Kondakof, Macédoine
2. Cf. Tafrali, Le trésor byzantin el roumain du monaslère de Poutna, Paris, 3. Kondakof, Monuments de l'art chrélien à l'Athos, 258 suiv. On doit signaler dans la même série de tissus la couverture en soie bleue, brodée d'argent et d’or, représentant la Dormition de la Vierge (1485, à Poutna), et la belle couverture de tombeau, en soie rouge, brodée en soie, argent et or, qui représente, avec un singulier accent de réalisme, la princesse Marie de Mangop, une Paléologue de Crimée, femme d’Étienne le Grand 1476, à Poutna). Cf. Tafrali, loc. cit.
Phot. Tafrali
. 443. — Epilaphios de Poutna
ÉPITAPHIOS DE SALONIQUE 893
vers qui descendent deux anges pleurant, comme dans la Crucifixion ou la Descente de croix ; les symboles des évangélistes occupent les quatre angles. Des deux côtés de ce motif central
Fig. 444. — Epilaphios de Salonique (Phot. Le Tourneau).
prennent place les deux épisodes de la Communion des apôtres (fig. 444).
C’est au milieu du xiv° siècle qu'il faut rapporter cette belle pièce, d’un art absolument supérieur. On y remarquera non seulement l'ordonnance qui, dans les scènes de la Communion, a substitué à la file traditionnelle des apôtres des groupes harmonieux et vivants,
mais davantage encore la vérité des attitudes, la souplesse des mou-
vements, l'expression des visages. On y observe des contrastes surprenants. D'une part, la tête du Christ est d’un dessin vigoureux, d’un typé individuel un peu rude, les apôtres ont des traits robustes et populaires, qui ne gardent plus rien de la distinction idéale des figures de Daphni. On sent ici un art tout sincère, s'efforçant d’exprimer la vie. Et à côté de ces personnages, il y a dans les anges, dans celui surtout qui est le symbole de saint Matthieu, une élégance, un charme infinis. Et ce curieux mélange de réalisme et de grâce se traduit par la plus savante harmonie des couleurs. « Les
draperies vertes aux reflets changeants des apôtres prolongent la.
note chatoyante des quatre symboles à travers l'ornement rouge, en forme de lignes brisées, d'une mince bande d’or, tandis qu’aux extrémités les ors et les argents du Christ et des anges brillent comme un rappel du motif central !. »
L'épitaphios de Salonique est, dit Kondakof, « une œuvre d’une beauté et d’une régularité de dessin sans précédent parmi les tissus ; rien d’outré, aucune sécheresse dans les mouvements, tout est exécuté encore dans le style antique ». Ce sont les mêmes qualités que l’on retrouve dans les mosaïques de Kahrié, dans les peintures de Mistra, dans les fresques serbes de Nagoritchino, de Gratchanitsa ou de Stoudenitsa, Ainsi tout se tient "étroitement dans cet art byzantin du xiv° siècle. Partout c’est le même souci de regarder la nature et la vie, le même contraste de réalisme et d'élégance, le même effort d'innovation, qui se traduit par le pittoresque de la composition et la rare science du coloris. Partout, à Constantinople comme à Mistra, en Serbie commeen Russie, peintures et broderies nous montrent, au xiv® et au xv° siècle, l'éclosion d'un même art. C’est là un fait précis et singulièrement intéressant : car il s'accorde mal avec l'hypothèse qui ne voit dans tous ces ouvrages que la copie de modèles anciens. Loin de s’immobiliser en une stérile décadence, l’art byzantin du xiv° siècle a su revivre en une suprême et originale renaissance.