, de la Moldavie du nord et de la Bukovine que se conservent des peintures remarquables !. Plusieurs des églises bâties par Étienne le Grand (1457-1504), Papautsi, Harlau, Dubrovats, Balinesti, etc. gardent intactes leurs peintures, exécutées sans doute à une date un peu postérieure à la . fondation. Ailleurs, à Moldovitsa (1536), à Humor (1537-1546), à Voronets (1547-1550), à Arbora, à Sucevitsa (fin xvi° siècle), on observe des décorations plus remarquables encore. Tout l'extérieur des édifices est, comme l'intérieur, couvert d’une somptueuse polychromie de fresques, qui s'étagent en zones superposées. Toute l’iconographie, tout l’art de Byzance revit en ces peintures, et pareillement l'ordonnance de la décoration ÿ est conforme aux règles byzantines. De beaux portraits, d’un réalisme expressif et vivant, y montrent, en riches costumes d'apparat, les fondateurs et leur famille. Tous ceux qui ont visité ces églises ont été frappés de la ressemblance qu'offrent ces peintures avec celles de l’Athos. Et cela se conçoit sans peine. De la fin du xv° siècle à la fin du xvi°, les princes valaques et moldaves ont entretenu de constantes relations avec la Sainte-Montagne et ont travaillé avec sollicitude à la réparation ou à l'embellissement de ses monastères. On a signalé déjà l'influence que les modèles athonites exercèrent sur l'architecture valaque et moldave. Il est vraisemblable que la peinture s’inspira des mêmes leçons. Parmi les rares noms d'artistes qui nous sont parvenus, apparait celui de Georges de Trikala, en Thessalie, qui mourut vers 1500 et est enterré dans l'église de Harlau, que peut-être il décora. Et aussi bien, dans le profond sentiment de la décoration murale que conservent ces peintres de

1. Henry, De l'originalilé des peintures bucoviniennes dans l'application des principes byzantins (Byzantion, I, 291-303); Strzygowski, Die bildende Kunst des Ostens, Leipzig, 1916, p. 59 et suiv.; Diehl, ]mpressions de Roumanie (Rev. des Deux Mondes, 15 juin 1924).

Roumanie, on retrouve, comme on l’a dit justement, « l'héritage lointain des merveilles byzantines », et les fresques des églises moldaves ne sont point indignes de ces grands souvenirs.

Russie !. — On a, en ces dernières années, entre 1910 et 1912, découvert à Novgorod et dans les environs un certain nombre de décorations murales, datant du xiv° et du xv° siècle, et qui montrent le grand rôle et la prodigieuse expansion de l’art byzantin à l'époque des Paléologues. Dans l’église de la Dormition à Volotovo (1363), des fresques, assez mal conservées, mais de grande valeur, sont disposées selon l'ordonnance traditionnelle. A la coupole, apparaît le Pantocrator, avec son cortège d'archanges et de prophètes ; la Vierge orante occupe l’abside, ayant au-dessous d'elle la Communion des apôtres ; les grandes fêtes s’alignent aux parois de l’église. La composition est en général simple, pleine déjà cependant d'animation et de vie. Les proportions des corps sont longues, les extrémités fines, les draperies cassantes et tourmentées. Deux portraits très vivants des deux archevêques fondateurs de l'église, des épisodes pittoresques tels que le repas dans un monastère complètent la décoration et achèvent d’en marquer le caractère. A Novgorod même, les fresques de l’église de Saint-Théodore Stratilate (1370) sont mieux conservées. Elles non plus ne s’écartent guère de l’iconographie habituelle : les fêtes, peu nombreuses, occupent le transept ; les scènes de la Passion se disposent dans l'abside en une longue frise, au-dessous de laquelle est placée la Communion des apôtres. Des scènes de la vie de saint Théodore Tiron complètent cette décoration, où apparaît un art plus savant qu'à Volotovo, mais, au demeurant, assez semblable : on attribue volontiers ces peintures à Théophane le Grec. C'est à ce maître qu'appartient incontestablement la décoration de l'église de la Transfiguration à Novgorod (1378). Quoiqu’elle ne soit encore que partiellement dégagée de l’enduit qui la couvrait, elle apparaît

1. Réau, L'art russe des origines à Pierre le Grand, Paris, 1991 ; Mouratof, Histoire de la peinture (dans Igor Grabar, Histoire de l’art russe, t. VI), Moscou, 1913 ; I. Grabar Théophane le Grec, Kazan, 1922 ; Matsoulevitch, L'église de la Dormition de Volotovo, Pétersbourg, 1912 ; Anisimof, Restauration des fresques,de l'église de Saint-Théodore Stratilate à Novgorod, 1911 ; Okounef, Fresques récemment découvertes de l'église de Saint-Théodore Stratilate à Novgorod, 1911 ; Georgievski, Les fresques du monastère de Théraponte, Pétersbourg, 1911 (tous ces ouvrages sont en russe). Cf. Aïnalof, La peinture byzantine du XIV®° siècle, Pétersbourg, 1917, chap. III, et Millet, Recherches sur l’iconographie de l'Évangile, 632-633, 679-683.

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