CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA PEINTURE BYZANTINE DU XIV® AU XVI SIÈCLE
Il faut, après cette revue des principaux monuments de la peinture byzantine, définir brièvement les traits généraux et caractéristiques de ce puissant mouvement artistique. Car si ces fresques, réparties dans tout l'Orient chrétien, ne sont pas absolument uni-
formes, si l'on y constate, dans le choix des thèmes comme dans la technique et le style, des dilférences locales ou régionales, des différences d'écoles même, les ressemblances pourtant sont plus frappantes encore : des conceptions identiques, des tendances semblables, des ambitions pareilles ont donné à cette grande école d'art uu même esprit et une réelle unité.
Un trait nouveau saute d’abord aux yeux. La peinture proprement dite s'est emparée des églises, elle s’y est substituée à toute autre espèce de décoration. Plus de revêtements de marbre, plus de mosaïques, presque plus d'ornements; la fresque, du haut en bas de l'édifice, couvre toutes les vastes surfaces que l'architecte lui a ménagées. Dans ces vastes cycles de peintures, une même ordonnance, semblable à celle qui a été décrite pour l’Athos, règle partout la répartition des images. Elles se distribuent en zones parallèles, généralement au nombre de cinq, que sépare une simple bordure brun rouge: Mais dans ces grands ensembles les figures isolées cèdent la place aux compositions. Jadis, au xir° siècle, à Saint- Luc, à Daphni, les figures se rencontraient dans toutes les parties de l’église et suffisaient presque à la décorer; maintenant elles n'occupent plus que la bande inférieure des parois. Mais, si les compositions sont plus nombreuses qu’autrefois, elles sont en général plus petites ; elles sont en tout cas infiniment plus variées.
L'iconographie nouvelle. — Une iconographie très riche et très complexe prend naissance en effet au xiv® siècle. Pendant longtemps l’art s'était contenté de traduire par l’image « les faits qui étaient des dogmes », laissant de côté beaucoup d'épisodes secondaires du récit évangélique. Peu à peu il sembla impossible de se contenter « d’un tableau si incomplet ». Dès le xr° siècle, un liturgiste trouvait trop étroites les formules anciennes qui réglaient la décoration des églises. Dès le xn° siècle, à propos dela Crucifixion, un sermonnaire déclarait que, dans bien des épisodes de la vie du Christ, «il s’est produit plus de faits que l’on n'en raconte ». L'imagination se préoccupa de combler ces lacunes du récit, aussi bien pour l’enfance et la Passion du Sauveur que pour les détails de la vie de la Vierge; et sans peine on trouva dans les évangiles apocryphes de quoi satisfaire cette curiosité et répondre à cet esprit nouveau. Un double phénomène se produisit alors. Certains thèmes anciens se développent, se compliquent et s’amplifient magnifiquement, et par ailleurs, des motifs nouveaux apparaissent, qui doivent leur naissance soit à un retour de faveur
des traditions hellénistiques, soit, plus fréquemment encore, à l'inspiration des théologiens du temps.
Quelques exemples permettront de saisir cet enrichissement des thèmes classiques !. Danse Baplême, « le pittoresque hellénistique envahit l’austèrecomposition dogmatique »; autour du groupe central, tout un peuple se presse, se déshabille, se baigne dans le Jourdain. Dès le xr siècle, la composition se transforme en un tableau animé et vivant, qui semble un vrai morceau de genre. Au xIv° siècle, c'est l'aspect habituel de la scène, aussi bien à la Peribleptos de Mistra que dans les fresques serbes de Nagoritchino ou de Gratchanitsa. Dans le thème des ameaux, apparaissant dès le xu® siècle les enfants élégants et vifs, qui jouent et luttent sans se préoccuper de Jésus, et ainsi naît une composition plus pittoresque et plus libre, qui se rencontre au milieu du xim° siècle à Gradats, et devient désormais classique, comme on le voit à la Peribleptos, à Saint-Nicolas de Lavra ou à Dionysiou. La Résurrection de Lazare se transforme selon le même esprit. Au début, les personnages sont peu nombreux; au xiv° et au xv° siècle, à la Peribleptos, à la Pantanassa surtout, un paysage grandiose et sinistre encadre la scène; des figures innombrables, aux attitudes pittoresques, aux gestes réalistes, emplissent la composition ; tout est calculé pour faire produire à la scène le maximum d'effet. Mais c'est surtout le cycle de la Passion qui s'enrichit prodigieusement, par le désir qu'ont les artistes, particulièrement les Slaves, de détailler les souffrances du Christ. C’est au xim1° et au xiv® siècle que se crée l’iconographie de la Mise en Croix, avec ses multiples épisodes : Jésus refusant de boire, la préparation de la croix, le Christ gravissant volontairement les degrés de l'échelle, Jésus mis en croix. Le Crucifiement est traité avec le même luxe de détails pittoresques. Par la. complexité de la composition, par les attitudes plus accentuées, les fresques de Mistra se distinguent nettement des œuvres du x1° et du xu° siècle, par le réalisme aussi. Le corps du Sauveur fléchit et se courbe ; la Vierge, vaincue par l'émotion, défaille au pied de la croix; une composition plus riche s'enrichit de personnages plus nombreux. Même évolution dans le cycle de la sépulture : « de siècle en siècle s'accuse le progrès du pathétique ; progressivement l'image la plus tragique chasse la plus discrète. » On se complait à représenter la douleur de la