‹ Manuel d'art byzantinChapitre 247 sur 309 · VOILES EUCHARISTIQUES · texte numérisé non relu

VOILES EUCHARISTIQUES

des inscriptions grecques. On y voit représentée en deux épisodes la Communion des Apôtres (fig. 441), un sujet qui, traité depuis le ix° siècle dans les miniatures et les mosaïques, était, on l’a vu, dans les églises du xiv°siècle, l'objet d'une particulière prédilection. C’est à cette date précisément que se rapportent ces étoffes : elles furent offertes à la collégiale par un patriarche d'Aquilée, qui mourut en 1314"; etelles présentent, dans la composition, la pittoresque variété, dans les fonds, le décor architectural qui caractérisent les ouvrages de ce temps. Des étoffes à sujet semblable se rencontrent au couvent de Rossikon, à l’Athos (étoffe portant l'inscription # meraèoctc, et une autre inscription en slave, xv* siècle), et à Saint-Clément d'Ochrida (xv® ou xvi° siècle). Au couvent de Chilandari, à l'Athos, on conserve d'autre part un voile d'autel, où le Christ, debout entre deux anges, bénit saint Basile et saint Jean Chrysostome : une inscription serbe donne la date de 1399. Enfin, à Ochrida, dans le trésor de Saint-Clément, deux tissus représentent la Présentation de la Vierge et la Crucifixion ; tous deux portent des inscriptions grecques et le sècond date du xiv° ou xv° siècle. Ces petits panneaux brodés, figurant les fêtes chrétiennes, encadraient souvent la composition centrale des grands voiles eucharistiques, qu’on nommait « aër » ou « épitaphios ».

Épitaphios de Salonique ?. — Ces voiles, que l’on portait à la suite des dons, au moment de la « grande entrée », étaient appelés « épitaphios », parce qu'ils portaient d'ordinaire l’image du Christ mort et symbolisaient le linceul du Sauveur. La composition qui y est représentée se rencontre dès le xrr° siècle sur un émail du reliquaire Stroganof, où auprès du Christ mort et couché se tiennent deux anges inclinant des éventails vers le cadavre. À mesure que le temps marche, ce thème initial se développe et se complique par de successives additions. Aux deux anges debout s'ajoutent des anges pleurant sur le cadavre du Seigneur (Salonique), puis la Vierge et saint Jean (Bucarest), puis les Saintes Femmes (Chilandari) ; et dans cette série de modifications, on peut constater une recherche croissante du pathétique, qui s'accorde bien avec les tendances générales de l’art du xiv° et du xv° siècle.

Il nous reste une suite assez nombreuse de monuments de cette caté-

4. Munoz, L'art byzantin à l’exposilion de Grottaferrala, Rome, 1906, p. 130 et suiv. à

2, Le Tourneau et Millet, Un chef-d'œuvre de la broderie byzantine (BCH., XXIX, 1905) ; Kondakof, Macédoine, Pétersbourg, 1909,

ÉPITAPHIOS DE SALONIQUE 891

gorie. Le plus ancien est celui de Saint-Clément d'Ochrida (fig. 442), qui fut offert à cette église, ainsi que le marque une inscription grecque, par l'empereur Andronic Il Paléologue (fin x°, commencement xiv° siècle) !. C’est une belle soierie de couleur cramoisie, où l'or ne tient aucune place ; deux anges vêtus en diacres et tenant des éventails s’inclinent vers le Christ mort ; aux angles du tissu figurent les symboles des quatre évangélistes. La série se continue par les broderies serbes ou roumaines du monastère de Cozia en Valachie, aujourd'hui au musée de Bucarest (1396), où l'étoffe, un satin de pourpre violette porte des inscriptions grecques ; du couvent de Poutna en Bukovine, où une étoffe, portant une inscription grecque, conserve le nom des deux princesses serbes de la fin du xrv®° siècle, qui la firent broder (fig. #43), et où une autre est datée de 1841 ? ; de Neamtz (1437), où on lit une inscription grecque ; de Chilandari (xiv® ou xv® siècle), que décore une inscription serbe ; de Sucevitza en Moldavie (1490); de Vatra Moldovitsa (1490, aujourd'hui à Poutna ; et d'autre part par les tissus russes de Souzdal (entre 1410 et 1425, aujourd'hui au musée historique de Moscou), où de nombreuses petites scènes à fond blanc encadrent la composition centrale sur fond ponceau, de Novgorod {milieu xv° siècle), où l'étoffe est un satin bleu, par d’autres encore qu’on rencontre à Jaroslav (1539), à Dionysiou de l’Athos (1545), etc. #. Mais, entre tous ces voiles, il en est un particulièrement remarquable : c’est l'épitaphios de Salonique, véritable chef-d'œuvre de la broderie byzantine au xiv° s ècle. |

Celui-là est un tissu de luxe. Au satin rouge, bleu ou violet, employé d'ordinaire, on a préféré, pour le fond, une broderie d'or assez lâche. Les personnages principaux sont vêtus d’or, rehaussé par quelques taches d'argent ; les autres sont habillés de vert, qu'animent des reflets changeants, jaunes, bleus et violets. Trois sujets décorent l'épitaphios. Au centre, c'est l'image du Christ mort, au-dessus duquel s’inclinent deux ânges tenant des éventails, et

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