‹ Manuel d'art byzantinChapitre 29 sur 309 · Cf. Millet, Daphni, 117-118 et · texte numérisé non relu

Cf. Millet, Daphni, 117-118 et

leur. Dans les mosaïques du vi° siècle, des draperies uniformément blanches ressortaient sur un fond bleu. Maintenant le fond d'or permet des combinaisons plus variées et plus riches. Aussi les. valeurs sombresse multiplient dans le costume : la tunique foncée fait contraste avec le manteau plus clair; souvent les deux vêtements opposent des couleurs complémentaires, dont les deux taches forment un accord parfait. Les chairs, jadis modelées en brun, se teintent, à partir du milieu du xr° siècle, de délicates ombres vertes qui vont jusqu'au gris bleu. C’est, comme on l’a remarqué, une technique tout « impressioniste », qui, par les rapports des tons, l'opposition des complémentaires, le mélange des couleurs vives et franches des draperies à l'or du fond et au ton neutre des accessoires, atteint un degré de raffinement prodigieux. La même science de l'harmonie apparaît dans les ensembles. D'ordinaire une tache foncée se détache au milieu de valeurs claires, et le sens de la couleur se manifeste jusque dans l'équilibre général de la décoration. Jadis la mosaïque s’inspirait surtout de la statuaire, et ses blanches figures semblaient autant d'images de marbre : à cette sobriété s'est substituée une variété, une richesse, une complexité d'effet qui révèlent une école « coloriste ». Par le contact permanent avec l'Orient, par la pratique de l'émaillerie et de la tapisserie, l'art byzantin du xwsiècle a acquis un sentiment de la couleur, une science de l'exécution, qui sontvraimentcaractéristiques de l’époque.

Évolution du an — Îlest aisé de suivre, dans les mosaïques du xr° siècle, l'évolution etles progrès de ce style nouveau. De Saint- Luc à Daphniily a presque un abîme. Par les types, Saint-Luc se rattache encore en partie au style ancien de Ravenne, avec ses têtes présentées de face, aux traits larges, aux grands yeux ouverts, au nez droit et long; il s’y rattache plus fortement par le dessin un peu uniforme et monotone des draperies. A Daphni, des types nouveaux apparaissent, et les draperies sont conçues dans un esprit tout opposé. À Saint-Luc, la composition est simple, un peu gauche, le coloris surtout est sobre et sans grande variété. A Daphni, il y aune recherche de l'effet pittoresque et décoratif, une science surtout de la couleur qui est proprement admirable. Entre ces deux points extrêmes, toute une série d'œuvres intermédiaires marquent les étapes successives du style nouveau. Faiblement accusé encore à Saint-Luc et dans l'abside de Torcello, il s'annonce mieux à Sainte-Sophie de Kief. Il se manifeste pleinement à la Nea Moni de Chios, à Sainte-Sophie de Salonique,

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