CARACTÈRES DE L'ART ATHONITE
les églises. C’est l'œuvre d'un certain moine Denys de Fourna, qui avaitétudié la peinture à Thessalonique et s'était proposé pour modèle les œuvres du célèbre Pansélinos. Il a minulieusement exposé dans son livre les procédés techniques de son art, indiqué ensuite avec précision les traits quiconviennent à la représentation de chacun desthèmes sacrés, marqué enfin dans quel ordre cescompositions se répartissent dans les différentes parties de l'Église. C'est un traité complet de l’iconographie byzantine.
On a fort discuté sur la date etlecaractère de cet ouvrage célèbre, dontla découverte a donné naissance à bien des jugements erronés sur l’art byzantin. On l'a d’abord et longtemps considéré commeun bréviaire officiel, dont les formules, consacrées par la tradition, seraient en outre imposées par l'Église, comme un « canon » artistique, enserrant le peintre dans desrègles imprescriptibles, et on en a conclu avec quelque excès à l'immobilité « hiératique » de l’art byzantin. On l’a cru d'autre part assez ancien : Didron l’attribuait au xv° ou au xvi° siècle, et certains même se sont flattés d'en posséder un manuscrit daté de 1458. Au vrai, l'œuvre de Denys n’est qu'un livre de praticien, fait à titre absolument privé pour faciliter à d’autres peintres leur tâche. L'auteur vivait, à ce qu'il semble, au commencement du xvur* siècle, et les sources sur lesquelles il a travaillé ne paraissent pas plus anciennes que le xvi° siècle. Son livre pourtant n’est point sans intérêt pour l’histoire de l’art. Siles règles qu'il a fixées ne sont point, en fait, plus anciennes que le milieu du xyi° siècle,elles résument pourtant tout le long travail d'élaboration qui s’accomplissait, depuis les origines de l’art byzantin, dans le domaine de l'iconographie ; elles montrent le point où ce développement était parvenu au lendemain de la Renaissance qui marque l’époque des Paléologues, et comment, entre les mains des grands artistes de ce temps, cette iconographie s'était enrichie, coordonnée et fixée. Sans doute les préceptes qu'il a posés n’ont jamais eu ni prétendu avoir une autorité absolue ; les artistes byzantins ont toujours conservé une relative liberté, et plus d’un, à l’Athos et ailleurs, s’est efforcé de renouveler son art au contact des maîtres d'Occident !. En fait, cependant, la composition d’un tel livre est symptomatique et grave : elle atteste qu'après une dernière et brillante période, l’art byzantin, dès le milieu du xvr° siècle,se reposant sur le grand effort de l’âge antérieur, était tombé dans la routine et la sécheresse, dont il ne sortira plus.