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Cf. Millet, Recherches sur l'iconographie de lEvangile

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Vierge, à montrer, comme on l’a dit, en face de la Passion du Christ, une véritable Passion de Marie. C’est la scène de la Descente de Croix, c'est le Thrène, qui apparaît au xu° siècle et traduit en attitudes émouvantes le désespoir de la mère de Dieu. Et, parallèlement à la vie du Christ, c'est le développement, de plus en plus ample, des scènes de la vie de la Vierge, avec une visible prédilection pour les sujets et les“détails pittoresques.

Tout cela indique nettement un esprit nouveau. De même qu'en Occident au xv° siècle, l’art religieux s'efforce à traduire des senüiments jusque-là inconnus ; il recherche le pittoresque, l'émotion, la tendresse, le pathétique. Pour cela, l'iconographie s'inspire des évangiles apocryphes, des sermonnaires qui détaillent les souffrances du Christ et les douleurs de Marie, des homélies dramatiques qui mettent en scène les personnages de l'histoire sacrée. Un mouvement d'ardent mysticisme, semblable à celui qui, au xv° siècle, sous l'influence des méditations du pseudo-Bonaventure, transforme et renouvelle l’art de l'Occident, transforme alors et renouvelle l’art byzantin aussi, et produit les mêmes résultats que dans le monde latin.

Ce n'est pas tout. Des thèmes nouveaux se créent. C'est, par exemple, l'Enseignement des trois docteurs, reproduisant une vision apparue à un contemporain d’Alexis Comnène, et qui se rencontre pour la première fois dans les fresques et les icones du xiv° siècle. C'est la reproduction nouvelle de la Déisis, où la Vierge-reine, en costume impérial, prend place à la droite du Christ, ainsi que la montre en 1361 une belle fresque de Zaoum. On prend par ailleurs l'habitude de mettre en images des hymnes ou des prières, « Les vingt-quatre cixot de l'hymne Acathiste, composé en l’honneur de la Vierge, ont suscité des compositions abstraites et solennelles. Mais en revanche, le psaume « Louez le Seigneur » a fait mouvoir le chœur léger des danses. Ailleurs, c’est la prière des morts ou bien un tropaire de l'office de Noël que les peintres suivent mot à mot ?. » En général, on l'a observé déjà, les artistes s'appliquent à interpréter de façon littérale tous les détails, toutes les expressions des textes liturgiques ou sacrés. Un symbolisme raffiné et subtil, une perpétuelle recherche de la nouveauté introduisent ainsi dans la peinture une foule de motifs inconnus à l’an-

1. Tafrali, Iconographie de l'hymne Acathiste (en roumain), Bucarest, 2. Millet, Art byz., II, 943.

cien art byzantin. Un des plus beaux est assurément cette composition de la Divine liturgie, dont on a signalé déjà les variations successives. La méditation de la mort, avec tout ce qui rappelle la fragilité de la vie et l'horreur de la fin, n'a pas produit des motifs moins caractérisques ‘. Beaucoup d'autres apparaissent, également

nouveaux, dans les pages du Guide de la peinture. Ce sont les épisodes, largement dévefoppés, qui racontent l'histoire des saints:

et dont un exemple se rencontre à la Métropole de Mistra, dans les fresques qui représentent la vie de saint Démétrius. C'est — preuve remarquable de l'influence classique — la place faite aux grands hommes de l'antiquité, Platon, Aristote, Plutarque, Sophocle, Solon, Pythagore, dont les peintures des églises de Bucovine conservent, entre autres, de curieuses images ?. Tout cela atteste un mouvement de travail incessant, par où s’enrichit et se varie cette iconographie. Et aussi bien est-elle, selon les régions, assez différente. Des thèmes, qu'on ne trouve point encore à Mistra, se rencontrent en Serbie et à l’Athos ; certaines compositions, communes à la Serbie et à Mistra, n'y sont point traitées de la même manière, ce qui semble prouver quelque originalité chez les artistes. Chez les peintres serbes, l'iconographie est en général plus complexe et plus riche. Et, à lui seul, ce grand et fécond mouvement iconographique suffirait à prouver l'existence et l'importance de la Renaissance du xiv° siècle.

Mais il convient de rechercher sous quelles influences s’est formée celte iconographie.

Dans un livre célèbre, M. Mâle a montré comment, dans l'Oceident du xv° siècle, la naissance d'une iconographie nouvelle s'explique par la faveur que connut alors le théâtre sacré, par l'influence qu’eurent les Mystères. On a voulu expliquer de même l’évolution de l'iconographie byzantine. On a cru retrouver en Orient un théâtre religieux *, et dans ces drames sacrés, dont les homélies dramatiques nous auraient, dit-on, gardé lesouvenir, on a prétendu découvrir les origines du mouvement iconographique que

1. Par exemple, dans le Psautier serbe de Munich, dont il sera question plus loin.

2. Grecu, Darstellungen altheidnischer Denker und Schriftsteller in der Kirchenmalerei des Morgenlandes, Bucarest, 1924. 3. Mâle, L'art religieux de la fin du moyen âge, Paris, 1908.

4. La Piana, Le rappresentazioni sacre nella letteratura bizantina, Grottaferrata, 1912.

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