‹ Manuel d'art byzantinChapitre 243 sur 309 · LE PSAUTIER SERBE DE MUNICH · texte numérisé non relu

LE PSAUTIER SERBE DE MUNICH

sont accompagnés de miniatures que Strzygowski considère comme « absolument uniques en leur genre ». Aussi, bien qu'à première vue cette illustration semble se rattacher étroitement à l’art byzantin, le savant éditeur a-t-il cru y reconnaître une rédaction sensiblement différente de la rédaction byzan- tine ordinaire, et il l’a rattachée à un ancien prototype syrien, d’après lequel le manuscrit de Munich aurait été, vers la fin du xiwv° siècle, copié, sans doute dans le couvent serbe de Chilandari à l’Athos.

Si séduisante que soit cette hypothèse, elle est loin d’être démontrée !,

etl’onafait voir par des arguments assez forts que la plupart des traits qui distinguent le psautier de Munich sont empruntés précisément àcette iconographie nouvelle qui se forma au xiv° siècle ?. A plus forte raison convient-il donc de faire de sérieuses

réserves sur la théorie plus générale et plus sen-

ti Il STE Fig. 438. — La Vierge parmi les docteurs ee sus È AE y Miniature du psautier serbe de Munich $ owski a déduite de sa d'après Strzygowski, Die Miniaturen des (o) P JEUras première conjecture. serbischen Psalters.)

Pour lui, non seulement | l'art serbe procéderait, par l'intermédiaire de l'Athos, de l'art

1. Diehl, L'illustralion du Psautier dans l’art byzantin (Journal des savants, 4907, et Dans l'Orient byzantin, Paris, 1917); Millet, Byzance el non l'Orient + (RA.,1908 I)

2, C'est l'opinion d’Aïnalof, loc. cit., 85, qui rattache nettement ce manu- scrit à l’école de Constantinople et à l’art de Mistra.

chrétien de Syrie, et ne devrait absolument rien à Byzance; mais l'art byzantin du xiv° siècle lui-même ne serait autre chose, dans quelques-unes de ses œuvres les plus remarquables, qu'une copie de lointains originaux syriens ; et les haut>s qualités d'originalité créatrice, qu'on se plaît à trouver dans celte prétendue Renaissance du temps des Paléologues, ne seraient dans bien des cas qu'une simple apparence, due uniquement à la valeur éminente des prototypes que des copistes altentifs ont reproduits. Tout ce qui a été dit précédemment de l’art de cette époque contredit, il faut bien le reconnaître, cette hypothèse retentissante. Et aussi bien, par sa technique autant que par son iconographie, le psautier de Munich lui-même montre les caractères essentiels de cet art byzantin dont on voudrait l’exclure. C'est une œuvre d'une exécution assez libre, d'un coloris vigoureux et éclatant. « Besnard, écrit Strzygowski, ne ferait pas contraster plus vivement les rouges, lés bleus et les violets. » Ainsi les Slaves surents’approprier l’impressionnisme byzantin.

Assurément, dans les œuvres de la miniature qui viennent d’être passées en revue, on sent des traces incontestables de décadence. Le dessin est souvent médiocre, hâtif et négligé, les couleurs plates, l'exécution grossière. Peu d'idées, traduites par un barbouillage souvent enfantin : c'est par cette définition dédaigneuse que Kondakof caractérise l'illustration des manuscrits dans cette dernière période t. Il ne faut point exagérer la sévérité de ce jugement. Sans doute le temps est passé des éditions somptueuses, magnifiquement enluminées ; sans doute l'illustration des manuscrits a pris un caractère de plus en plus populaire. Quelques œuvres d'une réelle beauté tranchent pourtant sur la médiocrité générale ; et si, par sa nature, la miniature, plus tentée de s'attacher aux modèles anciens, peut sembler moins novatrice peut-être que d’autres formes d’art, on n’y rencontre pas moins, au total, les qualités essentielles de la Renaissance du xiv° siècle, le pittoresque, le mouvement et la vie.

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