‹ Manuel d'art byzantinChapitre 37 sur 309 · TORCELLO · texte numérisé non relu

TORCELLO

plus tard, la concevra. Pourtant ce n’est, semble-t-il, qu’au vurt et au ix° siècle que ces éléments se groupèrent en une composition pic-

Fig. 259. — Le Jugement dernier. Mosaïque du dôme de Torcello.

turale, à laquelle fait allusion un passage du pseudo-Jean Damascène, el que les peintres monastiques de la seconde moitié du 1x° siècle Manuel d'Art byzantin, T. II. ,35

reproduisirent volontiers pour l'édification des fidèles. L'imagination byzantine, pleine des souvenirs de l’Apocalypse, multiplia dans cette composition les détails effrayants et terribles, et pour place, le système décoratif nouveaului assigna le mur occidental, où elle figure aujourd'hui encore dans la plupart des églises de la Grèce et de l'Athos. C'est là également qu'elle se trouve à Torcello, strictement conforme dans son ordonnance à la description que le Guide de la Peinture fera plus tard de «la seconde venue du Christ »,et par là tout à fait intéressante pour l'histoire de l’iconographie byzantine.

Au-dessous d’une colossale représentation de l’Anastasis, l'immense panneau de mosaïque se partage en quatre zones parallèles. En haut le Christ, assis sur l’arc-en-ciel, apparaît dans sa gloire, accompagné des anges et des apôtres; à ses côtés, la Vierge et saint Jean, suppliant pour les pécheurs le Juge suprême, forment le motif de la Déisis. Plus bas, apparaît le thème de l’'Hétimasie : le trône est préparé, et, devantlui, les premiers parents se prosternent, tandis qu’à l'appel retentissant des trompettes des archanges, la terre et la mer rendent leurs morts. Ensuite c’est le jugement séparant le groupe des élus, hiérarchiquement rangés, des réprouvés qu’emporte le fleuve de feuet queles puissances infernales entraînent vers l’Hadès. Enfin, tout en bas, au paradis où saint Pierre reçoit le bon larron, où les âmes des justes reposent dans le sein des patriarches, s'oppose l'enfer avec les supplices infligés aux damnés. Entre ces deux scènes, au tympan dela porte, la Vierge orante, en buste, prie pour l'humanité. ;

Dans ce vaste ensemble, qui traduit éloquemment le dogme, la tradition du vr° siècle se mêle, comme à Saint-Marc, aux usages nouveaux. À côté des motifs créés par l'art du 1x° siècle, prennent place les figures symboliques, où revit le souvenir de l’art antique, les personnifications de la Terre et de la Mer, celle de l'Hadès colossal tenant dans ses mains l'Antechrist, etc. Aux graves et nobles inspirations fournies. par l’'Apocalypse et les apocryphes se mêlent des épisodes familiers, où l'imagination populaire se complaira davantage encore aux siècles suivants, compliquant les supplices des damnés, détaillant, pour les punir de l'enfer, les multiples variétés des péchés monastiques et des péchés rustiques !. Enfin, un coloris vif et brillant répand sur tout le panneau une

1. Cf. Diehl, L'art dans l'Italie méridionale, p. 107-108, et Heuzey, Les sup- | plices de l'enfer d'après les peintures byzantines (Annuaire de la Société des études grecques, 1871).

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