‹ Manuel d'art byzantinChapitre 39 sur 309 · CARE ; . À · texte numérisé non relu

CARE ; . À

riorité s imposait encore à l'Europe occidentale presque entière. Ce furent eux qui, sur le plan latin des basiliques, grelfèrent les formes

LR À Æ

FE Rae nnes À

Fig. 260. — Cefalu. Mosaïques de l’abside (Phot. Aliuari).

architecturales et le système décoratif de l'Orient byzantin, eux qui couronnèrent uniformément les églises siciliennes de ces coupoles portées sur quatre trompes d'angle, que Byzance avait, dès le v°

siècle, empruntées aux procédés de l'architecture persane. Ce furent eux surtout qui apportèrent à Palerme les traditions de cet art de la mosaïque, où le luxe byzantin avait trouvé son expression la plus caractéristique. A l’intérieur des sobres cathédrales normandes, les artistes d'Orient couvrirent les murailles du revêtement des marbres multicolores ; ils jetèrent sur le sol l’étincelant tapis des pavements de mosaïque et de porphyre ;et à la voûte des coupoles et des absides, ils firent, selon les principes de l’église orthodoxe, flamboyer. les mosaïques à fond d'or où se manifeste dans sa gloire le Christ Pantocrator.

Trois monuments surtout représentent l’art byzantin de Sicile. Ge sont les mosaïques du dôme de Cefalù, les plus anciennes de l'île, les plus pures d'exécution et les moins restaurées, les mosaïques de la Martorana et celles de la Chapelle palatine. Ces trois ensembles datent de la première moitié du xu° siècle, et rien ne peut mieux rendre compte de ce qu'étaient encore, à l’époque des Comnènes, l'éclat et la puissance créatrice de l’art byzantin.

Cefalù. — A Cefalù, la décoration de la grande abside, datée par. une inscription de l’année 1148, ressemble fort à celle qui se rencontre au fond du sanctuaire de Monreale (fig. 260). Le Christ en buste, colossal, occupe la conque de l’abside et d'un geste large et noble élève sa main bénissante. Au-dessous de lui, dans l'hémicycle, la Madone debout, en orante, est flanquée de quatre archanges ; plus bas, de chaque côté d'une grande fenêtre, les apôtres sont rangés en deux zones superposées. Sur les murs latéraux, des saints, évêques et guerriers, diacres et prophètes, s'alignent en quatre registres parallèles. Comme dans l’abside, des inscriptions grecques accompagnent les personnages du rang inférieur, les plus remarquables d’ailleurs par l'exécution et par le caractère des figures ; comme les mosaïques de l’abside, ils sont assurément dela main des maîtres grecs qui travaillèrent pour Roger II. Au contraire, les chérubins et les séraphins qui planent à la voûte d'ogive du chœur doivent, comme cette voûte elle-même, être attribués au milieu du xur siècle, et sans doute les figures de saints qui ornent les murailles latérales du chœur datent, elles aussi, dans les rangs supérieurs voisins dela voûte, de la même époque : l'inégalité du style et du travail y est, en effet, fort sensible.

Martorana. — Parson plan en forme de croix grecque, sa coupole sur trompes, son riche pavement de mosaïque’ et de marbres, le somptueux revêtement de marbre qui parait ses murailles, la Martorana est une église purement byzantine, Elle ne l’est pas moins

MARTORANA 551

. par ses mosaïques à inscriptions grecques qui, par l'ordonnance — générale autant que par le style, sont exactement conformes aux

Fig. 261. — Mort de la Vierge. Mosaïque de la Martorana à Palerme (Phot. Alinari).

- principes de la nouvelle iconographie byzantine. Au sommet de la coupole, le Christ Pantocrator est assis sur son trône, et sa main levée laisse tomber la bénédiction sur le peuple

des fidèles. Autour de lui, quatre archanges inclinés font au maître une garde d'honneur. Plus bas, huit figures de provhètes disposées au tambour de la coupole et, dans les trompes d'angle, les images des quatre évangélistes ; puis, à la courbe des grands arcs, les médaillons des saints guerriers et des saints évêques, et, aux branches nord et sud de la croix, les austères figures des apôtres montrent l'église hiérarchiquement groupée aux côtés de son divin fondateur. Des mosaïques de l'abside, rien ne reste, sauf, sur la courbe de l’arcade, deux grandes figures des archanges Michel et Gabriel, et de même ont disparu sans doute la plupart des compositions évangéliques, dont la succession rappelait le cycle des grandes fêtes chrétiennes. Quatre épisodes seulement en sont conservés : sur les faces orientale et occidentale du carré central, par une disposition qu'on trouvera plus tard aux églises de l’Athos, l’Annonciation fait pendant à la Présentation au temple ; à la voûte du bras occidental de la croix, la Nativité du Christ, par où commence le cycle des fêtes, s'oppose à la Dormition de la Vierge, qui en marque le dernier chaînon (fig. 261). Enfin deux curieux tableaux, qui peut-être décoraient la façade primitive de l’église, se voient aujourd’hui dans la partie antérieure du monument. L'un montre Roger Il, en costume de basileus byzantin, couronné par le Christ (fig. 262) ; l’autre, partiellement gâté par une restauration maladroite, représente l’amiral Georges d’Antioche, humblement prosterné aux pieds de la Vierge. Parmi les mosaïques byzantines de Sicile, celles de la Martorana sont peut-être, avec celles de Cefalù, les plus remarquables ; la composition en est bien entendue, le dessin souvent ferme et précis, le coloris plein d'éclat. Elles semblent donc bien appartenir en propre: aux maîlres grecs qui travaillèrent pour Roger II et qui exécutèrent également pour lui une partie des mosaïques de la Chapelle palatine. Chapelle palatine!.— La Chapelle palatine, achevée par Roger IL en 1143, comme l’atteste l'inscription grecque qui court à la base de la coupole, est la merveille de l’art siculo-normand et le monument le plus représentatif qu'il ait produit. Par ses trois nefs, que séparent des colonnes antiques de granit aux chapiteaux corinthiens somptueusement dorés, c'est une basilique d'Occident ; parsonsanctuaire surélevé, que des clôtures de marbre, incrustées

1. Terzi, Amari et Cavallari, La cappella di S. Pietro nella regqia di Palermo, Palerme, 1889; Paulovskij, Peintures de la Chapelle palatine de Palerme, Pétersbourg, 1890 (russe) ; Iconographie de la Chapelle palatine (RA., 1894) ; Décoration des plafonds de la Chapelle palatine (BZ., II, 1893).

Page 1