‹ Manuel d'art byzantinChapitre 219 sur 309 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

fit si longtemps de cet art comme un prolongement de l’art byzantin. De cet art qui fleurit à Novgorod du xiv® au xvi* siècle, on a, en ces dernières années, fort discuté l’origine. Kondakof ! et Likhatchef? en expliquent la naissance par des influences italiennes. D'après eux, les artistes grecs, les Crétois surtout, nés dans un pays qui était possession vénitienne, furent, dès le xiv° siècle, attirés par l'Italie, et particulièrement par Venise. Dans les ateliers occidentaux où ils fréquentaient, ils apportaient les thèmes byzantins, mais en même temps ils y modifiaient leurs propres procédés. Ainsi s'élabora un style particulier, et se créa une école italo-crétoise qui, vers la fin du xiv° siècle et le début du xv°, aurait porté en Orient, et jusqu’en Russie, le secret de son art raffiné, minutieux et précis, de sa technique savante, de son coloris intense et éclatant. Si ingénieuse que soit cette hypothèse, il faut reconnaître, avec Aïnalof, qu'elle manque un peu des données historiques qui lui assureraient une base solide, et Millet a justement remarqué que si, au xvr° siècle, les peintres crétois de l'Athos reçoivent plus d’une fois leur inspiration de Venise, on ne saurait oublier qu'au moment même où Likhatchef croit voir naître à Venise l’école crétoise, cette école, en plein xive siècle, produit à Mistra son plus pur chef-d'œuvre *. Par ailleurs, il semble bien que les traits nouveaux d’iconographie et de style dont Kondakof et Likhatchef font honneur à l’art italien se rencontrent tous dans les monuments de la dernière renaissance byzantine. La recherche du pathétique et du dramatique n'est nullement étrangère à l’art grec du xiv° siècle. Le coloris impressioniste des peintres de Novgorod se trouve déjà à Kahrié et à Mistra. « Si l’on veut comprendre, dit M. Réau, les fresques de Saint-Théodore Stratilate ou du monastère de Théraponte, ce n’est - pas à l’Arena de Padoue qu'il faut se reporter, mais aux mosaïques de Kahrié-djami et aux fresques de Mistra *. » Il est certain que les artistes de Novgorod eurent d’étroits rapports avec la capitale des Paléologues : et si l’on doit admettre dans leurs œuvres d’incontestables influences du Trecento italien *, si peut-être même, comme le pense Aïnalof, cette influence s'exerça sur eux plus

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